Les grands chefs d’œuvre de l’Histoire de l’Art regorgent de secrets bien gardés. KAZoART revêt son couvre-chef de détective et vous embarque dans une nouvelle série d’articles dédiée aux messages cachés. Pour ce premier épisode, plongeons ensemble dans les trompe-l’œil les plus remarquablement mis en œuvre par les maîtres en la matière.

Les grands chefs-d’œuvre : leurs secrets et messages cachés 

Dans cette série dédiée aux mystérieux messages cachés et secrets des œuvres d’art, vous découvrirez des illusions d’optiques d’artistes qui ont cherché à nous duper, des fantômes cachés sous la surface de la peinture, ainsi que des symboles dissimulés dans les œuvres les plus célèbres !

Les 5 œuvres qui ne vous induiront plus en erreur

#1 L’Oculus de la Chambre des Époux de Andrea Mantegna

Aussi appelée « Camera Picta », cette pièce a totalement été transformée par l’artiste peintre italien Andrea Mantegna, entre 1465 et 1474. 

Andrea Mantegna, La Chambre des Époux, Palazzo Ducale de Mantoue, 1465-1474
Andrea Mantegna, La Chambre des Époux, Palazzo Ducale de Mantoue, 1465-1474

La pièce se présente comme un carré immense. Elle se compose de murs de 8 mètres de large et d’une hauteur sous plafond de 7 mètres de haut. De plus, le plafond qui couvre l’espace est légèrement voûté.

Mantegna choisit l’effet d’optique pour métamorphoser cet espace grandiose afin de lui donner une dimension tout à fait différente. Désormais décoré de volutes et de dorures, Mantegna lui offre une structure architecturale en trompe l’œil, composé de voûtes, d’arcades et de piliers. 

De plus, l’artiste profite du plafond voûté afin de créer de façon illusoire une coupole ouverte sur le ciel !

Andrea Mantegna, Oculus de la La Chambre des Époux, Palazzo Ducale de Mantoue, 1465-1474
Andrea Mantegna, Oculus de la La Chambre des Époux, Palazzo Ducale de Mantoue, 1465-1474

C’est grâce au système de la perspective et du « point de fuite », mis au point par Filippo Brunelleschi en 1425, que Mantegna réalise cette vertigineuse illusion ! 

Pour cette coupole en trompe l’œil, Mantegna met en scène une balustrade, autour de laquelle divers personnages évoluent. Probablement installés sur une terrasse, ils observent en vue plongeante ce qui se passe en-dessous. 

Andrea Mantegna, Oculus de la La Chambre des Époux, Palazzo Ducale de Mantoue, 1465-1474
Andrea Mantegna, Oculus de la La Chambre des Époux, Palazzo Ducale de Mantoue, 1465-1474

Tout est mis en place pour leurrer le spectateur. On se laisse surprendre par un pot de fleurs en équilibre sur le rebord de la balustrade. On peut également être désorienté par des angelots qui jouent entre eux et passent la tête au travers de cette barrière ajourée !

Ces effets d’optiques architecturaux sont faits pour être observés de façon minutieuse. Il est alors nécessaire d’en comprendre les subtilités et les jeux de profondeur afin de déduire l’ingéniosité de l’artiste !

#2 La Conversation Sacrée de Piero della Francesca

La composition d’une peinture est souvent le berceau de nombreux messages cachés, que le tableau suggère au travers d’une élaboration architecturale astucieuse voire mathématique

C’est notamment le cas dans l’œuvre du peinture italien Piero della FrancescaLa Conversation Sacrée, réalisée en 1472 pour le Duc d’Urbin, Frédéric III de Montefeltro.

Piero della Francesca, La Conversation Sacrée, 1972
Piero della Francesca, La Conversation Sacrée, 1972

Cette œuvre met en scène une Vierge à l’Enfant sur un trône, entourée de personnages bibliques, et du commanditaire de l’œuvre. Celui-ci adopte une place significative dans l’œuvre car l’artiste le situe au premier plan, agenouillé dans un geste de prière.

Ces personnages tiennent place dans une composition architecturale en perspective très précise, surmontée d’une niche en forme de coquille Saint-Jacques.

