Le début des années 80 marque l’évolution fulgurante d’un jeune prodige new-yorkais : Jean-Michel Basquiat. Alors la vingtaine, il impose peu à peu son style urbain, signant les murs de ses graffitis avant de s’exporter peu à peu sur la toile ou sur des palettes en bois. Pionnier du mouvement « underground », son Œuvre est reconnaissable entre mille grâce à un graphisme franc, des thématiques sociales fortes et un intérêt scientifique certain pour le corps et sa composition. Retour sur les 10 œuvres les plus mémorables de l’ère Basquiat !

La mort dans l’âme

Né en 1960 d’une mère porto-ricaine et d’un père haïtien, Jean-Michel Basquiat grandit à Brooklyn et est très vite immergé dans le monde des Arts. Sa mère l’encourage dans cette voie et l’embarque régulièrement dans des visites au musée. Avant même d’avoir 10 ans, le petit Basquiat se fascine pour l’anatomie. Ses premières réalisations démontrent un intérêt assez étonnant d’un jeune homme pour la mort, un élément central de son travail. On devine très rapidement la violence du trait qui prend forme chez le jeune prodige. Les couleurs sont vives, pourtant rattrapées par des fonds sombres et moroses.

1# Dusthead, 1982

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Jean-Michel Basquiat, Dusthead (1982)

L’envers des corps

Intrigué par la mort mais passionné par les corps, Jean-Michel Basquiat reçoit de sa mère le prestigieux manuel médical Gray’s Anatomy. Alors qu’il n’a que 7 ans, il se fait renverser par une voiture en pleine rue. S’enchaînent de longues journées passées à l’hôpital avec, comme moyen d’occupation, ce précieux cadeau offert par sa mère. Aussi douloureuse soit-elle, cette expérience va le mener sur une étude plus complète des corps.

Outre la finalité de la vie, c’est bien l’analyse plus scientifique et rigoureuse qui anime l’artiste. Il joue souvent avec cette dichotomie entre le dedans et le dehors, nous présentant à la fois l’extérieur d’un visage ravagé et l’intérieur d’un crâne, la dureté des os et l’apparence squelettique. Ici, et contrairement à Dusthead, les fonds sont colorés dans des teintes bleues singulières à Basquiat et toute la noirceur réside essentiellement dans les figures semi-vivantes.

2# Untitled Skull, 1981

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Jean-Michel Basquiat, Untitled Skull (1981)

3# Untitled Skull, 1982

Cette toile de 1,83 m sur 1,73 m a atteint un record d’enchères en 2017 à Sotheby’s New York. Adjugée à 110,5 millions de dollars après plus de dix minutes, l’œuvre avait d’abord été fixée à 57 millions de dollars !

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Jean-Michel Basquiat, Untitled Skull (1982)

Messager de la communauté noire

La culture africaine est l’une des thématiques récurrentes et prépondérantes chez Basquiat. De culture afro-américaine, il puisse dans ses origines pour insuffler à certaines de ses toiles un caractère souvent dénonciateur et politique. En plus de prôner avec fierté son identité créole, il met aussi en lumière des figures noires historiques et légendaires, comme Cassius Clay (alias Mohamed Ali), boxeur noir américain exceptionnel qui a largement inspiré le jeune artiste. C’est aussi  Sugar Ray Robinson ou encore Malcolm X que Basquiat dépeint dans ses toiles. Des personnages invincibles pour lui qu’il arbore d’une couronne pour les sanctifier, ce qui deviendra sans nul doute sa marque de fabrique.

Basquiat ne cessera jamais de dénoncer l’oppression exercée à l’encontre de la communauté noire. Témoin de racisme ambiant, il parvient à ressortir plus fort de cette lutte et c’est précisément son succès fulgurant qui démontre à quel point son art a marqué et marquera encore longtemps les esprits. Des héros noirs, qu’ils soient sportifs, musiciens ou citoyens, qu’ils hissent au rang de géants inspirants et inspirés.

4# Irony of a negro policeman, 1981

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Jean-Michel Basquiat, Irony of a negro policeman (1981)

5# Untitled (boxer), 1982

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Jean-Michel Basquiat, Untitled boxer (1982)

6# Hollywood africans, 1983

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Jean-Michel Basquiat, Hollywood africans (1983)

7# In italian, 1983

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Jean-Michel Basquiat, In italian (1983)

8# King Alphonso, 1983

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Jean-Michel Basquiat, King Alphonso (1983)

Avec Warhol, une collaboration extraordinaire

On ne pourrait parler de Jean-Michel Basquiat sans avoir un mot pour son grand ami de toujours et mentor, Andy Warhol. Une amitié détonante et une rencontre artistique au sommet entre ces deux figures qui laissent derrière elles une centaine d’œuvres réalisées à quatre mains. L’un et l’autre s’inspirent dans leurs travaux respectifs. Un duo pas commun puisque ce sont deux mondes et deux styles que tout oppose, c’est là que naît toute l’originalité de leur collaboration.

Seulement leur amitié est vivement critiquée et Warhol est même accusé de se servir du jeune Basquiat pour sa propre notoriété. Une amitié sincère qui finit par voler en éclats. Warhol disparaît en 1987 des suites d’une crise cardiaque ce qui affecte profondément Basquiat qui décède, un an plus tard et à 27 ans, d’une overdose. Sa dernière année est marquée par une peinture plus noire, mélancolique et un recours à des techniques et styles jusqu’ici inexpérimentés.

9# Win $ 1’000’000, 1984

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Jean-Michel Basquiat, Win $ 1’000’000 (1984)

10# Riding with death, 1988

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Jean-Michel Basquiat, Riding with death (1988)