« Traduire une sorte de souffle et de vivacité », telle est l’ambition de l’artiste Philippe Marlats lorsqu’il se trouve devant la toile blanche. KAZoART a eu la chance de découvrir son atelier à Bordeaux et d’en apprendre un peu plus sur son expression artistique au détour de ses deux séries : La Chute de l’Homme et La Femme. Rencontre avec Philippe Marlats !

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K. Racontez-nous vos débuts…

Tout a commencé à l’âge de 12 ans avec des cours de solfège. Un jour, j’ai dit à mes parents que je voulais faire du dessin. Ils m’ont alors trouvé un atelier à Orléans. Au départ, c’était une expression gestuelle portée sur l’arbre et le paysage, avec des craies, du fusain, de l’huile, du brou de noix et de l’encre de Chine.

Durant ma jeunesse, j’ai fait la connaissance d’un peintre ligérien qui travaillait avec mon père, lui-même ingénieur météo. Jean-Paul Ferrand exposait au Japon et avait un certain succès. Il m’a donné mes premiers crayons et pinceaux. J’ai également bénéficié d’une retraite artistique de quelques jours à l’Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire auprès du moine bénédictin Laurent Knaff.

Dessins de Philippe Marlats / Photo : tous droits réservés

Mes parents ne voyaient pas trop d’un bon œil que je m’engage dans des études artistiques. J’ai donc eu une autre orientation : les classes préparatoires littéraires en vue de passer des concours administratifs. Mais j’ai toujours continué à dessiner et à tenir des carnets de croquis.

Un jour, j’ai décidé d’abandonner la peinture à l’huile à cause de son temps de séchage très long. A l’époque, je ne connaissais pas encore la peinture acrylique !

Figure avril 2019 de Philippe Marlats / Photo : tous droits réservés

Après un développement un peu autodidacte, j’avais besoin de reprendre les choses par la structure. J’ai pris des cours de dessin de modèle vivant dans un atelier avec le professeur André Paoli, et par la suite Valérie Augazot quand ce dernier nous a quittés. C’est elle qui m’a introduit à l’acrylique. Ce fut un grand moment de révélation pour moi.

J’ai commencé cette technique partiellement puisque j’avais aussi mon activité professionnelle à côté. Par la suite je suis devenue Directeur Adjoint à l’Hôpital psychiatrique d’Angoulême. Un jour, je suis tombé sur l’image d’un homme qui tombait en arrière. De là est née La Chute de l’Homme, avec un intérêt porté également sur le modèle vivant féminin.

K. Comment se déroule une séance de travail ?

Philippe Marlats dans son atelier / Photo : tous droits réservés

Je ne peux pas consacrer beaucoup de temps à la peinture. Le soir, je rentre et je peins… sauf si j’ai le bonheur d’avoir une séance de modèle vivant. Pour cette raison, j’ai besoin d’un médium assez rapide tel que l’acrylique.

En règle générale, je pars d’un contexte un peu abstrait, un imagier, merci Pinterest ! J’ai souvent le résultat final dans la tête, j’ai le fond, le personnage, il ne reste plus qu’à faire correspondre le tout.

K. Quelles sont vos influences artistiques ?

Joan Mitchell ou encore Pierre Alechinsky sont des artistes qui m’inspirent. L’Expressionnisme d’un Georg Bazelitz et l’expressionnisme allemand sont également des sources d’inspiration.

Sans oublier Goya, qui a fait toute une série à la fin de sa vie sur des sujets tragiques. On peut aussi trouver une certaine mélancolie dans mon travail.

K. L’image du corps tiraillé est récurrente dans votre travail. Pour quelle raison ?

Philippe Marlats, Nu

Les thèmes peuvent être perturbants. J’ai une vision très pessimiste de la Nature humaine. On pourrait penser que c’est une posture intellectuelle car je n’ai pas de souffrance particulière dans mon vécu personnel. Mais on est toujours un peu fasciné par le Mal. C’est une sorte de répulsion et de fascination.

Je suis aussi un peu comme ces grands reporters photographiques qui couvrent les événements tragiques et qui sont capables en même temps d’en donner une restitution plastique, esthétique. C’est beau mais ce qu’il y a derrière est terrible. C’est en même temps tempéré par le corps humain féminin, qui est comme un paysage merveilleux.

K. Racontez-nous votre première exposition…

Alcyon et Sans titre de Philippe Marlats / photo : tous droits réservés

C’était en 2017 à la Conserverie de Bordeaux. Se montrer est quelque chose de particulier, c’est un pas supplémentaire à franchir. Ce que fait un artiste, l’image qu’il produit, c’est plus ou moins révélateur de ce qu’il est. J’ai une expression assez expressionniste et sensible. Il y a un peu d’intellectualisation et de discours derrière mais c’est proche de ma façon de voir le monde, il y a beaucoup d’intimité.

Après cette première exposition, il y en a eu une seconde puis des expositions collectives. Toujours en 2017, il y a un couple de coiffeurs qui avait beaucoup aimé mon travail. Ils appartiennent à une association de commerçants. Ils m’ont contacté parce qu’ils voulaient exposer mon travail dans une dizaine de boutiques. Ce fut l’élément déclencheur.

K. Que souhaitez-vous véhiculer à travers vos œuvres ?

Philippe Marlats, A terre

Si l’on se penche de près sur mes tableaux, on peut y voir des griffures. À travers elles, je cherche à traduire une sorte de souffle, de vivacité qui se retrouve dans cette manière très heurtée de poser le pinceau, de rayer la toile pour donner une impulsion de vie. La Chute de l’Homme est une thématique lourde. Il n’y a pas qu’un plaisir esthétique à travailler. Il y a une mise à nu au sens littéral.

Finalement, qu’est-ce qu’une Œuvre d’art une fois qu’elle est produite ? Elle n’appartient plus tellement à son auteur. C’est le spectateur lui-même qui fait l’œuvre d’art. La question est alors : qu’est-ce qui va ressortir consciemment ou inconsciemment à la contemplation de cette œuvre ?

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