C’est dans la sculpture que Sophie Bocher a trouvé un passionnant lieu d’épanouissement. Sculptrice depuis une vingtaine d’années, elle expérimente différents matériaux pour faire naître des figures humaines empreintes de force, d’authenticité mais aussi d’une infinie quiétude. L’artiste questionne le rapport essentiel de l’Homme à la terre, forme de primitivisme qui émane de ses silhouettes ré-interprétables. Rencontre avec une artiste accomplie !

K. D’où vient votre vocation d’artiste ?

Je ne sais pas si je peux parler de vocation d’artiste dans le sens où ma passion pour la sculpture est apparue progressivement. Je n’y suis pas arrivée tout de suite. J’ai commencé avec la photographie qui m’a appris à observer le monde avec un regard différent, puis j’ai poursuivi avec le dessin et la peinture. La sculpture est arrivée comme une forme de prolongement logique.

Tout de suite, le rapport du corps à la matière et le rapport primitif à la terre m’ont plongée dans la sculpture avec passion. L’œuvre naît d’un bloc de terre, le réel n’impose rien dans cet art, contrairement à la photographie par exemple. La sculpture est mon espace de liberté, de tous les possibles, c’est le lieu de mes étonnements. J’apprends à me connaître en essayant de comprendre pourquoi et comment je crée.

Mon quotidien est assez solitaire mais aussi connecté au grand Tout. C’est ce que j’aime et ce qui est difficile à la fois. La sculpture est aujourd’hui devenue une nécessité vitale pour moi. Une citation de Nietzsche résume bien tout ça  : « Tu dois devenir l’homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même ».

K. Comment se déroule une séance de travail ?

©Sophie Bocher

Mes œuvres partent d’une vision, d’une sensation de forme que je cherche à exprimer, à trouver. Créer est une recherche. Tant que je ne me sens pas en phase avec ma forme sculptée, je continue à modeler. Cela peut devenir très laborieux, très long, avec des retours en arrière. Cela peut être instinctif et rapide. Je ne sais jamais ce que va devenir une séance, je ne peux rien programmer.

Le travail de sculptrice est aussi un travail très concret avec mes partenaires mouleurs, fondeurs, socleurs, qui travaillent avec moi sur mes projets, qui cherchent à les rendre concrétisables. La sculpture nécessite un investissement aussi financier, concret, qui implique de croire en son travail, ce qui n’est pas toujours évident.

K. Quels sont vos matériaux de prédilection ?

Atelier de Sophie Bocher / ©Sophie Bocher

Le grès est à l’origine de beaucoup de mes travaux mais j’aime aussi beaucoup passer au plâtre avec des structures en métal ou du polystyrène pour les grands formats. Pour chaque projet, j’essaie de choisir le matériau qui me laissera la plus libre de m’exprimer.

La sculpture est mon espace de liberté, de tous les possibles, c’est le lieu de mes étonnements.

Sophie Bocher

K. Quelles sont vos influences artistiques ?

©Sophie Bocher

C’est difficile de cerner les influences. Tout influence. Tout ce qu’on vit, ce que l’on ressent. Oui, ponctuellement je me rends compte qu’Henri Moore, Barbara Hepworth, Brancusi ou Eduardo Chillida, Parvine Curie, sont des sculpteurs qui comptent dans mon travail. Mais je suis persuadée que ceci est déjà une interprétation de ma part et que des forces insondables me dépassent dans l’acte de créer. Quand j’essaye d’écrire sur mon travail, je me dis que mon interprétation est liée à une humeur, un contexte. Elle n’est pas vraie dans l’absolu.

K. Le corps, seul ou accompagné, entier ou partiel, est l’élément central de votre démarche, pour quelle(s) raison(s) ?

Sophie Bocher, Street meet.1 (sculpture résine)

Le corps n’est pas une démarche dans mon travail, mais un moyen. Le rapport au corps est un élément omniprésent dans le quotidien de chacun d’entre nous, donc un référent essentiel qui m’influence certainement dans mes recherches de lignes et de courbes, de vides et de pleins, d’imbrications. Parfois, mes créations sont abstraites ou à la limite de la figuration. La représentation du corps n’est pas un but pour moi.

K. Quel(s) sentiment(s) cherchez-vous à faire émerger chez le spectateur ?

Sophie Bocher, Chimane (sculpture résine)

J’aimerais que le spectateur ressente directement mon œuvre, sans pouvoir vraiment comprendre ce qu’il ressent. Mais que cette sensation soit forte, qu’elle l’interpelle. Le retour à une forme de déconstruction des codes, à une forme de primitivisme.

K. Quels sont vos projets artistiques pour 2019 ?

Mon travail avance pas à pas, au gré de mon inspiration et de mes opportunités professionnelles. J’aimerais voir mes œuvres en moyen et grand format, les faire rentrer dans l’espace public, répondre aussi à des commandes privées. J’aimerais aussi donner des cours en atelier, transmettre ma passion si le temps me le permet !

Sophie Bocher, Birdy (sculpture en céramique)
Sophie Bocher, Birdy (sculpture en céramique)
Sophie Bocher, Street man r.2 (sculpture en plâtre)
Sophie Bocher, Street man r.2 (sculpture en plâtre)
Sophie Bocher, Douce rondeur (sculpture en bronze)
Sophie Bocher, Douce rondeur (sculpture en bronze)
Sophie Bocher, Vibrations (sculpture en céramique)
Sophie Bocher, Vibrations (sculpture en céramique)