De retour dans les années 1870 : le Japon et sa culture traditionnelle viennent d’ouvrir leurs portes au reste du monde. De nature frénétiquement curieuse, les artistes occidentaux n’ont pas échappé à la fascination de cet art si différent du leur !

Aujourd’hui, KAZoART vous plonge dans cette période durant laquelle les artistes avant-gardistes se sont laissé inspirer par cet art tout à fait inédit, et ont créé le phénomène du Japonisme !

Quand le Japon inspire les Artistes KAZoaRT

La découverte d’une toute nouvelle esthétique

En 1868, le Japon s’ouvre à l’international, contraint par les États-Unis. Jusqu’à cette ouverture au monde, le Japon garde ses frontières fermées dans une politique isolationniste durant deux siècles. Cet isolement a permis aux Japonais de conserver une culture purement traditionnelle !

Lorsque les artistes français découvrent ce pays exotique, ils sont immédiatement fascinés pour cette culture et cet art si différent du leur. En effet, à l’ouverture du Japon, un traité de libre-échange est établi. Celui-ci permet de ce fait la diffusion d’objets d’art japonais, en France et principalement à Paris.

 Mizuno Toshikata, Cérémonie du Thé, 1896
 Mizuno Toshikata, Cérémonie du Thé, 1896

Ainsi, les marchands d’art vont assister et participer à la multiplication d’échanges culturels. Esthètes et artistes se constituent désormais de véritables collections de ces objets artistiques inédits, tout à fait fascinants pour l’époque !

Kosode à motifs de cascades et éventails, seconde moitié du XVIIIe siècle, Collection Matsuzakaya
Kosode à motifs de cascades et éventails, seconde moitié du XVIIIe siècle, Collection Matsuzakaya
Kosode à motifs de vues célèbres, milieu du XVIIIe siècle, Collection Matsuzakaya
Kosode à motifs de vues célèbres, milieu du XVIIIe siècle, Collection Matsuzakaya

À cette période, un grand nombre d’artistes souhaite s’émanciper des conventions artistiques académiques qui leur ont si longtemps été imposées. Ainsi, certains artistes voient dans l’art japonais une toute nouvelle source d’inspiration. Ils y voient également l’opportunité d’en faire leur tremplin dans cette volonté d’émancipation.

Katsushika Hokusai, Shinagawa sur le Tōkaidō, Trente-Six Vues du Mont Fuji, 1831-1833
Katsushika Hokusai, Shinagawa sur le Tōkaidō, Trente-Six Vues du Mont Fuji, 1831-1833

De nombreux artistes se laissent ainsi séduire et inspirer par cette découverte du Japon. Dans leurs œuvres, ces artistes font désormais référence à l’art de cette culture. Ils s’inspirent également des techniques artistiques traditionnelles, mais aussi des idéaux et principes spirituels de cette culture !

En 1872, Philippe Burty, critique d’art français et grand collectionneur, emploie pour la toute première fois le terme de « japonisme » pour traduire cette influence exponentielle du Japon sur l’art occidental !

Pas d’Impressionnisme sans le Japonisme

Cette influence du Japon sur les arts occidentaux a surtout touché les artistes impressionnistes. À cette époque, les impressionnistes partagent la volonté de s’émanciper de l’art institutionnel et veulent produire une nouvelle esthétique.

Lorsqu’ils découvrent l’art japonais, les artistes sont fascinés par les estampes d’Hokusai et d’Hiroshige. Ils sont séduits par la composition et la couleur des estampes, les motifs verticaux, les décors ainsi que les sujets légers illustrés.

Utagawa Hiroshige, Suijin Shrine and Massaki on the Sumida River, 1857
Utagawa Hiroshige, Suijin Shrine and Massaki on the Sumida River, 1857

Tout comme les artistes japonais, les impressionnistes promeuvent l’art du paysage, du portrait et des scènes de genre, qui sont mineurs dans la hiérarchie des genres.

James Abbott MacNeil Whistler, peintre américain installé en France, est l’un des premiers à s’enthousiasmer pour cette forme d’art exotique. Rapidement, l’artiste se constitue une collection d’objets japonais, qui lui servent d’accessoires décoratifs pour ses peintures.

James Abbott MacNeil Whistler, Symphonie en Blanc N°2, 1864-65
James Abbott MacNeil Whistler, Symphonie en Blanc N°2, 1864-65 
James Abbott MacNeil Whistler, Caprice en pourpre N°2, 1864
James Abbott MacNeil Whistler, Caprice en pourpre N°2, 1864 

Dans ses deux œuvres, Whistler y insère des accessoires japonais. On y observe des éventails et vases japonais, mais également des fleurs de cerisiers, typiques du Japon. Dans son œuvre Caprice en Pourpre N°2, une jeune femme en kimono observe des estampes d’Hiroshige.

