Interview artiste • Rencontre avec Donia Maaoui


Aujourd’hui, KAZoART vous propose une visite de l’atelier de la sculptrice Donia Maaoui ! Cette artiste belgo-tunisienne accomplie, également designer, vit en Toscane où elle imagine et créé des sculptures et bas-reliefs de bronze et de plâtre. Elle développe un univers peuplé de femmes graciles, éprises de liberté. Découverte d’une personnalité et d’un travail artistique pleins d’optimisme !

 

Retrouvez la galerie de Donia Maaoui sur KAZoART

Donia Maaoui

Donia Maaoui en quelques mots…

Soleil, liberté et joie de vivre, voici les mots qui nous viennent instantanément en regardant l’œuvre de Donia Maaoui. Cette artiste très concernée par les droits et libertés des femmes partout dans le monde, cherche à véhiculer un message d’espoir et d’émancipation personnelle, par le biais de Lola, l’héroïne de ses délicates statues. Lola tantôt s’élance vers le ciel, presque émancipée, tantôt se retrouve immobilisée, mais toujours tente de se libérer de sa prison dorée. Ces sculptures aériennes et graciles, à l’esthétique parfois proche de celle de Giacometti, on les croit à première vue fragiles, faites de plâtre. Elles sont en fait bien solides, constituées de bronze patiné de blanc.

L’autre aspect du travail de Donia Maaoui sont ces peintures « bas-reliefs », qui sont travaillés en résine de plâtre, et illustrent des thèmes proches de la nature, de l’organique, mais aussi de l’architecture. Toujours très colorés, emplis de joie de vivre et de gaieté, ils semblent presque vivants, mouvants, à l’image d’une nature toujours en évolution. On aime ce travail artistique engagé et original, fort de plusieurs cultures et imprégné de siècles d’histoire et d’art…

Découvrez Donia Maaoui dans son atelier :

K. Quel est votre parcours ?

Adolescente, je rêvais d’être artiste. D’abord le théâtre, puis l’architecture sont venus vers moi.
Mon père a eu un rôle important. Après le bac, j’ai arrêté mes études. J’ai été mannequin. Et il m’a demandé de reprendre des études universitaires. Nous avons trouvé un compromis : l’architecture. J’ai énormément acquis. Mes cours d’histoire de l’art, les visites dans les musées, mes travaux d’architectes ont été une nourriture intellectuelle pour moi. Mon projet de fin d’étude fut un musée, nous devions choisir l’artiste. Mon coup de cœur fut George Segal.
L’amour pour l’architecture vernaculaire (ndlr : type d’architecture propre à un pays, une culture…) m’est venue après avoir passé un certain temps dans une oasis de montagne, Tamerza. J’y ai rédigé mon mémoire de fin d’étude.
En Belgique, après avoir rencontré mon époux, nous avons déménagé vers l’Italie. Très rapidement dès que j’avais un moment libre, je peignais. Là, tout a commencé…

5-Touch the Sky - 2,40m - by Donia Maaoui Carrara

K. Quelles sont vos influences et inspirations (courants, artistes, passions…) ?

Comme vous l’avez compris, j’ai eu un coup de foudre pour l’œuvre de George Segal. Ses personnages blancs qui représentent la vie quotidienne m’ont fortement interpelée. Leur échelle à dimension humaine, leur couleur blanche… Les sculpteurs Niki de Saint Phalle, et Alberto Giacometti m’ont également nourri, mais aussi le mouvement Cobra, les expressionnistes allemands… sans parler de Picasso, Miro, Rothko.
Parfois pour prendre du recul, je regarde aussi de plus près le monde organique, qui me fascine.

K. Comment procédez-vous pour la création d’une œuvre ?

Avant tout, je pense au message à transmettre. Dans mon carnet à dessin, je fais quelques esquisses. Puis, convaincue, je m’y attèle.

