Des peintures de fleurs en gros plan ? Tout à fait, on vous parle bien de Georgia O’Keeffe, la figure majeure du modernisme américain au XXsiècle ! Inspirée de la photographie et du paysage américain, Georgia O’Keeffe crée des œuvres à la frontière de l’abstraction, qui célèbrent les États-Unis. KAZoART vous propose un retour sur cette femme artiste précisionniste, emblématique de l’Histoire de l’Art américain !

Georgia O’Keeffe et son parcours

Née en 1887 à Sun Prairie dans le Wisconsin et décédée en 1986 à Santa Fe au Nouveau-Mexique, Georgia O’Keeffe est une artiste peintre américaine moderniste

Photo-portrait de Georgia O'Keeffe réalisé par Alfred Stieglitz, 1918
Photo-portrait de Georgia O’Keeffe réalisé par Alfred Stieglitz, 1918

À la différence de beaucoup de peintres américains, elle n’est pas formée en Europe mais aux États-Unis. Elle souhaite de cette façon s’émanciper de l’art Européen

En 1905, elle s’inscrit à l’Art Institue of Chicago. Elle y suit les cours de William Merritt Chase (1849-1916), peintre américain engagé envers les impressionnistes. Elle entame ensuite une carrière de professeure d’art au Texas puis à Columbia en Caroline du Sud.

Ses œuvres se caractérisent par la recherche d’un art identitaire américain afin de s’émanciper de l’art européen.

Easter Sunrise, Georgia O’Keeffe, 1953
Ram’s Head, White Hollyhock-Hills, Georgia O'Keeffe, 1935
Ram’s Head, White Hollyhock-Hills, Georgia O’Keeffe, 1935

D’autre part, sa pratique artistique se place dans la continuité de l’Hudson River School, premier mouvement américain fondé par le peintre Thomas Cole (1801-1848). Les peintres de ce mouvement illustraient le paysage américain, dans un élan patriotique.

Black Mesa Landscape Out Back of Marie’s II, Georgia O'Keeffe, 1930
Black Mesa Landscape Out Back of Marie’s II, Georgia O’Keeffe, 1930

Comme sa contemporaine Frida Kahlo, Georgia O’Keeffe est devenue une figure de proue du féminisme. Elle est d’ailleurs la première femme artiste à intégrer le MoMA, peu de temps après son ouverture en 1929.

3 choses à savoir sur Georgia O’Keeffe

#1 Sa relation amoureuse avec le photographe Alfred Stieglitz

En 1916, une amie de Georgia, la photographe Anita Pollitzer, emporte avec elle à New York certains de ses dessins. Une fois sur place, elle les confie à une galerie new-yorkaise en vogue . 

Il s’agit de la Galerie 291, appartenant au photographe avant-gardiste Alfred Stieglitz (1864-1946). Stieglitz est un promoteur de l’art moderne avant-gardiste européen et américain. Il a notamment favorisé la reconnaissance de la photographie comme forme d’art à part entière !

Georgia O'Keeffe Exhibition, 291 Gallery, Photographie de Alfred Stieglitz, 1917
Georgia O’Keeffe Exhibition, 291 Gallery, Photographie d’Alfred Stieglitz, 1917

À la réception des dessins, Stieglitz est séduit et lui organise une exposition personnelle, à son insu. Finalement, les deux artistes se rencontrent la même année. Georgia a alors 29 ans, et le photographe 52 ans. 

Stieglitz est d’abord son marchand, avant que la jeune artiste devienne sa muse pour ses photographies, puis son amante. En 1918, Georgia déménage à New York et se marie avec Stieglitz en 1924. 

Georgia O'Keffe et Alfred Stieglitz, 1936 ©Archive Albuquerque journal
Georgia O’Keffe et Alfred Stieglitz, 1936 ©Archive Albuquerque journal

Stieglitz réalise plus de 350 portraits de Georgia. De plus, leur relation amoureuse permet à Georgia de rencontrer des artistes modernistes et précisionnistes, tels que Charles Demuth, qui l’influencent dans son parcours artistique.

Apparu au début des années 1920 aux États-Unis, le précisionnisme est inspiré du cubisme et du futurisme. Les artistes précisionnistes présentent des points de vue photographiques et s’intéressent aux buildings qui sortent de terre à cette époque.

Les gratte-ciels new-yorkais que son mari photographie l’inspirent pour ses peintures, pour lesquelles elle réalise des compositions photographiques. En somme, elle est considérée comme une des figures majeures du précisionnisme !

Alfred Stieglitz, From My Window at the Shelton, 1931
Alfred Stieglitz, From My Window at the Shelton, 1931
Georgia O’Keeffe, Shelton with Sunspots, 1926
Georgia O’Keeffe, Shelton with Sunspots, 1926

Stieglitz permet à Georgia d’acquérir une grande renommée. En effet, il expose chaque année ses œuvres dans sa galerie. Elles sont présentées à côté d’artistes de renom, tels que Picasso et Duchamp

Le couple s’admire de façon réciproque et leurs œuvres indissociables ne font presque qu’une Œuvre à part entière !

