Dans l’histoire de l’art, les femmes ont souvent été reléguées au rang de muse et de modèle de l’artiste. Pourtant, nombreuses sont les femmes artistes qui ont participé activement à la création artistique, dans l’ombre des hommes ! Aujourd’hui KAZoART met en lumière 5 de ces femmes artistes méconnues qui ont bouleversé l’histoire de l’Art ! 

La place des femmes dans l’histoire de l’art

Depuis des siècles, les femmes sont retenues pour leurs fonctions de muses, d’épouses ou d’amantes d’artistes. Elles illustrent les divinités mythiques et figures érotiques.

Diego Velasquez, La Vénus au miroir (1647)
Diego Velasquez, La Vénus au miroir (1647)

Nombreuses sont les difficultés qu’ont rencontrées ces femmes pour avoir une pratique artistique. En effet, l’enseignement académique et le dessin de nu leur est interdit durant des siècles. 

Malgré ces obstacles, le nombre de femmes artistes se développe au XIXe siècle.

En 1861, La Royal Academy de Londres est la première à autoriser les femmes à suivre un enseignement. Elle est suivie en 1897 par l’École des Beaux-Arts de Paris. Ces écoles permettent ainsi à ces femmes artistes d’acquérir une grande renommée.

Au cours de la première moitié du XXe siècle, les femmes artistes ont davantage de visibilité dans le monde de l’art. Mais leur réussite reste tout de même souvent associée à leur mari ou amant

Guerrilla Girls, Do Women Have To Be Naked To Get Into the Met. Museum? (1989) ©TateMuseum
Guerrilla Girls, Do Women Have To Be Naked To Get Into the Met. Museum? (1989) ©TateMuseum

Depuis les années 1990, de plus en plus se battent pour la reconnaissance de ces femmes dans les institutions muséales. Ces femmes artistes ont tout de même largement marqué l’histoire de l’art !

Les 5 femmes artistes dont on ne parle pas assez

#1 Artemisia Gentileschi

Née à Rome en 1593, Artemisia Gentileschi est une artiste peintre italienne qui a connu un succès retentissant avant de tomber dans l’oubli durant des siècles.

Artemisia Gentileschi est formée au dessin et à la peinture par son père, grand peintre baroque. Par ailleurs, elle empreinte la technique du clair-obscur à un ami peintre de son père, le célèbre Caravage.

Artemisia peint sa première œuvre à l’âge de 17 ansSuzanne et les vieillards, qui reflète déjà son talent incroyable !

Artemisia Gentileschi, Suzanne et les vieillards (1610)
Artemisia Gentileschi, Suzanne et les vieillards (1610)

Malheureusement, à 19 ans, la jeune artiste peintre subit un terrible traumatisme. En effet, l’artiste se fait violer par un des collaborateurs de son père. À la suite de ce viol, sa réputation est mise à mal par le procès, durant lequel elle subit d’humiliantes tortures gynécologiques pour vérifier la véracité de ses accusations.

Son agresseur est finalement condamné à cinq ans d’exil, ce qui ne permet pas à l’artiste de venger son traumatisme…

Artemisia Gentileschi, Vénus et Cupidon (1625)
Artemisia Gentileschi, Vénus et Cupidon (1625)

Elle se marie finalement à un peintre et s’installe à Florence avec lui. Cette nouvelle situation lui offre ainsi un nouvel honneur. Par ailleurs, son mari la laisse exercer sa pratique artistique librement, ce qui lui permet de débuter une carrière d’artiste peintre !

Son succès lui permet d’être la première femme à être acceptée à l’Académie de dessin ! Elle connait surtout une grande gloire lorsqu’elle débute son travail artistique pour la famille Médicis.

Artemisia Gentileschi, Judith et Holopherne (1612)
Artemisia Gentileschi, Judith et Holopherne (1612)
Artemisia Gentileschi, Autoportrait en Allégorie de la Peinture (1638)

D’autre part, l’artiste se représente parfois elle-même dans la peau de ses héroïnes. On le remarque notamment dans son œuvre représentant Judith décapitant Holopherne, qui serait la représentation idéale de sa vengeance envers son agresseur.

#2 Élisabeth Vigée-Le Brun

Née à Paris en 1755, Élisabeth Vigée-Le Brun est l’une des plus grandes portraitistes de son temps.

Élisabeth Vigée-Le Brun, Autoportrait, 1790
Élisabeth Vigée-Le Brun, Autoportrait (1790)

Très tôt passionnée de dessin, son père, artiste membre de l’Académie de Saint Luc, décide de lui apprendre les bases de l’art, avant son décès en 1767.

