Camille Claudel : de la passion artistique à la solitude amoureuse 1


Pour la première fois en France, un musée va être consacré à l’artiste Camille Claudel. Cette nouvelle institution culturelle ouvre ses portes le 26 mars prochain à Nogent-sur-Seine, petite ville dans l’Aube. Le lieu n’a pas été choisi par hasard puisque c’est la maison familiale des Claudel qui, transformée en musée, abrite 43 œuvres de Camille Claudel. À cette occasion, KAZoART vous propose de (re)découvrir cette artiste loin d’être épargnée par le destin.

Portrait de Camille Claudel (avant 1883)

Portrait de Camille Claudel (avant 1883)

Une vocation précoce

À peine âgée d’une dizaine d’années, la jeune Camille Claudel souhaite se tourner vers l’art, choix que sa famille n’approuve pas. L’adolescente est attirée par la sculpture, mais pour ses parents, plus particulièrement sa mère, ce métier n’a rien de féminin. Camille n’a de fait pas sa place dans ce monde parmi les hommes. Toutefois soutenue par son père, elle bénéficie de conseils précieux de la part d’Alfred Boucher, jeune sculpteur qu’elle rencontre à 12 ans. Elle réalise ses premiers modelages, des figurines en terre, à Nogent. Quelques années plus tard, la voilà à Paris, et désormais élève d’un sculpteur qui marquera son existence à tout jamais : Auguste Rodin, alors âgé de 43 ans.

Camille Claudel, La Fortune

Camille Claudel, La Fortune (bronze, 1902-1905) / © Musée Camille Claudel, Marco Illuminati

Élève et amoureuse de Rodin

Cette rencontre marque le début d’une grande histoire d’amour. Au-delà d’une fusion amoureuse est née une véritable osmose artistique. « Ma terne existence a flambé dans un feu de joie. Merci car c’est à toi que je dois toute la part de ciel que j’ai eue dans ma vie. » écrit Rodin à propos de son élève chérie, qui continue à l’appeler « Monsieur Rodin ».

Camille Claudel joue plusieurs rôles auprès de Rodin ; modèle, collaboratrice puis maîtresse. En effet, l’homme dont elle s’est éprise n’est pas libre mais partage sa vie avec Rose Beuret, un ancien modèle. Cette situation devient de plus en plus insupportable. Camille passe alors une partie de son temps avec Claude Debussy, qu’elle fréquente temporairement.

Camille Claudel, La Valse

Camille Claudel, La Valse (grès flammé, 1889-1905)

Bien que sa relation avec Rodin soit particulièrement tumultueuse, on comprend qu’il a naturellement influencé son œuvre. Pendant près de dix ans, Camille Claudel va réaliser ses œuvres les plus emblématiques : l’Âge mur, la Valse ou encore l’Abandon. Même si elle reconnait la maîtrise de Rodin, elle pointe du doigt cette lâcheté qui ne fait que trop durer. Il suffirait qu’il quitte Rose Beuret… et pourtant. Cette autre femme tombe aussi sous la colère de la jeune Camille puisqu’elle se retrouve caricaturée en sorcière dans ses dessins.

Elle apprécie de moins en moins que la reconnaissance ne revienne qu’à Rodin, étant seulement reléguée comme son élève. L’artiste se considère bien plus que cela. Elle écrit notamment à son frère Paul les mots suivants : « Les ovations de cet homme célèbre m’ont coûté les yeux de la tête, et, pour moi, rien de rien ! »

Camille Claudel, L'âge mûr

Camille Claudel, L’âge mûr (plâtre et bronze, 1898-1913)

Une solitude très mal vécue

À la mort de son père, en 1913, Camille Claudel perd son premier soutien. Voilà déjà plusieurs années qu’elle s’est isolée, sa famille ne prenant presque plus de nouvelles. L’élément déclencheur a été cette rupture avec Rodin au printemps 1894. Vivant dès lors seule dans son atelier, elle s’est progressivement retirée, victime de crises de nerfs inopinées. Sa rage va parfois très loin puisqu’elle réduit à néant certaines de ses œuvres.

Bien qu’elle ne fréquente plus Rodin, ce dernier hante toujours ses pensées, et ce, même des décennies plus tard. En effet, Camille Claudel semble persuadée que son ex-amant veut lui faire la peau, l’empoisonner et s’emparer de ses travaux.

La santé de la jeune femme se dégrade et sa mère prend la décision de la faire interner en 1913. Camille n’a aucune envie de sculpter dans de telles conditions, embarquée de force dans un mouroir qui finira par la perdre. Sa mère, au tempérament dur et autoritaire, lui interdit de recevoir la moindre visite. Les lettres adressées à la jeune femme sont tout simplement détruites. Seule exception, son petit frère Paul, qui lui rend visite à plusieurs reprises.

Rodin, extrêmement confus et touché de la situation de son ex-protégée, lui envoie de l’argent et expose ses œuvres mais ne lui redonne pas la liberté. De fait, il n’en a pas le pouvoir, la famille Claudel étant l’unique décisionnaire.

Camille Claudel, L'Abandon

Camille Claudel, L’Abandon (bronze, 1905)

Les années passent et la santé de Camille Claudel s’aggrave considérablement, en cause la Seconde Guerre Mondiale et le manque de rations alimentaires provoquent l’affaiblissement inévitable de l’artiste, qui s’éteint à l’automne 1943. La solitude de Camille s’étend jusqu’après la mort, puisque sa dépouille, non-réclamée par la famille, est jetée dans la fosse commune. La reconnaissance ne lui vient que tardivement, malgré une volonté de fer de s’extraire des chaînes qui la rattachaient à Rodin, qui lui aura volé la vedette à bien des reprises, nuisant ainsi à la quête de Camille Claudel d’être une artiste à part entière.

En écho sur KAZoART – Myriam Schreiber

La sculpture Être là de Myriam Schreiber nous rappelle la passion émanant des sculptures représentant Camille Claudel et Auguste Rodin.

Myriam Schreiber, Être là

Myriam Schreiber, Être là (bronze, 2012)

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