Interview artiste • Rencontre avec Stéphane Cattaneo


Chaque mois, KAZoART vous présente un artiste de sa sélection, et aujourd’hui, nous sommes heureux de vous présenter Stéphane Cattaneo. Un peintre au grand cœur qui nous livre un bout de son histoire personnelle, riche d’expériences et de rencontres. Et en plus d’être un as du pinceau, sa plume est impeccable. Bonne lecture !

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Stéphane Cattaneo en quelques mots…

Dans l’univers de Stéphane Cattaneo, les formes dansent avec les couleurs. Tantôt graphique, tantôt lyrique, il n’y a aucun doute, il a un style bien à lui ! Tout comme sa démarche très singulière : amoureux du jazz depuis de nombreuses années, il crée en étroite collaboration avec des musiciens. KAZoART lui a posé des questions et vous propose de découvrir cet artiste pluriel d’un peu plus près.

Le royaume de nezahualcoyotl

Le royaume de nezahualcoyotl ©Stéphane Cattaneo, 2 850 € / artiste KAZoART

K. Qu’est ce qui vous a amené à l’art ?

« C’est une longue histoire, dont les épisodes les plus déterminants sont liés à des rencontres, des histoires humaines. Depuis tout jeune je suis intéressé par la Bande Dessinée ; j’ai eu la chance de croiser Jean Giraud-Moebius quand j’avais 20 ans, qui m’a encouragé à dessiner et m’a proposé très vite de faire une nouvelle exposition à quatre mains, puis un album, d’autres expos collectives avec Tardi, Mattoti, Loustal… Il me considérait comme un peintre à l’époque, alors que moi je rêvais encore de Spirou ou Corto Maltese.

Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite : peu à peu je me suis tourné vers la peinture pour des histoires de formats peut-être, de contraintes plus élastiques, pour épater Moebius aussi… Toujours est-il que dans les mêmes années (1994-95) j’ai fait la rencontre du producteur Jean Rochard qui m’a ouvert les portes du jazz français avec de jeunes figures comme Benoît Delbecq. Hélène Labarrière Noël Ackchoté… Dès lors la miction entre la musique et l’expression plastique s’est imposée de manière de plus en plus évidente. Cela dit, franchir le cap pour devenir un artiste à part entière a pris du temps et m’a contraint à franchir mille embûches : parmi celles-ci, j’ai dû survivre à ce qu’on nomme pudiquement « une longue maladie », mais qui a eu comme conséquence de m’éveiller à ce que j’attendais vraiment de l’existence : cessant de rêver ma vie pour vivre mes rêves, je suis parti à New-York pendant 3 mois, où j’ai vécu une sorte de conte de fée un peu tragique. À mon retour j’étais prêt à me consacrer exclusivement à la création.

La rage de vivre (en rêvant d'Arizona)

La rage de vivre (en rêvant d’arizona) ©Stéphane Cattaneo, 600 € / artiste KAZoART

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Photographie de Donald Washington avec les œuvres de Stéphane Cattaneo, Minneapolis 2014

K. Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?

Il dépend vraiment de ce que j’essaie d’exprimer… Il m’arrive de faire la promotion des idées libertaires, mais d’une manière générale je ne cherche pas à faire passer de message philosophique ou politique, plutôt une émotion : pour ce faire, je m’efforce d’être à l’écoute de mes états d’âmes, identifier la manière dont je les ressens dans mon corps, du temps que j’ai envie de passer sur une oeuvre, de la tonalité que je souhaite lui donner, etc.

Avant d’entreprendre quoi que ce soit, j’accumule une énergie intérieure en prenant le temps de lire les nouvelles, surfer sur le web ou ranger de minuscules choses dans l’atelier tout en buvant force café, et fumant force cigarettes, jusqu’au moment où n’y tenant plus, je me précipite sur mon ouvrage.

