Henri Lamy

Pour un art altruiste et engagé

Manier la couleur avec brio, c’est bien l’une des forces d’Henri Lamy. Cet artiste français globe-trotteur nous a marqués par son humanité, et sa volonté de faire de l’Art non pas pour soi, mais pour les autres.

Associant les arts martiaux à des gestes picturaux sporadiques, ses toiles mêlent le figuratif et l’abstrait dans une danse envoûtante entre formes et couleurs. Rencontre.

K. Bonjour Henri, quel plaisir de faire plus ample connaissance avec vous ! Quand votre carrière artistique a-t-elle débuté ?

C’était il y a dix ans. J’effectuais une maîtrise en conception de produits que je n’ai pas achevée.

K. Y a-t-il eu des événements marquants qui vous ont mené sur la voie des Arts ?

L’échec du programme de maîtrise a eu ses avantages. Car à cette époque, et pour la toute première fois, j’ai remarqué le bâtiment voisin de l’école. C’était un programme d’artistes en résidence.

Ils m’ont accepté en tant que résident. C’était surréaliste pour moi, surtout compte tenu de la faible estime de moi que j’avais. Là-bas, j’ai commencé à vendre mes premières œuvres d’art aux visiteurs.

K. Aujourd’hui, quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

Je pense que ma principale source d’inspiration est la vie elle-même. Quoi qu’elle soit et où qu’elle soit, je suis toujours en admiration. Je la vois et j’ai hâte de la représenter là où elle s’efforce le plus. C’est souvent visible avec les enfants, car ils ne peuvent pas cacher leurs sentiments, contrairement à nous, les adultes.

K. Passons à une petite session de questions-réponses. Si vous deviez décrire votre travail en trois mots ?

Spontané, dynamique, triste.

K. Le plat que vous préférez manger à l’étranger ?

Tout ce qui est étrange.

K. Votre livre préféré ?

Les Survivants de Piers Paul Read.

K. Vous pratiquez une forme d’expression qui combine la Capoeira et la peinture. Qu’est-ce que la Capoeira et comment avez-vous combiné ces deux mondes ?

Quand j’étais plus jeune, mon grand-père est mort d’un cancer. Il est resté dans notre maison familiale et je l’ai vu utiliser un déambulateur, chaque pas étant plus petit que le précédent. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à marcher sur mes mains. J’avais quatre ans à l’époque. J’ai continué à pratiquer l’acrobatie jusqu’à l’âge de quinze ans, lorsque la capoeira a été popularisée en Europe.

Des années plus tard, mon ami Kafu, professeur de capoeira, m’a suggéré de combiner cette danse à la peinture. Ainsi, la capoeira et la peinture sont devenues mes deux formes d’expression. Et elles sont unies dans un style unique qui mélange les deux en un art plus fort.

« J’ai essayé de dessiner le phénomène d’ouverture de l’esprit au monde. En acceptant qui vous êtes, vous regardez à l’intérieur de vous. Et en faisant cela, votre personnalité s’épanouit jusqu’à un stade qui permet de construire des ponts entre les êtres. »

Chanel
Technique mixte
(216 x 298 cm)
La liseuse
Technique mixte
(90 x 90 cm)

« L’art lui-même n’est guère rémunérateur. Dit comme ça, on ne fait pas de l’art pour l’argent mais plutôt par passion. Mais utiliser l’art à des fins sociales est encore plus difficile. »

K. Votre épouse et vous êtes très impliqués dans divers projets philanthropiques et humanitaires. Un mot sur vos projets actuels ?

En 2015, ma femme et moi avons créé Taverne Gutenberg, une association artistique qui a accueilli plus de 500 artistes et ateliers, tant en France qu’aux Philippines, d’où ma femme est originaire. Actuellement, nous sommes à la recherche d’un nouveau lieu.

K. Quels sont les défis que vous rencontrez au quotidien ?

L’art lui-même n’est guère rémunérateur. En d’autres termes, on ne fait pas de l’art pour l’argent, mais plutôt par passion. Mais utiliser l’art à des fins sociales est encore plus difficile.

Je dirais que c’est à vous, en tant qu’artiste, de décider si vous voulez utiliser votre art pour rendre service. Pour moi, c’est venu naturellement en allant aux Philippines. Je savais que je donnerais quelque chose si je pouvais vendre mon art. Aux Philippines, j’ai également rencontré beaucoup d’ONG, ce qui a été un autre élément déclencheur de mon engagement.

K. Votre série « Les Éclusiers » est à la fois conceptuelle et visuellement captivante. Quelle inspiration se cache derrière ? D’où viennent les individus représentés ?

J’ai essayé de dessiner le phénomène d’ouverture de l’esprit au monde. En acceptant qui vous êtes, vous regardez à l’intérieur de vous. En faisant cela, votre personnalité s’épanouit jusqu’à un stade qui permet de construire des ponts entre les êtres. Un lieu comme la Taverne Gutenberg représente cela : aider les gens à communiquer parce qu’ils ont trouvé un endroit où exprimer leurs rêves.

The Door
Technique mixte
(100 x 120 cm)

K. Vous travaillez à la fois sur des grands et des petits formats. À votre avis, quels sont les avantages et les inconvénients de chacun ?

Travailler sur grand format n’est pas toujours facile en termes de proportions. Vous ne pouvez pas improviser sans une bonne notion des proportions et de la perception 3D. Le petit format est agréable, c’est traditionnellement le format des livres d’école, ce qui me ramène à ces années passées en classe à faire semblant d’écouter le professeur alors que je griffonnais en classe.

K. Votre support artistique de prédilection ?

Ce qui est le plus proche de ma main.

K. La première chose que vous avez dessinée ?

Le visage d’un méchant.

K. Le genre de musique que vous écoutez en peignant ?

Absolument tout.

La galerie d’Henri Lamy

The Hand

Technique mixte
(60 x 90 cm)

Marfa

Technique mixte
(66 x 104 cm)

Mannequins in the Ruins

Technique mixte
(114 x 162 cm)