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Mouvements Artistiques

Aux origines du Street Art

Quelques mots d'amour écrits sur des murs et des pseudos étranges tagués dans l'espace public à Philadelphie, voilà comment est né cet art de la rue qui colore les villes dans le monde entier désormais. Retour sur un mouvement artistique subversif mais bel et bien ancré dans le marché de l’art contemporain aujourd’hui.

Par Tatty Martin

Il était une fois... Le Street Art

Vous pensiez que le street art était récent ? Détrompez-vous ! L’art de rue ou l’art urbain est un mode d’expression qui ne date pas d’hier. Le courant muraliste au Mexique voit naître de nombreuses peintures murales, lesquelles pourraient avoir influencé l’émancipation de cet art à la fois libertaire et subversif après la révolution de 1910. En Russie, les fresques propagandistes envahissent les murs et signent l’arrivée d’une nouvelle ère artistique liée à la rébellion et aux contestations, qu’elles soient politiques, sociales ou économiques.

Guide to Street Art
Tag de Cornbread

Toutefois, on s’accorde à dire que le street art nait véritablement dans les années 1960 aux États-Unis. Le premier mouvement s’apparentant à l’art de rue est le « Graffiti writing » lancé par deux artistes de Philadelphie, Cornbread et Cool Earl. Souffrant d’une timidité monstre, Cornbread écrit inlassablement sur les murs de son école et de son quartier l’inscription « Cornbread Loves Cynthia ». Fou amoureux d’elle, il n’ose pas le lui dire en face ! Le street art se démocratise davantage lorsque le mot « graffiti » est inclus dans le dictionnaire de l’art brut, la reconnaissance prend forme !

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Graffiti de Taki 183

Une dizaine d’années plus tard, la tendance séduit New York qui voit naître de grands noms du street art : Taki 183 ou encore Blade One. Dans la rue, sur les trottoirs, les murs, les métros ou les surfaces publiques, tout est prétexte à créer et faire passer un message visible de tous. Graffiti, pochoir, posters, stickers, projections, il existe une multitude de techniques et de matériel pour que les artistes donnent vie à des chefs-d’œuvre de rue.

Art de délit, art interdit

Quelle valeur donnée à un art qui a toujours frôlé avec l’illégalité ? C’est un pan de la pratique du street art qu’on ne peut pas négliger et qui, parfois, est même le fil rouge des artistes. Prendre des risques, ne pas se faire voir ni attraper, pour éviter d’être condamné pour dégradation de l’espace public ou tout simplement pour préserver le secret de son identité…

Mais l’esprit de rue, c’est aussi échanger, affronter ses idées à celles des autres ou simplement les diffuser. C’est là toute la beauté des œuvres urbaines en ce qu’elles sont accessibles, même si souvent éphémères. Elles ne demandent pas de se déplacer dans une galerie ou un musée. Elles peuvent se trouver sur votre chemin, au carrefour d’une rue !

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Keith Haring, We Are the Youth (Philadelphie) / Par Rgs25 (Travail personnel) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

New York, ville berceau des street artistes, connait un tournant en 1980. Le Maire interdit les graffitis dans la Grosse Pomme. Ce qui ne décourage pas deux artistes bien célèbres : Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. Les deux futurs géants du street art ouvrent leur propre galerie et démocratisent leur univers,  ce qui ne tarde pas à faire écho en Europe…

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Jef Aérosol, Silence (Place Stravinsky, Paris / Photo prise le 13 mai 2012 (Julian Mason/Flickr/ CC BY 2.0)

Dans les années 1990, Paris est tagué de toute part. Les métros sont envahis de graffitis et la rue saturée de fresques et de dessins colorés. La capitale voit fleurir dans ses rues et sur ses immeubles des milliers d’œuvres urbaines, sans compter sur les inscriptions vandales qui marquent, indéniablement, l’âge d’or du street art. Émergent alors Jérôme Mesnager, auteur d’une immense fresque à Menilmontant ou encore Jef Aérosol, pochoiriste français connu pour ponctuer ses fresques de flèches rouges.

