C’est en l’honneur des 143 ans de la naissance de l’artiste suprématiste Kasimir Malevitch, que KAZoART vous propose d’observer à la loupe son œuvre la plus aboutie du suprématisme, Carré blanc sur fond blanc ! 

Kasimir Malevitch ou l’artiste révolutionnaire

Peintre Russe, Kasimir Malevitch (1878-1935) est considéré comme l’un des artistes les plus emblématiques de l’art abstrait.

Portrait photographique de Kasimir Malevitch, auteur inconnu
Portrait photographique de Kasimir Malevitch, auteur inconnu

Né à Kiev, l’artiste s’installe en 1904 à Moscou. Il travaille d’abord comme dessinateur industriel avant d’étudier le dessin et de fréquenter à l’âge de 17 ans l’école de peinture de Kiev. 

Malevitch est finalement un artiste autodidacte qui s’essaye au début de sa carrière à plusieurs styles artistiques. Ses premières toiles, figuratives, sont impressionnistes et expressionnistes.

Kasimir Malevitch, Spring Garden in Blossom, 1904
Kasimir Malevitch, Spring Garden in Blossom, 1904

À partir de 1915, les préoccupations artistiques et plastiques de Malevitch évoluent. De plus en plus opposé à l’art traditionnel et académique, l’artiste fait le choix de rejeter la figuration au profit d’un monde sans objet.

Ainsi, Malevitch radicalise de plus en plus ses compositions, qui se veulent désormais abstraites. Il présente pour la première fois lors de l’Expositions 0.10 à Petrograd un ensemble de 39 œuvres qu’il appelle « suprématies ».

Kasimir Malevitch, Suprématisme, 1915
Kasimir Malevitch, Suprématisme, 1915

Cette étape artistique et plastique radicale que l’artiste entreprend est à l’origine du mouvement suprématiste. Il le théorise notamment dans son traité intitulé « Le suprématisme ou le monde sans objet ». Ses recherches artistiques sont tournées vers le rapport entre une forme et l’espace, dans son expression la plus épurée.

L’aboutissement du suprématisme 

Souhaitant faire table rase d’une quelconque figuration, Malevitch réalise des œuvres dénuées de toutes références au monde physique. L’artiste considère en effet qu’une création picturale n’a pas pour vocation d’être le reflet de la nature, mais plutôt être la nature elle-même.

Kasimir Malevitch, Carré blanc sur fond blanc, 1918
Kasimir Malevitch, Carré blanc sur fond blanc, 1918

C’est dans cet élan révolutionnaire que l’artiste réalise en 1918 son œuvre Carré blanc sur fond blanc, considérée comme l’aboutissement de son expérimentation suprématiste, dépassant ainsi l’extrémisme déjà atteint avec son œuvre Carré noir sur fond blanc, réalisée 3 ans avant en 1915.

Kasimir Malevitch, Carré noir sur fond blanc, 1915
Kasimir Malevitch, Carré noir sur fond blanc, 1915

Estimé comme étant le premier monochrome de la peinture contemporaine, son œuvre puriste conservée au MoMA à New York témoigne d’une abstraction poussée à son paroxysme.

Cette pratique artistique quasi métaphysique promeut l’élévation d’un esprit aussi pur que l’œuvre picturale, séparant ainsi l’être de toute matérialité. Cette toile, superposant deux carrés blancs permettrait ainsi selon Malevitch d’accéder à une sorte d’infini.

Carré blanc sur fond blanc : l’œuvre à la loupe

Un réel monochrome ?

Considéré comme une nuance dans le cercle chromatique, le blanc n’est pas réellement une couleur. Pourtant, estimé comme le premier monochrome de l’histoire de l’artCarré blanc sur fond blanc de Malevitch présente en réalité quelques nuances… 

Lorsque nous entendons « carré blanc sur fond blanc » sans avoir déjà vu l’œuvre, nous pouvons imaginer ne voir qu’une toile blanche. Mais la réalité est bien différente. En effet, l’artiste a volontairement superposé deux nuances de blanc pour en faire ressortir un contraste.

Kasimir Malevitch, Carré blanc sur fond blanc, 1918 (détail)
Kasimir Malevitch, Carré blanc sur fond blanc, 1918 (détail)

Un blanc chaud, presque ocre est utilisé par l’artiste pour recouvrir la toile. Un autre aplat de blanc, cette fois-ci plus froid et légèrement bleuté fait ressortir le second carré.

Une pureté approximative 

En totale opposition avec son œuvre de 1915, Carré noir sur fond blanc, dont l’aplat de couleur noire se situe au centre de l’œuvre, parfaitement droit vis-à-vis du format de la toile, l’œuvre Carré blanc sur fond blanc se veut tout particulièrement asymétrique

En effet, le carré blanc positionné sur la toile est excentré, légèrement situé sur la partie supérieure et penché vers la droite. Cet effet irrégulier semble dissoner avec la volonté de pureté de l’artiste, qui cherche peut-être à prouver au travers de cette œuvre que la pureté est imparfaite.

Kasimir Malevitch, Carré blanc sur fond blanc, 1918
Kasimir Malevitch, Carré noir sur fond blanc, 1915

De plus, nous pouvons également remarquer que la touche permet de distinguer le carré du fond. La matière est particulièrement visible sur les deux aplats de blanc. Un léger cerne grisé démarque également le contour du carré bleuté, nous permettant d’autant plus de discerner les deux nuances de blanc

Ainsi, la volonté de l’artiste serait-elle de nous questionner sur cette matière qu’est la peinture ?

Au moyen de cette œuvre, l’artiste semble nous défier, en nous poussant à nous poser cette question : un tableau n’est-il qu’une juxtaposition de peinture ?

Un artiste voué à être reconnu

Artiste prolifique et révolutionnaire, Kasimir Malevitch n’a pourtant pas toujours fait l’unanimité. En effet, le gouvernement stalinien rejetait fermement l’art non-figuratif, considéré comme un art bourgeois. Les pouvoirs soviétiques condamnaient Malevitch et le suprématisme. 

Le gouvernement a brutalement poussé l’artiste à se replier vers l’art figuratif. L’État préférait un art qui se voudrait être le reflet des réalités sociales du pays. 

Kasimir Malevitch, Autoportrait, 1910-1911
Kasimir Malevitch, Autoportrait, 1910-1911

À la suite de son décès, son œuvre a très vite été oubliée. L’artiste et son art révolutionnaire ont finalement été reconnus à partir des années 1970

Malevitch est désormais considéré comme l’un des artistes les plus emblématiques de l’art abstrait !


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