K. Vous vous exprimez à travers des techniques variées (acrylique, dessin, encre, collage…). Laquelle préférez-vous ?

Je crois que pour ce qui concerne le travail en atelier, la gouache sur papier est ce qui m’apporte le plus de sérénité, que ce soit pour l’abstraction ou ce qui se rapproche le plus de l’illustration avec crayonné, etc. Pour le reste, les performances sur scène avec de l’acrylique sur de très grands formats sont ce qui me procure les sensations les plus intenses.

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Photographie de Stéphane Cattaneo en train de peindre avec le musicien CadiJo, Paris 2016

K. Vous utilisez une grande palette chromatique. Quel rapport entretenez-vous avec les couleurs ?

Un rapport très instinctif, même si je me suis rendu compte avec le temps que j’avais instauré une sorte de système : commencer par le noir, continuer avec toutes couleurs intermédiaires choisies selon mon humeur, pour finir par le blanc, en une volonté finalement plutôt consciente de révéler la lumière.

Il y a tout un tas d’exceptions à ce processus bien sûr, mais celui-ci me donne le sentiment d’enchanter le monde, d’offrir quelque chose d’exubérant et de dynamique susceptible de nous consoler tous de notre douleur de vivre. Ceci peut sembler bien pompeux et naïf, évidemment… Mais je crois à une sorte de mission qui consisterait à rendre les gens heureux en utilisant des couleurs, en les rythmant.

K. De quel(s) grand(s) mouvement(s) de l’histoire de l’art vous sentez vous le plus proche ?

Tout ou presque m’intéresse, des Hittites jusqu’à la deuxième moitié du XXème siècle, et il faudrait réserver des interviews entières dédiées à chacun d’eux. Cependant le surréalisme dans toutes ses déclinaisons, l’expressionnisme abstrait américain, Cobra, l’art brut… Dernièrement j’ai eu la chance d’aller au Mexique où j’ai découvert l’art fascinant des Huichol : je ne sais pas si on peut parler de « grand mouvement de l’histoire de l’art », mais ce que réalisent les artistes de cette communauté me touche intensément, me donne le sentiment que nous faisons la même chose en utilisant des moyens totalement différents.

Van Gogh n'était pas fou

Van gogh n’était pas fou ©Stéphane Cattaneo, 230 € / artiste KAZoART

K. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre fascination pour le jazz ? Comment influence-t-il votre travail ?

Le jazz est une musique qui m’inspire d’une manière très profonde. Je suis fasciné en effet par l’improvisation, la capacité des musiciens à inventer, avec le vocabulaire qui leur est propre, un discours chaque fois renouvelé, dans un style unique et reconnaissable. J’apprécie plus que tout les solistes étincelants au saxophone, tels John Coltrane par exemple, Paul Desmond ou encore Émile Parisien, avec qui il m’arrive de jouer et qui possède tout ce que j’aime dans cette musique : l’élégance, l’ambition, la virtuosité. Entre nous ce n’est plus de l’amitié, c’est une histoire d’amour !

Étienne Brunet (sax ténor) a eu cette formule heureuse à la suite d’une de nos performances : « Le peintre trace la musique, le musicien joue la peinture » ; je pourrais difficilement mieux exprimer cela …

Quand je suis sur scène, une forme de télépathie s’instaure entre les musiciens et moi, une hyper-réceptivité qui se nourrit des regards échangés, et qui comporte une dimensions éminemment physique car je suis littéralement traversé par la musique :  pour restituer l’échange d’énergie qui se produit, je scande la pulsation rythmique avec tout mon corps, bougeant énormément, en une transe que je m’astreins à contrôler de manière à utiliser la dynamique ainsi créée pour obtenir un phrasé précis, ample, et aller plus loin dans l’expression. Le reste du temps, j’écoute tout simplement beaucoup de musique…!

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Stéphane Cattaneo en train de peindre avec les musiciens Émile Parisien et Vincent Peirani, Toluca, Mexico 2016

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Photographie de Stéphane Cattaneo en train de peindre, à Toluca, Mexico 2016

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photo de couverture : ©Jeff Humbert

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