Interview artiste • Rencontre avec Victoria Stagni


A l’occasion de ses 3 ans, KAZoART sort le grand jeu et invite l’artiste peintre Victoria Stagni à présenter ses œuvres lors de sa soirée d’anniversaire célébrée le jeudi 29 mars 2018 à Bordeaux. Cette Bordelaise d’origine argentine, artiste très prometteuse, crée des toiles colorées et oniriques, où l’Homme se perd dans une nature luxuriante, primaire. Rencontre avec une peintre du « réalisme magique » sud-américain, fascinée par la nature et toutes les créatures qui la peuplent…

 

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Victoria Stagni

Victoria Stagni

Victoria Stagni en quelques mots…

Onirique, sensuelle et sauvage : voilà comment l’on pourrait qualifier la peinture de Victoria Stagni. Née à Buenos-Aires d’un père paraguayen et d’une mère argentine, cette ancienne comédienne s’est lancée à corps perdu dans la peinture il y a cinq ans. Ses œuvres, au dessin pointu et très réaliste, mettent pourtant en scène des sujets fantastiques : femmes au cœur de la jungle, accompagnées de fauves, conversations sous l’eau, escaladeurs de girafe… tout un bestiaire se déploie amplement dans des toiles colorées. L’artiste ne se met aucune barrière, et cherche à émerveiller autant qu’à surprendre, à déconcerter. Les scènes que l’on observe sont de vrais rêves, énigmatiques, dont le sens échappe mais la singularité fascine.

Ses animaux, une myriade d’espèces à poils, à plumes et à écailles, sont mystérieux, et se font tantôt protecteurs, joueurs ou menaçants. Au milieu des bêtes, des femmes, toujours des femmes, se pavanent, se cachent, s’amusent, souvent nues, parfois vêtues. Cette image, introspective, c’est celle de l’artiste car elle est « le sujet qu’ [elle] connai[t] le mieux ». Elles amènent un côté fort et sensuel aux toiles, renforcé par des couleurs chatoyantes et vibrantes. Victoria Stagni propose définitivement un travail unique et très personnel, au pouvoir évocateur puissant.

Atelier

Victoria Stagni dans son atelier

K. Quel est votre parcours ? Comment vous êtes-vous lancée en peinture ?

Mon parcours est assez atypique : après des études d’Histoire à La Sorbonne, de communication, et d’art dramatique au cours Florent, j’ai été comédienne pendant une dizaine d’années avant de devenir artiste peintre, il y a un peu moins de cinq ans. Il m’a fallu un long cheminement pour m’autoriser à devenir celle que voulais être réellement ! Je dessinais beaucoup au lycée ainsi qu’au début de mes études à la fac mais ne pensais pas pouvoir en faire un jour un métier.

Et c’est en arrivant à Bordeaux dans ma nouvelle maison que j’ai eu une révélation en tombant sur un vieux chevalet oublié à la cave… Je me suis alors inscrite au cours de peinture de Pierre Lafage à l’Atelier des Beaux-arts de Bordeaux et ai rapidement commencé un travail personnel car j’avais un désir énorme de m’exprimer sur la toile.

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Victoria Stagni, « Charlotte et les lions », Vernissage à l’Institut Magrez (Bordeaux), © Chris Couly – En vente sur KAZoART, 3200 €

 

K. Quelles sont vos influences et vos inspirations ?

J’ai une passion pour le Douanier Rousseau, ses talents de coloriste et pour la poésie qui habite ses tableaux. Parmi mes maîtres, il y a aussi Frida Kahlo dont les autoportraits me touchent énormément. Cette représentation de soi-même me semble un excellent vecteur d’émotion car, comme le dit Frida, nous sommes les personnes que nous connaissons le mieux.
Je n’oublie pas non plus Klimt avec ses nus et l’utilisation de fonds dorés qu’on retrouve dans certaines de mes toiles.

K. Expliquez-nous comment vous procédez pour la création d’une toile…

Mes créations ont toutes le même point de départ : je laisse mon esprit vagabonder jusqu’à ce qu’une idée émerge, qu’une image de l’ensemble se précise. Selon les cas je me prends comme sujet ou préfère centrer mon tableau sur le portrait d’une autre femme (pour l’instant, les portraits féminins sont ma meilleure source d’inspiration).

