Interview artiste • Dans l’atelier d’Anne Baudequin


KAZoART vous ouvre les portes de l’atelier de la peintre paysagiste Anne Baudequin ! Découvrez ses méthodes de travail, sa façon de voir la peinture, de penser les choses et surtout le regard qu’elle porte sur son art...
Anne Baudequin peint depuis l’âge de 15 ans, A présent restauratrice de peintures anciennes, elle s’adonne toujours au paysage, sa passion. Elle vit dans un région qu’elle affectionne, l’Auvergne, dont le paysage l’inspire tout particulièrement. Sous ses pinceaux, montagnes et fleuves prennent vie et varient au gré des saisons et des ciels. Elle pratique également la nature morte, s’inscrivant directement dans la lignée des peintres du XIXe, pas si loin d’un Pierre Bonnard.
Rencontre avec une peintre sensible, en fusion avec son environnement et riche d’une belle culture paysagère.

Retrouvez la galerie d’Anne Baudequin sur KAZoART

6 questions à Anne Baudequin

K. Parlez-nous un peu de vous : d’où vous vient votre vocation en tant qu’artiste ?

J’ai toujours aimé contempler les paysages, comme une parenthèse hors du quotidien. Dès mes premières peintures à l’âge de quinze ans, j’y ai naturellement puisé mon inspiration. Diplômée de l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (Olivier de Serres, Paris), mes études m’ont confrontée à d’autres pratiques des arts plastiques, mais ne m’ont en rien détournée de ma passion du paysage.
Établie en Haute-Loire pour son patrimoine et ses paysages, je suis depuis une vingtaine d’année restauratrice de peintures anciennes au service des Monuments Historiques et des Musées Classés et Contrôlés. Ce métier me permet de connaître intimement dans sa matérialité, la peinture du 16ème siècle à nos jours. C’est un privilège, une expérience rare de pouvoir tenir entre ses mains et sous son pinceau des œuvres de peintres aussi divers que Guy François, Sébastien Bourdon, Félix Ziem, Armand Guillaumin, Maximilien Luce ou Abdallah Benanteur.

Dix octobre, roches de mariol, aurore

K. Quelles sont vos influences et inspirations artistiques ?

Passionnée par la peinture de paysage, je me suis tournée naturellement vers les peintres paysagistes du 19ème siècle : les aquarelles de John Constable et de Turner, les études en Italie de Jean Baptiste Corot. Cependant, à la tension dramatique des représentations romantiques du paysage, je préfère la poésie réaliste des oeuvres de Sisley et Pissarro. J’admire également la vision synthétique d’une
grande justesse d’Albert Marquet.

K. Quel est votre processus de création et comment se déroule une séance de travail ?

Que ce soit en promenade à la quête d’un motif ou vue de mon atelier, l’inspiration me vient de la conjonction heureuse des éléments. Une masse nuageuse, une lumière, des brumes provoquent en moi un besoin impérieux de peindre. Après un tracé rapide sur la toile pour mettre en place la composition, je peins dans l’impatience. Il ne faut pas perdre l’émotion de départ. Si la lumière, les nuages ne sont pas assez stables au vu du format que je souhaite réaliser, j’exécute une série d’esquisses à la gouache sur papier ou panneau préparé. Réalisées en quelques minutes, elles me permettent de saisir l’évolution d’une scène. Elles me servent de base de travail pour les levers, couchers de soleil, effets de lune, crépuscules ou certaines toiles de grand format.
Je travaille toujours « alla prima », le temps d’une unique et parfois longue séance de peinture. J’ai besoin de conserver cet équilibre fragile entre une grande concentration dans l’observation et un lâché prise nécessaire pour donner sa liberté au pinceau. Le plaisir de peindre tient dans ce jeu entre maîtrise et improvisation.
Chaque peinture à peine achevée me devient insupportable, peindre est un tel travail critique que je n’y vois plus que sa perfectibilité. Elle subit alors une mise en quarantaine au fond de la réserve. Au bout de quelques temps, si possible après en avoir peint d’autres, j’ai le détachement nécessaire pour la juger. Ne retravaillant jamais une toile, il n’y a alors que deux issues : la garder ou la détruire.