L’artiste peint son premier tableau reconnu à 15 ans, un portrait de sa mère. Quatre ans après, elle intègre l’Académie de Saint Luc !

Élisabeth Vigée-Le Brun, Madame Le Sèvre, née Jeanne Maissin (1774)
Élisabeth Vigée-Le Brun, Madame Le Sèvre, née Jeanne Maissin (1774)

Élisabeth commence peu à peu à répondre à des commandes de portraits. En 1775, elle en offre deux à l’Académie Royale. Dans le but de la remercier, l’Académie lui envoie une lettre qui mentionne son autorisation à participer à des séances publiques !

L’année suivante, Élisabeth est appelée à travailler à la cour de Louis XVI. Deux ans plus tard, elle devient la peintre officielle de la reine Marie-Antoinette, qui deviendra sa véritable amie !

Élisabeth Vigée-Le Brun, Marie Antoinette en robe à panier en satin blanc (1778)
Élisabeth Vigée-Le Brun, Marie Antoinette en robe à panier en satin blanc (1778)

Grâce à la reine, l’artiste est admise à l’Académie Royale, sélectionnée avec un tableau représentant une allégorie.

Élisabeth Vigée-Le Brun, La Paix ramenant l'Abondance (1780)
Élisabeth Vigée-Le Brun, La Paix ramenant l’Abondance (1780)

Forcée de quitter Paris en 1789, elle se retrouve en exil durant douze ans.

En travaillant pour le Royaume de Naples, l’empereur de Vienne, ou encore l’empereur de Russie, l’artiste parvient tout de même à maintenir son succès !

Élisabeth Vigée-Le Brun, Marie Antoinette dit "À la Rose" (1783)
Élisabeth Vigée-Le Brun, Marie Antoinette dit « À la Rose » (1783)
Élisabeth Vigée-Le Brun, Reine de Naples avec sa fille (1807)
Élisabeth Vigée-Le Brun, Portrait de l'impératrice Maria Fedorovna (1799)
Élisabeth Vigée-Le Brun, Portrait de l’impératrice Maria Fedorovna (1799)

De retour en France en 1805, elle y poursuit son travail de portraitiste. Ses œuvres qui ont fait sa réussite lui ont permis d’être une des premières femmes artistes à être admise à l’Académie !

#3 Tamara De Lempicka

Née en 1898 à Varsovie, Tamara de Lempicka grandit dans une famille très aisée. Grande passionnée d’art, elle est admise à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg à 18 ans.

Photographie de Tamara de Lempicka, 1941 ©Otto Bettmann
Photographie de Tamara de Lempicka, 1941 ©Otto Bettmann

À la suite de la Première Guerre mondiale, Tamara se rend à Paris et fait le choix de s’inscrire à des cours de dessin et de peinture. Elle devient notamment l’élève de André Lhote, un des représentants du mouvement cubiste.

André Lhote, Paysage français (1921)
André Lhote, Paysage français (1921)

Son style se caractérise par une inspiration de la Renaissance et une esthétique néo-cubiste. D’autre part, Tamara représente des portraits de femmes puissantes et mystérieuses.

En 1923, le Salon d’Automne met en lumière son art grâce à l’exposition de deux nus féminins. En revanche, son identité est faussée par sa signature, « Lempitzky », qui la fait passer pour un homme. 

Tamara De Lempicka, Perspectives (1923) ©Bridgeman Images
Tamara De Lempicka, Perspectives (1923) ©Bridgeman Images

C’est lors d’une exposition à Milan, deux ans plus tard, que sa véritable identité est révélée et que sa carrière s’envole !

Tamara Lempicka est connue pour avoir une vie très libérée, pour être bisexuelle et collectionner les amantes. Par ailleurs, elle travaille dans son atelier sous l’emprise de la cocaïne.

Tamara De Lempicka, Jeune Fille en Vert (v.1930) ©Bertrand Prévost
Tamara De Lempicka, Jeune Fille en Vert (v.1930) ©Bertrand Prévost

Finalement, Tamara quitte la France pour les États-Unis en 1939 : elle souhaite fuir les menaces de la guerre en approche. Elle continue d’exposer aux États-Unis bien que l’Art déco ne soit plus à la mode, avant de décéder en 1980 au Mexique.

Artiste de l’entre-deux guerres, dont les œuvres sont représentatives des années folles, Tamara De Lempicka a su s’imposer sur la scène artistique avec style et puissance ! Après avoir été oubliée durant de longues années, l’artiste est redécouverte en même temps que l’Art déco dans les années 1970 !

#4 Dorothea Tanning

Née en 1910 dans Illinois, Dorothea Tanning est une artiste peintre américaine.