De cette représentation mentale, je fais alors un croquis. Puis vient immédiatement ensuite le choix des couleurs pour la composition du futur tableau. Comme Matisse, je “sens” mes tableaux par la couleur ; la couleur est une pièce maîtresse de l’organisation de mes toiles.

Palette

Le matériel de peinture

Lorsque j’en ai terminé avec le travail préparatoire, je peux poursuivre sur la toile : je fais un dessin et je peins enfin. Je peins à l’huile. J’aime le rapport sensuel que j’entretiens avec cette peinture au contact du support. Après une première couche diluée en jus qui distribue la couleur, suivent une, deux, voire trois couches supplémentaires si nécessaire (notamment pour les carnations et certains pelages d’animaux avec le report des ombres et de la lumière).

K. Pouvez-vous nous parler des rapports entre la nature et l’Homme, un thème très présent dans vos œuvres ?

Il y a différentes choses que j’explore dans ces relations entre la nature et l’Homme. Par exemple, dans mon tableau « Cent ans de solitude », où le personnage, allongé sur le dos d’un immense crocodile, se trouve dans une oasis de verdure en train de lire le roman éponyme de Garcia Marquez, j’installe une dualité entre le cadre exotique et apaisant de la jungle fantasmée et la menace immédiate que constitue la gueule ouverte du crocodile. On peut y voir aussi le désir, tel un Robinson, de quitter le monde des hommes pour mieux retrouver la nature primordiale, comme un ventre maternel, un cocon protecteur, mais sans pour autant oublier la peur qu’elle nous inspire car nous ne la maîtrisons pas.

Victoria Stagni, Cent ans de solitude, Impression d'art

Victoria Stagni, « Cent ans de solitude », Impression d’art à partir de 49 €

Par ailleurs, j’ai un immense respect pour ceux dont nous partageons le règne sur cette terre: je parle bien entendu des animaux. Je suis indignée par la façon dont nous les traitons, sans chercher à partager harmonieusement nos espaces vitaux ni à comprendre la nature de leur intelligence. Et, sur un plan pictural, non seulement ils sont l’incarnation de la beauté mais encore je leur trouve une puissance évocatrice sans pareil. Je les convoque dans presque toutes mes toiles : ils sont des amis, des ennemis, des complices, des témoins… des totems aussi. Les relations entre les différents protagonistes de mes toiles peuvent être interprétées de bien des façons. Dans « Animal kingdom » notamment, de l’intime au politique, que dire de ce qui lie le tigre et la femme dont il a un jour lacéré le dos de ses griffes…?

5. Vous sentez-vous proche du mouvement « primitiviste », dans la veine de Gauguin ou du Douanier Rousseau ?

Plus que de Gauguin, je me sens proche du Douanier Rousseau dans le traitement naïf qu’il fait de la végétation ainsi que la “stylisation” des animaux. Dans le même esprit, j’aime beaucoup la peinture d’Angelika Bauer, peintre allemande que j’ai découverte lors d’un voyage au Guatemala, ou encore le travail du peintre tibétain Tenzin Norbu dont on pouvait découvrir les toiles dans le film « Himalaya, l’enfance d’un chef » d’Eric Valli.

Mais pour ma part, je tends vers plus de réalisme lorsqu’il s’agit de peindre les personnages humains autour desquels s’articulent mes créations. De ce décalage entre réalisme des portraits et représentations plus naïves du décor et de certains animaux, je veux faire naître une dimension onirique et surréaliste sur la toile.

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Victoria Stagni, « Les oiseaux », Vernissage à l’Institut Magrez (Bordeaux), © Chris Couly – En vente sur KAZoART, 985 €

6. Pourquoi choisir de traiter l’autoportrait ?

J’utilise en effet souvent mon image pour constituer mes tableaux, car c’est pour moi le meilleur moyen de parler de mes émotions et de faire passer mes idées sur la toile. De surcroît, par ce biais, je suis entièrement libre ! Je suis toujours disponible pour me servir de modèle. Je peux restituer n’importe quelle expression de mon visage et je peux choisir de montrer mon corps comme j’en ai envie, même dénudé. Et je n’ai pas besoin d’embellir la réalité comme il m’arrive d’être tentée de le faire avec d’autres modèles.

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