Quinze février, étang de la plaine

K. Quelle est votre relation avec votre région, l’Auvergne, et ses paysages ?

J’ai choisi de vivre et de peindre en Haute-Loire pour ses paysages contrastés entre douceur et rudesse.
Les Monts du Velay ont été modelés par le volcanisme, mais avec le temps, l’érosion, la végétation et l’empreinte de l’homme ont effacé tout caractère inquiétant et menaçant. Les cheminées volcaniques, sucs, gardes, éboulis et coulées forment des paysages tout en courbes et rondeurs où même les prés sont « bossus », comme on dit ici. Le ciel participe à cette douceur. Si au-dessus de notre tête il n’a rien à envier par l’intensité de son bleu au ciel du midi, il prend des tons rosés vaporeux à l’horizon.
Sur les hauts plateaux au climat rude du Massif du Mézenc, balayés par les vents, on est saisi par l’immensité des pâturages, le regard porte à l’infini, jusqu’à ce que nuages et brumes se confondent avec les monts. On y ressent la solitude et la puissance des éléments.

La réalité et sa représentation, les Roches de Mariol

K. Pourquoi ce choix de travailler sur les variations de météo et d’heures, à la manière d’un Claude Monet ?

Ce n’est pas un choix délibéré, contrairement à Claude Monet, il n’y a pas chez moi de préméditation ni de volonté de créer des séries. Ma maison avec vue sur les Monts du Velay domine les gorges de la Loire. Chaque jour, à toute heure, le spectacle changeant qui s’offre à moi me fascine et déclenche l’envie irrépressible de peindre. Cette relation intime avec le motif me permet d’en saisir les subtiles et infinies variétés atmosphériques. Il s’est naturellement imposé à moi comme sujet principal. Chacune de mes toiles représente l’instant où la beauté inattendue d’une lumière transforme ce paysage familier et m’appelle à le contempler.

6. Pratiquez-vous l’aquarelle, qui semblerait bien se prêter à votre sujet ?

Plutôt que l’aquarelle, je travaille la gouache aquarellée qui convient mieux à mon tempérament impétueux en peinture. Je la pratique en voyage ainsi que pour réaliser les croquis d’étude. Cependant, toujours à la recherche de plus de justesse je lui préfère l’huile qui ne me trahit pas. Un ton posé ne varie pas au séchage. Pour autant comme à l’aquarelle, je joue avec le fond blanc de ma toile. Il apparaît en réserve un peu partout et en transparence dans les ciels. Je ne travaille que dans le frais et il reste toujours dans mes toiles achevées la spontanéité du geste sans retour.

Dix-neuf juillet, roche de mariol, lune au soleil couchant

L’avis de KAZoART

On aime ce travail fin de la lumière, l’idée de la répétition du sujet, ces montagnes auvergnates éclairées différemment selon la saison ou la météo… Le paysage, les vallées deviennent alors de véritables personnages et s’animent, tantôt bleues ou rosées, tantôt blanches et lumineuses, sous les pinceaux légers d’Anne Baudequin. Exigence et précision la caractérisent, elle qui travaille rapidement et ne revient jamais sur ce qu’elle a fait. Dans la droite lignée des paysagistes du XIXe siècle, elle observe la nature et la transcrit par le biais de son geste, faisant preuve d’une précision impressionnante alors même que la touche est floue et adoucie. Ce côté « pris sur le vif » donne un bel effet de spontanéité. Sa palette de couleurs est toujours douce et très réaliste, Ses ciels sont particulièrement réussis et le traitement atmosphérique de l’horizon, les brumes lointaines sur les montagnes paraissent aussi vraies que nature… Des toiles apaisantes, fortes de l’ héritage impressionniste et d’un sens de l’observation aigu.

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