Art et Mai 68 : quand les artistes s’engagent


Quand on pense à Mai 68, on pense au mouvement de contestation sauvage qui eut lieu dans la rue. Mais des artistes ont aussi été partie prenante de cet événement majeur. A l’occasion du Cinquantenaire de cette insurrection historique en France, la rédaction de KAZoART vous propose un retour sur les rapports entre l’Art et Mai 68, et sur l’art inspirant qui en a découlé.

 

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Affiche de l'Atelier Populaire, 1968

Affiche de l’Atelier Populaire, 1968

Un art engagé : la Figuration narrative

Mai 68 émerge dans un contexte où les artistes veulent déployer un discours critique sur leur époque à travers de nouvelles formes visuelles. C’est ce qu’on a appelé la « Figuration narrative », qui s’installe dès le début des années 60. « L’histoire de l’art rencontrait l’Histoire », a dit à ce propos Gérard Fromanger. La figuration narrative se définit vraiment avec l’exposition Mythologies quotidiennes, un titre inspiré par Roland Barthes. Elle a lieu en juillet 1964 au Musée d’art moderne de la Ville de Paris autour du critique Gérald Gassiot-Talabot et d’une trentaine de peintres dont Bernard Rancillac, Peter Foldes et Hervé Télémaque, figures emblématiques de cette figuration. La conservatrice de cette exposition incomprise, Marie-Claude Dane, sera renvoyée du Musée d’art moderne.

Gérald Gassiot-Talabot affirme que cette mouvance a pour but de « rendre compte d’une réalité quotidienne de plus en plus complexe et riche » et de critiquer « les objets sacrés d’une civilisation vouée au culte des biens de consommation ». Il s’agissait là d’une réaction au pop art américain alors tout puissant et à l’abstraction. Le mouvement comprend également des artistes comme Eduardo Arroyo, Henri Cueco, Antonio Recalcati, Gilles Aillaud et Gérard Tisserand.

En 1967, l’exposition Bande dessinée et Figuration narrative au Musée des Arts décoratifs présente encore mieux les contours de cette figuration qui implique une notion de durée et véhicule la complexité des messages politiques sous-tendus par les images de l’actualité suivie de près par les artistes (la guerre mais aussi les luttes pour les droits civiques, le féminisme, le maoïsme). Pour tous ces artistes, souvent de gauche ou d’extrême gauche, l’art a un rôle social à jouer.

Ensemble de huit tableaux de Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, Vivre et laisser mourir ou la Fin tragique de Marcel Duchamp, 1965 (Musé Reina Sofia, Madrid)

Ensemble de huit tableaux de Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, Vivre et laisser mourir ou la Fin tragique de Marcel Duchamp, 1965 (Musé Reina Sofia, Madrid)

L’aventure de l’Atelier populaire

En 1968, au 13 quai Malaquais, à Paris, se trouvait l’Atelier populaire au sein de l’École des Beaux-Arts qui fut occupée dès le 15 mai. C’est là que sont nées la plupart des affiches que l’on connaît aujourd’hui et qui font l’objet d’une exposition actuellement aux Beaux Arts de Paris, là où elles ont été crées. Des artistes se sont accaparés le lieu pour y tenir des assemblées devenues mythiques. Pour les artistes de l’Atelier, le but était d’abord de soutenir le mouvement des travailleurs en grève occupant leurs usines contre le gouvernement. Parmi ces artistes opposés aux bourgeois, se retrouvent d’anciens élèves des Beaux-Arts mais aussi des noms réputés comme l’architecte Roland Castro, Gérard Fromanger et le peintre Pierre Buraglio, ex membre de Supports / Surfaces.

La plupart adhérent à des idées marxistes-léninistes. A chaque assemblée, un vote définit sur quelle œuvre partir. Aucune affiche (sérigraphiée) n’est signée selon un idéal collectif qui bannit les histoires d’ego d’artiste. A la place, un tampon « Atelier populaire » est accolé. Les artistes partent ensuite les coller sur les murs et certains étudiants se mettent à les collectionner. Parmi les slogans qui sont restés dans les annales, figurent : « Voter, c’est mourir un peu », « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés la plage », « La police vous parle tous les soirs à 20h » ou « Sois jeune et tais-toi ». De quoi faire encore aujourd’hui des statuts Facebook ou des tweets décapants.

Tableau d'Hervé Télémaque, My Darling Clementine, 1963 (Centre Pompidou, Paris)

Tableau d’Hervé Télémaque, My Darling Clementine, 1963 (Centre Pompidou, Paris)

L’après 68

Mai 68 a marqué l’art profondément, que ce soit au cinéma, en musique ou en peinture. Tandis que Jean-Luc Godard et Chris Marker font leur révolution sur grand écran et que les étudiants écoutent des chansons hippies, les artistes picturaux inventent d’autres façons de faire. La Coopérative des Malassis suit ainsi le modèle d’une coopérative agricole. Leur nom vient d’un quartier de Bagnolet, dans la banlieue rouge. Le matin, des artistes comme Cueco, Fleury ou Tisserand se rassemblent pour se dire quoi faire du reste de la journée.

Si mai 68 se veut une contestation du capitalisme, du consumérisme, de l’impérialisme américain et du gouvernement gaulliste, les Malassis se situent pleinement dans ce courant anti-pouvoir en place. Quand l’exposition « 60-72, Douze ans d’art contemporain en France » voulue par le président Pompidou est inaugurée le 16 Mai 1972 au Grand Palais, des artistes invités refusent de s’y joindre et d’autres manifestent pendant le vernissage tandis que la police débarque. Les Malassis prennent leurs toiles pour les rapporter chez eux devant les flics et les photographes. De quoi annoncer bien en avance le mouvement punk qui refusera lui aussi toute autorité.

Affiche de l'Atelier Populaire, 1968

Affiche de l’Atelier Populaire, 1968

Affiche de l'Atelier Populaire, 1968

Affiche de l’Atelier Populaire, 1968

Affiche de l'Atelier Populaire, 1968

Affiche de l’Atelier Populaire, 1968

 

Exposition « Images en lutte » aux Beaux-Arts de Paris, 13 quai Malaquais, Paris 6e, jusqu’au 20 mai 2018

Mardi au dimanche 13h à 19h

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