Focus sur l’Art brut 1


Né au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le courant de l’Art brut a encore de beaux jours devant lui. En effet, sa nature même lui permet de survivre au temps : l’Art brut, c’est celui de ceux qui ne sont pas artistes – les fous, les mystiques ou encore les révoltés. D’abord incompris, l’Art brut s’affiche aujourd’hui dans les galeries les plus prestigieuses. Focus sur un courant artistique moins connu que les autres…

art brut

L’Art brut, c’est quoi ?

L’Art brut, à l’origine, concerne les œuvres produites par des personnes marginalisées telles que les personnes souffrant de troubles mentaux. En 1949, l’artiste Jean Dubuffet définit précisément les contours de ce courant :

« Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. »

Aux origines de l’Art brut

Longtemps ignoré de tous, l’Art brut est un ainsi un nom posé sur une certaine production artistique par l’artiste Jean Dubuffet en 1945. Mais cela fait alors plus longtemps que qu’on s’intéresse à l’art des marginaux. Le premier a s’intéresser à l’art dans les hôpitaux psychiatrique en France est Paul Meunier, poète et psychiatre qui publie en 1906 une étude sur le sujet. Puis dans les années 1920, c’est au tour des artistes tels que Paul Klee, André Breton de s’intéresser de près à l’art des marginaux »,

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Auguste Forestier, Sans titre, entre 1935 et 1949 sculpture de bois et matériaux divers – long. 96 cm © crédit photographique Collection de l’Art Brut, Lausanne

Enfin, en 1945, Jean Dubuffet effectue une tournée dans les hôpitaux psychiatriques suisses et découvre les œuvres d’artistes autodidactes internés. Dubuffet commence alors à théoriser ses recherche en parlant d’ « Art brut », notamment dans des courriers. Il parcourt ensuite les hôpitaux et prisons de France – et rencontre notamment Antonin Artaud et Auguste Forestier – et constitue au fur et à mesure une véritable collection. Cette collection, d’abord hébergée à Paris, à la Compagnie de l’Art brut (fondée en 1948) est finalement transférée à Lausanne, en Suisse romande, en 1975, où l’on peut toujours l’admirer aujourd’hui.

L’Art brut aujourd’hui plébiscité

Avec le temps, les contours de l’Art brut se sont brouillés, notamment avec la naissance dans les années 70 de termes et variantes tels que l’Art hors-les-normes, l’Art outsider, et surtout l’Art singulier. L’Art brut s’éloigne alors d’un simple « Art des fous » et devient toute forme sauvage de création. Surtout, l’Art brut s’oppose à l’art culturel : les créateurs sont des autodidactes parfaits, et ne subissent aucune influences culturelles.

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Harald Stoffers, Sans titre, 2008, Encre noire sur papier à dessin, 35 x 50 cm

En 1978, une grande exposition organisée à Paris, Les Singuliers de l’Art, fait connaitre plus largement le domaine de l’art brut et fait naitre l’art singulier. Aujourd’hui, l’Art brut s’invite dans les galeries, les musées, ou encore de prestigieux événements artistiques tels que la Biennale de Venise. La cote des artistes d’art brut s’est d’ailleurs envolée. En 2013, l’allemand Harald Stoffers, qui écrit de longues lettres sur de fines lignes, interné depuis 30 ans, est exposé à la Fiac. Le public, peut-être lassé de l’art contemporain parfois trop élitiste et surtout trop conceptuel, se passionne pour des œuvres plus personnelles et humaines. De nouveaux artistes, à l’image du japonais Hinichi Sawada, voient aujourd’hui leurs œuvres rejoindre des collections prestigieuses.

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Shinichi Sawada, Sans titre, argile

Des foires spécialisées ont même été créées pour ces œuvres, à l’image de l’Outsider Art Fair, qui se tiendra cette année du 18 au 21 janvier 2018 à New York.

En écho sur KAZoART : les sculptures de Stéphanie Pelletrat

Sur KAZoART, plusieurs artistes s’inspirent plus ou moins ouvertement du courant de l’Art brut, en particulier la sculptrice Stéphanie Pelletrat et ses sculptures à la fois brutes et puissantes.

Tour n°6, Stéphanie Pelletrat

Tour n°6, Stéphanie Pelletrat

 

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Commentaire sur “Focus sur l’Art brut

  • JanFeig

    L’art brut défini comme un art d’autodidactes : c’est ça.
    J’ai vu l’expo actuelle de la Halle Saint-Pierre, « Turbulences dans les Balkans ».
    Je la trouve passionnante mais gênante parce qu’elle mêle, justement, l’art de contre-culture (qui est un art culturel) et l’art des marginaux. autodidactes.

    Merci de votre retour.
    JF