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M.CHAT (Strasbourg, 2015) / Photo prise le 9 octobre 2016 (Valentin R./Flickr/Domaine public)

En 2014, la RATP assigne le bien connu M. CHAT, artiste franco-suisse pour avoir réalisé ses fameuses têtes de chat sur les murs d’une station de métro en travaux. Deux ans plus tard, la RATP poursuit à nouveau l’artiste, pour avoir peint ses félins sur un panneau de la gare du Nord. M.CHAT est alors convoqué au tribunal qui requiert contre lui trois mois de prison ferme, finalement soldés par une amende de 500€.

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Street Art à Barcelone / Photo prise le 8 octobre 2011 (Davidlohr Bueso/Flickr/CC BY 2.0)

Ville de passage pour les street artistes, Barcelone est un lieu incontournable pour les amateurs de street art. Mais en 2006, cette « capitale mondiale du Street art » interdit la production de cet art urbain. Mais l’esprit du street art est si fort à Barcelone qu’il règne encore dans la ville. En dépit de l’interdiction et d’une amende pouvant aller jusqu’à 3000 euros pour ceux qui s’aventureraient à récidiver, certains graffeurs continuent encore de colorer les murs de la métropole espagnole.

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Street Art à Barcelone / (MaxPixel/Freegreatpictures/ CC0 Domaine public)

Difficile donc d’entrevoir la frontière entre une œuvre d’art qui embellit l’espace public et un tag qui l’envahit. De manière générale, toutes les formes de street art ne sont pas synonymes de dégradation et de vandalisme. Né à l’origine avec le mouvement hip-hop, le tag est l’empreinte, la trace d’un message, une signature personnalisée, qui se diversifie et se vend aujourd’hui très cher…

De l’art à contrecourant à l’art bankable

Rare mais plus qualitatif, c’est peut-être le virage à 180° qui s’est opéré dans le monde du street art depuis la fin des années 1990. De même que New York interdisait les graffitis sur les murs de la ville, c’est désormais la Mairie de Paris qui traque les graffeurs.

Des noms se distillent, à l’instar de Banksy, Invader, les frères Os Gemeos ou encore JR qui deviennent des figures reconnues et incontournables du street art. Un art qui, vu comme provocateur  au départ, s’institutionnalise progressivement jusqu’à trouver sa place sur le marché de l’art contemporain. En 2013, le marché du Street Art aurait d’ailleurs généré près de 300 millions d’euros en Grande-Bretagne !

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Banksy, Lovers (Angleterre) / Par Photographed de Richard Cocks [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Plébiscité sur les réseaux sociaux, désormais soutenu par les galeries d’art, célébré lors de ventes aux enchères jusqu’à son entrée dans les musées, le Street Art connait une gloire fulgurante. Si les Mairies étaient assurément frileuses à l’idée de voir recouvrir leurs murs d’inscriptions grotesques ou de dessins saturés au point de désharmoniser le patrimoine architectural et culturel, elles sont désormais plus ouvertes et encouragent même les peintres et graffeurs à s’emparer des éléments urbains pour faire naître des œuvres d’art géantes.

En 2016, la Mairie de Reims a d'ailleurs commandé une œuvre au street artiste C215 en vue d'une exposition. Plus récemment, la façade d'une usine historique à Quimper a été recouverte par une immense fresque pour fêter l'arrivée de la nouvelle ligne TGV vers la Bretagne. Preuve s'il en fallait une que l'art de rue s'est pleinement intégré à notre histoire de l'art contemporaine : l'ouverture du Musée ART42 entièrement consacré au Street Art à Paris !

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Musée d'Art Moderne de Paris, Exposition Keith Haring (2013) / By Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Accessible à tous, le street art ne demande qu’à être vu. Il se confronte aux citoyens où qu’ils soient, les surprend, leur raconte des histoires, dénonce, illumine, il est le témoin d’un art vivant et progressiste. Parfois transgressif mais encensé. Alors où est la limite désormais ? Si certains se réjouissent de ce virage positif dans l’acceptation et la démocratisation du street art, d’autres regrettent cette institutionnalisation trop poussive. Mais les artistes acceptent aussi cette nouvelle visibilité moins risquée et plus enjolivée.

L’art urbain n’est plus aussi éphémère qu’il l’était, et les artistes l’ont bien compris. Ils créent aujourd’hui des œuvres portables, sur toiles, sur planches, sur des pans de murs isolés et transportables et peuvent ainsi commercialiser plus facilement leur art sur un marché qui n’attend que ça.

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