Bien que le milieu de la peinture au  XIXe siècle soit essentiellement masculin, Berthe Morisot s’impose comme l’une des figures féminines incontestées de l’Impressionnisme. Elle marque son temps par son audace et sa détermination à vouloir mener de front sa vie de femme, de mère et d’artiste. Retour sur la rebelle Berthe Morisot !

Berthe Morisot : 3 choses à savoir

1# Être femme et artiste : une destinée

Berthe Morisot naît en 1841 dans une famille aisée. Sa passion pour la peinture n’est pas un hasard. En effet, sa mère, petite-nièce du peintre rococo Jean-Honoré Fragonard, a déjà quelques affinités avec l’Art.

Dans cette famille bourgeoise parisienne, il y a deux sœurs aînées : Yves et Edma et un petit frère, Tiburce. L’apprentissage artistique est courant pour l’époque.

Rien de mieux qu’un professeur particulier pour (r)éveiller l’amour de la peinture chez les sœurs Morisot. Car en effet, à cette période, l’École des Beaux-Arts n’est pas encore accessible aux femmes.

Berthe Morisot, La Psyché ou le miroir, 1876
Berthe Morisot, La Psyché ou le miroir, 1876

La mission revient à Joseph Guichard, élève du célèbre Eugène Delacroix, qui emmène régulièrement les filles au Louvre. Elles apprennent la peinture en recopiant les chefs-d’œuvre du musée. 

Épaté par le talent des filles Morisot, Guichard prévient leurs parents : 

« Compte tenu des dons naturels de vos filles, ce ne sont pas des petits talents de dessinateur que mon instruction obtiendra. Elles deviendront des peintres. Êtes-vous pleinement conscients de ce que cela veut dire ? Ce sera révolutionnaire – je dirais presque catastrophique – dans votre milieu de haute bourgeoisie. »

Joseph Guichard
Berthe Morisot, Edma Morisot lisant, 1867
Berthe Morisot, Edma Morisot lisant, 1867

Les deux jeunes filles souhaitent apprendre la peinture en plein air : leur professeur les confie alors au peintre paysagiste Camille Corot, opposé à toute forme d’apprentissage traditionnel. 

La toute première fois où Berthe expose, c’est avec sa sœur, Edma. Elles présentent leurs œuvres au Salon de 1864. On peut y admirer l’œuvre de Berthe, Souvenir des bords de l’Oise et une scène de rivière à la manière de Corot, réalisée par Edma.

Berthe Morisot, Souvenir des bords de l'Oise, 1863
Berthe Morisot, Souvenir des bords de l’Oise, 1863

Si Edma cesse la peinture à la suite de son mariage, Berthe continue de se laisser porter par sa destinée

#2 Sa relation avec Édouard Manet

C’est au Louvre que Berthe rencontre Édouard Manet, alors qu’elle copie les plus grands chefs-d’œuvre du musée en compagnie de sa sœur. 

À cette époque, Manet est déjà un artiste célèbre. Il est également un peintre très controversé, en partie à cause de ses peintures qui ont fait scandale, telles que Le Déjeuner sur l’herbe, mais également pour son enthousiasme envers les artistes impressionnistes.

Berthe et Édouard sont victimes d’un coup de foudre artistique et amical : les deux artistes partagent désormais leur avis sur le travail de l’un et de l’autre. C’est à partir de ce moment que débute une véritable émulation artistique entre les deux artistes !

Édouard Manet, En Bateau (1874)
Édouard Manet, En Bateau, 1874
Berthe Morisot, Jour d'été, 1979
Berthe Morisot, Jour d’été, 1879

À tort, beaucoup de critiques et historiens ont reléguée Berthe au rang de simple muse et élève de Manet, considérant qu’il n’était pas simple pour une femme de s’imposer dans l’univers de l’art contemporain.

Berte est pourtant bien une artiste à part entière, qui réalise des œuvres d’un style caractéristique qui lui est propre, bien que Manet exerce une influence sur sa créativité, et inversement. Berthe pose également régulièrement pour Édouard : il la représente dans une douzaine de ses toiles.

Manet, Le Repos - Portrait de Berthe Morisot, 1870-71
Manet, Le Repos – Portrait de Berthe Morisot, 1870-71

Édouard Manet est d’un très grand soutien pour la jeune femme artiste : en effet, il l’a défend ardemment face à la presse et aux critiques qui essaient de la ridiculiser. 

Elle finit par épouser en 1874 Eugène Manet, le frère cadet d’Édouard. Certains historiens parlent d’un mariage de convenance, d’un second choix.

Berthe Morisot, Eugène Manet à l’Île de Wight, 1875
Berthe Morisot, Eugène Manet à l’Île de Wight, 1875

3# La cheffe de file de l’impressionnisme 

À partir de 1870, Berthe Morisot adopte une palette chromatique plus claire dans ses toiles et affirme de plus en plus son style. 

Mais c’est surtout dans la technique qu’elle s’affranchit. Berthe privilégie une touche libre, brossée, instantanée. Ainsi, elle impose sa présence dans la toile au travers de l’empreinte de son geste. 

Morisot, Jeune femme de dos à sa toilette, entre 1875 et 1880
Morisot, Jeune femme de dos à sa toilette, entre 1875 et 1880

En décembre 1873, en réaction aux nombreux refus au Salon de cette année-là, est créé la Société Anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs à laquelle Berthe adhère en 1874. L’artiste abandonne alors le Salon académique pour participer à des expositions auprès d’impressionnistes.

La première exposition impressionniste a lieu d’avril à mai 1874, dans les studios de l’écrivain et photographe Nadar. Vingt-neuf artistes y participent, dont Berthe qui est la seule femme représentée !

Berthe Morisot, Le Berceau, 1872
Berthe Morisot, Le Berceau, 1872

Elle participe à toutes les expositions des indépendants jusqu’à 1886, à l’exception de celle de 1879. Elle est une artiste très respectée au sein du mouvement impressionniste : elle est entourée de son beau-frère Édouard Manet, de Edgar Degas, Pierre-Auguste Renoir ou encore Claude Monet.

« Les formes sont toujours vagues dans les tableaux de Mme Berthe Morisot, mais une vie étrange les anime. L’artiste a trouvé le moyen de fixer les chatoiements, les lueurs produites sur les choses et l’air qui les enveloppe… le rose, le vert pâle, la lumière vaguement dorée, chantent avec une harmonie inexprimable. Nul ne représente l’impressionnisme avec un talent plus raffiné, avec plus d’autorité que Mme Morisot. »

Gustave Geffroy, critique d’art français
Berthe Morisot, Vue du petit pont de Lorient, 1869
Berthe Morisot, Vue du petit pont de Lorient, 1869

Bien que critiquée, Berthe Morisot est incontestablement la cofondatrice du mouvement impressionniste. Pour la toute première fois, une femme est considérée comme la cheffe de file d’un courant artistique, surtout d’avant-garde. Elle laisse derrière elle un héritage de poids : s’imposer comme une artiste à part entière en faisant fi des préjugés de genre.

Un jour elle a dit…

« Les vrais peintres comprennent avec un pinceau à la main. »

Berthe Morisot

Le saviez-vous ?

Très appréciée par son cercle d’amis, elle voue une confiance sans faille à Renoir, à qui elle confie l’apprentissage artistique de sa fille Julie.

Quant au poète Mallarmé, il devient le tuteur légal de la petite Julie après la mort d’Eugène Manet en 1892.

Berthe Morisot, Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival, 1881
Berthe Morisot, Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival, 1881

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