Photographie de Dorothea Tanning ©Lee Miller Archives
Photographie de Dorothea Tanning ©Lee Miller Archives

Elle quitte sa famille en 1930 et s’inscrit à l’Art Institute of Chicago avant de s’installer à New York pour travailler en tant que dessinatrice publicitaire.

Dorothea intègre rapidement le groupe des surréalistes de New York, en 1942, formé autour d’André Breton. En effet, l’artiste a été séduite lors de sa visite de l’exposition Fantastic Art, Dada, Surrealism au MoMA en 1936 !

Exhibition Fantastic Art, Dada, Surrealism ©The Museum
of Modern Art Archives
Fantastic Art, Dada, Surrealism ©MoMA Archives
Exhibition Fantastic Art, Dada, Surrealism ©The Museum
of Modern Art Archives
Fantastic Art, Dada, Surrealism ©MoMA Archives
Exhibition Fantastic Art, Dada, Surrealism ©The Museum
of Modern Art Archives
Fantastic Art, Dada, Surrealism ©MoMA Archives

Toujours à New York, l’artiste participe régulièrement à des expositions collectives avec d’autres artistes peintres femmes surréalistes à la Julien Levy Gallery à New York. En 1943, elle y rencontre le peintre surréaliste allemand Max Ernst avec qui elle se marie trois ans plus tard. 

Dorothea a d’abord été considérée comme une peintre surréaliste et symboliste, surtout lorsqu’elle exposait à la galerie de Julien Levy.

Dorothea Tanning, Eine Kleine Nachtmusik (1943)
Dorothea Tanning, Eine Kleine Nachtmusik (1943)

Ses peintures illustrent les fantasmes féminins, en opposition aux œuvres qui dans l’histoire de l’art ont toujours représenté ceux des hommes. 

Ainsi, Dorothea est une des premières femmes artistes à oser renverser ce point de vue érotique dans l’art, et se focaliser sur les désirs des femmes.

Dorothea Tanning, Birthday (1942)
Dorothea Tanning, Birthday (1942)

En 1956, Max et Dorothea se rendent en France pour y vivre et y travailler, notamment en Touraine et en Provence. Durant ces cinq années passées en France, l’artiste s’adonne au travail de la sculpture.

À la suite du décès de son mari Max en 1976, Dorothea décide de rentrer aux États-Unis. Elle continue de peindre et se lance dans l’écriture de poèmes et romans avant de décéder à son tour en 2009 à l’âge de 101 ans !

#5 Margaret Keane

Artiste américaine, Margaret Keane est née en 1927 dans le Tennessee. Dès ses 10 ans, Margaret peint déjà des portraits d’enfants aux yeux surdimensionnés

Photographie de Margaret Keane ©Otto Bettmann
Photographie de Margaret Keane ©Otto Bettmann (1963)

À ses 18 ans, Margaret débute une formation à la Traphagen School of Fashion à New York et continue à peindre ces portraits d’enfants aux grands yeux.

Margaret Keane, The Stray, (1962)
Margaret Keane, The Stray, (1962)

Confrontée à sa difficulté à vendre ses œuvres, son mari, Walter Keane, en emporte avec lui dans un club à San Francisco pour tenter de trouver des acquéreurs.

Face au succès des œuvres de sa femme, Walter se fait passer pour l’artiste qui les a réalisées pendant plus de 10 ans.

Lorsque Margaret s’en rend compte, Walter prétend qu’il est plus simple de vendre les œuvres si l’acquéreur considère qu’elles sont réalisées par un homme.

Photographie de Margaret et Walter Keane ©Otto Bettmann (1960)
Photographie de Margaret et Walter Keane ©Otto Bettmann (1960)

Dans la colère face à la réticence de Margaret, Walter la séquestre dans son atelier, la contraignant à peindre encore plus de toiles…

En très peu de temps, les œuvres de Margaret acquièrent un succès incroyable. Elle est alors prise au piège et se terre dans le silence…

Margaret Keane, Boredom (1999)
Margaret Keane, Boredom (1999)

En 1965, Margaret décide enfin de divorcer de Walter. Cinq ans plus tard, elle prend la parole à la radio pour annoncer qu’elle est la véritable artiste des « Big Eyes » et attaque Walter en justice !

Au cours du procès en 1986, elle réalise face aux juges et aux jurés une œuvre caractéristique de son style pictural. Quant à Walter, il prétexte une douleur à l’épaule pour ne pas peindre à son tour, et ainsi échapper à la honte…

Margaret gagne le procès et accède enfin à la notoriété qui lui revient de droit !

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