Piero della Francesca, La Conversation Sacrée, 1972 (détail)
Piero della Francesca, La Conversation Sacrée, 1972 (détail)

La composition architecturale est très ingénieuse. Le point de fuite de cette magnifique perspective se situe sur la figure de la Vierge !

Ainsi, toute la composition architecturale dépend d’elle, ainsi que le placement des personnages. En effet, la tête de tous ces personnages bibliques se trouvent sur la ligne de fuite horizontale. De plus, leurs silhouettes sont prolongées par les pilastres de l’architecture. 

Vous vous demandez certainement que représente cet œuf qui pend de la coquille Saint-Jacques ? Il est en réalité un œuf d’oie. 

Piero della Francesca, La Conversation Sacrée, 1972 (lignes de fuite)
Piero della Francesca, La Conversation Sacrée (lignes de fuite)

L’oeuf s’aligne avec la tête de la Vierge ainsi qu’avec le nombril de l’enfant. Il représente le symbole de la naissance dans les textes religieux de la Création. La coquille Saint-Jacques symbolise quant à elle la fécondité ! 

À cette composition architecturale mise au service de la hiérarchie religieuse et divine, répondent des éléments symboliques religieux. Ainsi, cette perspective mathématique prend tout son sens symbolique lors qu’on l’associe au sujet et aux éléments emblématiques représentés !

#3 Les Saisons de Giuseppe Arcimboldo

Les Saisons est une série de quatre peintures réalisées par l’artiste italien Guiseppe Arcimboldo entre 1563 et 1573.

Comme vous l’avez justement remarqué, ces quatre tableaux illustrent des visages de profils grâce à un assemblage ingénieux de plantes, fleurs, fruits et légumes caractéristiques des saisons.

Été messages cachés
Été
Printemps messages cachés
Printemps

Ces quatre tableaux sont associés par paire : les visages de l’Hiver et de l’Automne et ceux de l’Été et du Printemps se font face.

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que ces différents visages comportent un message caché bien plus symbolique… Ces têtes assemblées selon les saisons sont en réalité associées aux différentes périodes de maturité de l’homme dans sa vie !

En effet, Le Printemps présente les traits d’un jeune homme, L’Été ceux d’un jeune adulte dans la fleur de l’âge, L’Automne illustre un homme d’âge mûr et L’Hiver représente quant à lui un vieil homme.

Hiver messages cachés
Hiver
Automne messages cachés
Automne

Cette association de l’âge humain et de la Nature était une métaphore courante durant la Renaissance !

Ainsi, l’artiste joue avec les différentes formes de ces plantes, fruits et légumes pour composer des visages reconnaissables et personnifiés. En tant que spectateur, nous nous devons d’observer attentivement pour comprendre finement les messages cachés derrière ce qui nous semble être des natures mortes !

#4 Les Cygnes se reflétant en Éléphants de Salvador Dalí

En 1937, le peintre espagnol surréaliste Salvador Dalí réalise son œuvre Les Cygnes se reflétant en éléphants. Spécialiste des messages cachés, Dalí teste notre regard au travers d’œuvres énigmatiques !

Salvador Dalí, Les Cygnes se reflétant en Éléphants, 1937 messages cachés
Salvador Dalí, Les Cygnes se reflétant en Éléphants, 1937

Lorsqu’on observe cette œuvre sans connaitre son titre, nous remarquons d’abord des cygnes dans une mare, dont les silhouettes se reflètent dans l’eau. Les arbres morts aux formes torturées retiennent également notre attention. 

Puis, avec une plus fine observation, nous découvrons un homme sur la gauche de la composition, dont les couleurs des vêtements se confondent avec celles de la falaise. Au-dessus de cet homme, d’étranges nuages flottent dans le ciel.

La toile qui semblait être une simple représentation animalière dans un paysage, nous paraît de plus en plus mystérieuse et énigmatique. 

