Interview artiste • Rencontre avec Marc Mugnier


Sculpteur du sensible depuis une dizaine d’années, Marc Mugnier nous a ouvert les portes de son atelier à Gémeaux près de Dijon pour nous raconter son parcours artistique. Après avoir acquis les méthodes traditionnelles de taille de la pierre, il a progressivement défini son style et nous dévoile aujourd’hui des œuvres monumentales qui font corps avec la nature.

Installation sculpture OUVERTURE août 2018 (4)

Marc Mugnier et sa sculpture Ouverture

Quelques mots sur Marc Mugnier

C’est dans sa maison-atelier, comme il aime à l’appeler, que Marc Mugnier évolue en tant que sculpteur. Professeur des écoles en parallèle, cet artiste bourguignon consacre son temps libre à la création et la sublimation des pierres. Véritable touche-à-tout, il confectionne ses œuvres de la naissance du projet jusqu’à leur finalisation. Grâce à cette source d’inspiration intarissable qu’est la nature, il fait naître des sculptures qui redéfinissent l’environnement dans lequel elles se trouvent.

K. D’où vient votre vocation en tant qu’artiste sculpteur ?

Je me suis lancé dans cette aventure en 2000. Je suis allé voir un sculpteur qui m’a appris les méthodes traditionnelles de taille de la pierre. C’est la pierre qui m’attirait dès le départ, le modelage et le moulage. J’ai été pendant un temps dans un atelier d’artistes, et par la suite j’ai réalisé quelques pièces par moi-même. Ensuite j’ai fait une pause dans mon activité de sculpteur pour me consacrer au vitrail, à des rénovations dans la maison et dans mon atelier. Le vitrail à travers lequel la lumière passe me plaisait beaucoup. Aujourd’hui, si je refais des sculptures où il y a le passage de la lumière, ça vient aussi de là.

Danse

Marc Mugnier, Danse

J’ai toujours eu envie de m’exprimer à travers les arts. J’ai commencé par vouloir écrire de la poésie au départ. Je suis ensuite passé à la photographie. J’avais un labo photo chez moi, je passais des nuits à développer, ce n’était pas encore le numérique mais l’argentique. Aujourd’hui je pratique la sculpture mais je suis également professeur des écoles, ce qui me permet d’avoir une grande liberté. Je fais des plus petites pièces pour que cela soit plus facile à mettre en œuvre.

K. Comment se déroule une séance de travail ?

À chaque projet, une nouvelle aventure… Je suis d’abord attiré par des pierres et ensuite, un projet naît. En Occident, on est surtout sur une réflexion à la Descartes, très porté sur la raison, alors que l’on me dit souvent que mon travail fait penser à des œuvres à l’esprit asiatique.

En Asie, on parle de zénitude, ils n’ont pas cette démarche où il faut que tout soit carré et raisonné. Alors que chez nous, et même dans les écoles d’art, il faut partir du concept, ce n’est pas du tout ma démarche. Mon esprit travaille mais pas forcément avec des mots. Il travaille parce qu’il est influencé de toutes parts, que ce soit par des paroles ou des images, des bruits que l’on entend, tout ça ce n’est pas quantifiable. C’est tout un travail interne, je peux me réveiller un matin et avoir des idées qui me viennent, mon esprit travaille constamment. C’est plus une vie intérieure, une démarche intérieure par rapport à ce qui m’a plu à l’extérieur et après ça ressort mais pas de façon conceptuelle.

Vibrations de carrare

Marc Mugnier, Vibrations de Cararre

Je passe par le dessin parfois, par des schémas pour définir des proportions et parfois ça ne fonctionne pas donc je laisse. La démarche générale, c’est d’aller chercher les pierres et puis un jour j’ai une idée, par rapport à ces pierres, je peux dessiner, j’essaie de les assembler. Après je cherche si ça fonctionne, comment les assembler, en pensant à comment les déplacer, les transporter sans que cela casse. Il y a une vraie réflexion technique en jeu, à la solidité de l’œuvre, sa pérennité.

C’est vraiment des coups de cœur sur des pierres,
parfois je ne sais pas ce que je vais faire avec
mais c’est comme si elles me parlaient.
Je les achète mais elles restent parfois un, deux, trois ans dans l’atelier
et puis un jour, il y a un déclic.

Il y a des artistes qui donnent à faire à des ferronniers, à des maçons, alors que moi je fais tout de A à Z. C’est moi qui courbe le métal, qui soude, qui travaille la pierre. Il m’arrive d’utiliser parfois des pierres déjà façonnées comme des galets, mais ce n’est pas systématique. Les sculptures monumentales peuvent s’installer en harmonie avec la nature dans des lieux en extérieur tels que des jardins ou des parcs. A chaque fois on invente une technique par rapport à chaque sculpture.

Installation sculpture OUVERTURE août 2018 (11)

Marc Mugnier lors de l’installation de la sculpture Ouverture chez un acheteur

K. Quelles sont vos influences et inspirations artistiques ?

Mes influences ont été au départ le travail de Rodin et de Matisse, puis les œuvres de Brancusi et des artistes du Land Art. Quand je me suis remis à sculpter, j’ai découvert l’univers du Land Art et ça m’a ouvert sur le fait que sculpter ce n’était pas forcément seulement enlever de la matière mais que l’on peut aussi en ajouter, quelle que soit la matière finalement. J’ai trouvé que c’était une grande liberté, de pouvoir créer en ajoutant, pour créer différemment.

K. Comment choisissez-vous vos pierres ?

Il faut que la pierre m’attire par sa texture, par sa couleur, par sa forme. Chaque pierre a sa particularité, son histoire. Quand on travaille ce matériau, on découvre mille choses intéressantes chargées de la mémoire de la terre. Je travaille le calcaire, l’ardoise, le schiste, la serpentine aussi. Les formes sont variées, je m’intéresse aux galets, aux plaques.

Sinuosité

Marc Mugnier, Sinuosité

Je vais surtout chez les marchands ou dans les carrières. Je suis aussi allé à Carrare pour acheter du marbre, c’est en bord de mer, c’est un super marché de la pierre dans toute la ville ! On y trouve des pierres du monde entier. Là, j’ai la chance d’avoir des fournisseurs pas loin de Dijon, sinon j’allais parfois dans le sud de la France. C’est vraiment des coups de cœur sur des pierres, parfois je ne sais pas ce que je vais faire avec mais c’est comme si elles me parlaient. Je les achète mais elles restent parfois un, deux, trois ans dans l’atelier et puis un jour, il y a un déclic.

K. Quel rôle joue la nature dans votre création ?

Mes œuvres véhiculent un message de paix et de respect de la nature. J’aime la nature et la pierre. J’ai été bercé dans cet environnement depuis mon enfance. Mon père était spéléologue et géologue et ma mère, naturaliste, adorait voyager. Je revis ces moments à travers la sculpture.

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