Si c’est une sculpture, je commence par un dessin technique de la structure. Avec mon ferronnier, ensemble, nous réalisons la structure en fer. Dès qu’elle est terminée, dans mon atelier, j’y sculpte et applique la résine de plâtre. L’œuvre en plâtre finie, je vais dans une fonderie à Pietrasanta (Toscane). Ils en font alors un moule. L’œuvre sera ensuite coulée en bronze en plusieurs exemplaires.

Si c’est un tableau, après le croquis, je commande une planche de bois sur laquelle j’étale, je sculpte ma résine de plâtre. Ce sont en quelque sorte des bas-reliefs… et finalement, une fois la résine sèche, je peins par-dessus.

donia maaoui

Donia Maaoui, Teinturerie, 1500 €

K. Quelle place tient la femme dans votre travail ?

Dans mon travail, la femme est la protagoniste : elle a une place majeure. La femme, je l’ai appelée Lola, d’origine espagnole, héroïne de roman. Elle est légère, joyeuse, et elle aime la vie.

Mon père est tunisien et ma mère est belge. A Carthage, j’ai passé ma petite enfance. Vers mes 6 ans, mes parents s’installent définitivement en Belgique. A toutes mes vacances scolaires, toutes les années qui suivent, je retrouve ma famille tunisienne. A Bruxelles, à 17 ans, je deviens mannequin. J’ai un physique particulier, je suis naturellement très mince et grande. A cet âge, c’est difficile à porter… Les gens parfois, se permettent d’être agressif dans la rue, l’entourage…

atelier Donia Maaoui 0016 photo Noa Boucquillon

Et puis, à Tunis, diplômée, j’ai travaillé comme architecte. Or l’architecture est un monde d’homme.

En Tunisie, grâce au président Bourguiba, par les lois, la femme a reçu beaucoup de liberté.
Jusqu’aux années 80, le pays était très moderne. La femme travaille, conduit, s’habille comme elle le désire, choisit son mari…. Puis vers mes 13 ans, nous avons été confrontés à l’arrivée des islamistes, des frères musulmans. Du jour au lendemain, sur les plages, nous voyions des femmes en bikini mais aussi des femmes voilées avec leurs époux barbus. Nous les voyons dans la rue… Là le monde change, je le sens fragile. On se questionne : mouvement politique ou mouvement religieux ? Ce fut l’incompréhension, ce fut la peur, ce fut un retour en arrière.

Tout ce vécu, les oppositions culturelles, les mœurs, la religion, les traditions, les dictas de beauté, la position de la femme dans le monde occidental et oriental, ont nourrir mon travail. Je me questionne. Et mes prises de position se retrouvent dans mon travail.Carrara Chiesa delle lacrime-Donia Maaoui 1

K. Vous avez été architecte : l’architecture tient-elle une place particulière dans votre expression artistique ?

Oui, l’architecture influence mon travail. J’aime la géométrie qui y est présente, la symétrie, le carré. J’aime travailler en trois dimensions. Dès que je me suis mise à peindre, j’ai d’ailleurs fait des bas-reliefs.
Et quand j’ai imaginé ma protagoniste, Lola, directement, j’ai eu besoin de la mettre en trois dimensions, de la sculpter, de lui donner vie.

K. Quel message souhaitez-vous faire passer à travers vos œuvres ?

Je suis profondément européenne dans mon mode de vie. La Tunisie est dans mon cœur. Très vite mes origines feront partie de mon travail. Mon thème combat toutes les formes d’oppression et s’oriente vers une recherche de liberté individuelle. Je voudrais lancer un message d’espoir et de réflexion à travers un personnage et protagoniste : Lola.

00-QUELLE VOIE - WHICH WAY by Donia Maaoui firma

Retrouvez la galerie de Donia Maaoui sur KAZoART

Inscrivez-vous à la newsletter KAZoART

Vous souhaitez recevoir régulièrement les nouveaux articles et les actus de KAZoART ? Inscrivez-vous à notre newsletter !

15€ offerts pour toute nouvelle inscription.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>