New York chez les Artistes KAZoART

#2 Le Nouveau-Mexique au cœur de ses toiles

Georgia O’Keeffe est d’abord reconnue comme modèle pour les photographies de son mari, avant d’être reconnue comme artiste. Mais Georgia tient à son indépendance en tant que femme et artiste. Elle souhaite de ce fait s’émanciper et retrouver sa liberté !

C’est pourquoi elle décide de s’installer seule au Nouveau Mexique, une région des États-Unis dont elle est tombée amoureuse. Bien que le couple garde contact, leur fusion intime et artistique se désunit petit à petit.

Georgia O'Keeffe, Black Hills with Cedar, 1941-1942
Georgia O’Keeffe, Black Hills with Cedar, 1941-1942

Vous l’avez compris, Georgia O’Keeffe entretient un rapport très intime avec son pays, les États-Unis. L’artiste s’intéresse à la nature américaine, à ses paysages, ses plantes et animaux. 

Tout au long de sa carrière, ses œuvres restent empreintes du précisionnisme et présentent toujours des points de vue photographiques

Georgia O’Keeffe, White and Brown Cliffs, 1965
Georgia O’Keeffe, White and Brown Cliffs, 1965
Georgia O’Keeffe, Forbidding Canyon, Glen Canyon, polaroid photography, 1964
Georgia O’Keeffe, Forbidding Canyon, Glen Canyon, polaroid photography, 1964

Amoureuse de son pays, l’artiste est animée par la volonté de créer un art proprement américain, qui se détache de tous les styles, thèmes et pratiques exclusivement inspirés des Européens. 

Cow's Skull - Red, White, and Blue, 1931
Georgia O’Keeffe, Cow’s Skull – Red, White, and Blue, 1931 

Son inspiration patriotique l’entraine à créer des œuvres qui célèbrent les symboles de l’Amérique. Fleurs locales, carcasses d’animaux sauvages, canyons et déserts arides caractéristiques de la région du Nouveau Mexique définissent ainsi son Œuvre !

Georgia nous explique

« C’est primordial de sentir l’Amérique, de vivre l’Amérique, d’aimer l’Amérique, avant de se mettre au travail […], je crois que j’ai réalisé quelque chose de plutôt unique en mon temps et que je suis une des rares à avoir donné un à mon pays une voix qui lui est propre » 

Georgia O’Keeffe, vers 1970

#3 Ses fleurs à la frontière de l’abstraction

Georgia O’Keeffe est surtout célèbre pour ses représentations de fleurs !

Ses illustrations florales rompent avec la tradition européenne de nature morte. En effet, l’artiste représente de manière monumentale, en très gros plan, toutes sortes de fleurs : pavots, camélia, tournesol, ipomée, iris, arum, orchidée, lys…

Georgia O’Keeffe, White Iris, 1930
Georgia O’Keeffe, White Iris, 1930

L’artiste nous explique

« Quand vous prenez une fleur dans votre main et que vous l’observez vraiment, elle devient votre monde pour un instant. Ce monde, je voulais le donner à quelqu’un d’autre. »

Georgia O’Keeffe

Dans certaines toiles, les gros plans sont tellement rapprochés que les peintures se trouvent à la limite de l’abstraction. Le spectateur a besoin d’un temps d’observation pour comprendre qu’il s’agit d’une fleur.

Cette façon d’illustrer ces fleurs en très gros plan est également issue de l’influence de la photographie dans ses pratiques artistiques. L’artiste s’inspire de l’effet « Blow Up » en photographie : cette technique consiste en l’agrandissement d’une image

Georgia O'Keeffe, Black Iris, 1926
Georgia O’Keeffe, Black Iris, 1926

Ainsi, les fleurs de Georgia O’Keeffe ne ressemblent à aucune fleur que nous avons l’habitude de voir en peinture, comme dans une nature morte par exemple. Autrement dit, l’artiste nous offre à voir uniquement la fleur, qui occupe la totalité de la toile.

Vous vous en doutez bien, lorsque ces toiles immenses de fleurs ont été exposées aux yeux du public, elles ont choqué, perturbé et questionné plus d’un critique ! Face à ces œuvres, les critiques d’art ont immédiatement effectué une analogie formelle. Ils ont vu au travers de ses toiles une dimension érotique, et plus précisément la représentation de sexes féminins.   

Georgia O’Keeffe, Série White and Blue Flower Shapes, 1919

Mais Georgia O’Keeffe a toujours nié cette interprétation, et expliqué que son intention n’était pas de créer des œuvres qui feraient une allusion à la sexualité féminine. Cette interprétation érotique l’a d’ailleurs beaucoup vexée. 

Pourtant, nombre de critiques continuent encore aujourd’hui d’interpréter ses œuvres de cette façon-là. Ses toiles sont d’ailleurs de véritables bijoux pour les férus de psychanalyse freudienne !

Les Artistes KAZoART et les fleurs