Salvador Dalí, Les Cygnes se reflétant en Éléphants, 1937 (détail) messages cachés
Salvador Dalí, Les Cygnes se reflétant en Éléphants, 1937 (détail)

Lorsqu’on regarde avec encore plus d’attention, nous réalisons que le reflet des cygnes nous offre à voir quelque chose de totalement différent… En effet, nous voyons se dessiner des silhouettes d’éléphants qui semblent sortir de l’eau ! 

Les têtes et cous des cygnes forment alors les trompes des éléphants, les ailes à moitié déployées dessinent leurs grandes oreilles. Enfin, les troncs d’arbres forment à leur tour le corps et les pâtes des éléphants !

De plus, avec un peu d’imagination, la forme du nuage le plus grand semble suggérer la silhouette de l’homme, dans un effet miroir

Salvador Dalí, Les Cygnes se reflétant en Éléphants, 1937 (détail) messages cachés
Salvador Dalí, Les Cygnes se reflétant en Éléphants, 1937 (détail)

Maître de la déformation de la réalité, Dalí peint à partir des rêves. L’inconscient et les hallucinations sont au centre de ses œuvres surréalistes.

Afin de se démarquer des autres surréalistes, Dalí crée sa propre méthode : celle qu’il nomme « paranoïa critique ». Cette méthode s’appuie sur la psychanalyse et la théorie de Sigmund Freud, qui met en évidence les traumatismes refoulés de l’enfance.

Dalí nous explique :

« C’est par un processus nettement paranoïaque qu’il a été possible d’obtenir une image double : c’est-à-dire la représentation d’un objet qui, sans la moindre modification figurative ou anatomique, soit en même temps la représentation d’un autre objet totalement différent. ».

Salvador Dalí, La femme Visible, 1930

#5 Movement in squares de Bridget Riley

Bridget Riley est une artiste peintre britannique de la seconde moitié du XXe siècle. Elle dédie sa pratique artistique à l’abstraction géométrique et à la recherche d’effets d’optiques.

L’artiste appartient à l’Op Art (art optique), mouvement artistique qui expérimente les illusions d’optiques. Les artistes de l’Op Art réalisent des œuvres qui offrent une impression de 3D ou de mouvement.

En 1961, Bridget Riley réalise l’œuvre Movment in squares. Elle considère cette œuvre comme sa toute première expérimentation de la forme géométrique et de sa dynamique.

Bridget Riley, Movment in Squares, 1961 messages cachés
Bridget Riley, Movment in Squares, 1961

Pour cette œuvre, l’artiste dessine des carrés en damiers noirs et blancs, les uns après les autres. Elle les aligne en progressant de gauche à droite de la toile. Elle conserve également leur hauteur.

En revanche, au fur et à mesure de sa progression vers la droite de l’œuvre, l’artiste réduit la largeur de ses carrés, qui deviennent alors de plus en plus fin.

Bridget Riley, Movment in Squares, 1961 (détail) messages cachés
Bridget Riley, Movment in Squares, 1961 (détail)

Sur une même zone, les carrés sont devenus des rectangles verticaux allongés. Cette toute nouvelle composition offre au spectateur une impression de tridimensionnalité, bien que l’œuvre soit en réalité bien bidimensionnelle

En effet, sur cette zone où les carrés sont devenus de fines bandes vibrantes, nous avons une impression de profondeur, comme un livre ouvert !

Bridget Riley, Cataract 3, 1967 ©Bridget Riley 2019 messages cachés
Bridget Riley, Cataract 3, 1967 ©Bridget Riley 2019

En observant les œuvres de Bridget Riley, notre œil est perturbé. Nous avons l’impression que les lignes et formes géométriques sont en mouvement. Pourtant, notre esprit sait pertinemment que les éléments des œuvres sont immobiles, car ce ne sont finalement que des peintures.

Fascinée par les lignes et formes géométriques, l’artiste a alors souhaité leur attribuer une toute nouvelle dimension, en expérimentant les effets de profondeur et de mouvement optiques !

Ainsi, comme dans Movment in Squares, il est intéressant de trouver la subtilité plastique d’une composition géométrique en effet d’optique. Grâce à ces détails, nous pouvons comprendre les messages cachés de l’artiste ainsi que l’origine de sa recherche picturale !

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