Selon certains critiques, l’impressionnisme serait né de cette fascination pour les arts japonais. D’après certains d’entre eux, s’il n’y avait pas eu ce goût pour l’art japonais, il n’y aurait peut-être pas eu d’impressionnisme !

Claude Monet, The Japanese Footbridge and the Water Lily Pool, Giverny, 1899

Un autre artiste, lui aussi figure de proue de l’impressionnisme, est également amoureux de ces œuvres japonaises. Vous l’avez compris, il s’agit de Claude Monet, qui a surtout exprimé sa passion pour le japonisme dans son jardin à Giverny.

Katsushika Hokusai, Sous le pont de Mannen à Fukagawa, 1830-32
Katsushika Hokusai, Sous le pont de Mannen à Fukagawa, 1830-32

Ses Nymphéas nous rappellent les estampes du célèbre Hokusai. Le pont suspendu au-dessus d’un étang, la verdure, la composition de l’œuvre et ses couleurs sont largement inspirées d’une des estampes de l’artiste japonais !

Le critique d’art Théodore Duret nous en parle

« Claude Monet, parmi nos paysagistes, a eu le premier la hardiesse d’aller aussi loin dans ses colorations. Et c’est par là qu’il a le plus excité les railleries, car l’œil paresseux européen en est encore à prendre pour du bariolage la gamme de tons pourtant si vraie et si délicate des artistes du Japon »

Théodore Duret, écrivain et critique d’art français

Les Postimpressionnistes fascinés par le japon

Après un essoufflement de l’intérêt des artistes pour les arts japonais, un engouement des artistes français se fait à nouveau ressentir en 1890 !

Cet intérêt est ravivé au cours d’une exposition organisée par le collectionneur, critique et marchand d’art Siegfried Bing. Au cours de cette année 1890, ce féru d’art japonais met sur pied une exposition dédiée à la gravure japonaise, au sein de l’École des Beaux-Arts de Paris.

Affiche de l’exposition des « Maîtres japonais » organisée par Siegfried Bing, en 1890, collection Christan Polak
Affiche de l’exposition des « Maîtres japonais » organisée par Siegfried Bing, en 1890, collection Christan Polak

Cette exposition connait un grand retentissement dans le monde de l’art occidental. Elle joue par-dessus tout un rôle fondamental dans la diffusion de l’esthétique du Japonisme. Mais cette exposition permet surtout de toucher une toute nouvelle génération d’artistes peintres : les Postimpressionnistes !

Ces postimpressionnistes collectionnent quant à eux les images de bon marché des magasins qui reproduisent des estampes japonaises. Ainsi, ils n’ont pas le même rapport à l’œuvre d’art : ils achètent des crépons, qui n’ont pas les mêmes caractéristiques que les estampes. De ce fait, la leçon tirée de l’art japonais est différente pour cette nouvelle génération d’artistes.

Henri Matisse nous en parle

« Peut-être si nous n’avions eu que les originaux à regarder n’aurions-nous pas été impressionnés comme par les retirages […]. Mais l’éloquence n’est-elle pas d’autant plus puissante, plus directe que les moyens sont plus grossiers ? […] Une fois l’œil décrassé par les crépons japonais, j’étais apte à recevoir les couleurs en raison de leur pouvoir émotif. » 

Henri Matisse

Henri Matisse, La Japonaise: Woman beside the Water, 1905
Henri Matisse, La Japonaise: Woman beside the Water, 1905

Un des artistes postimpressionnistes les plus touchés par le mouvement du japonisme est sans aucun doute Vincent Van Gogh. C’est à partir de 1886, lorsqu’il arrive à Paris, que Vincent est confronté à l’avant-garde artistique, et à cette capitale qui baigne en plein japonisme.

À ce moment, l’offre est de plus en plus abondante. VanGogh décide alors de s’acheter des lots d’estampes et de crépons. À la fin de sa vie, il possédait une collection de plus de 400 estampes ! Celles qui l’ont le plus inspiré sont essentiellement des œuvres de l’artiste japonais Hiroshige, qu’il copie dans ses huiles sur toile.

Van Gogh, Le pont sous la pluie d'après Hiroshige, 1887
Vincent Van Gogh, Le pont sous la pluie d’après Hiroshige, 1887
Utagawa Hiroshige, Averse soudaine sur Ohashi et Atake, 1857
Utagawa Hiroshige, Averse soudaine sur Ohashi et Atake, 1857

Dans son œuvre Le pont sous la pluie, inspirée d’Hiroshige, Van Gogh ajoute un cadre qu’il couvre de caractères kanji, ces idéogrammes que les Japonais ont empruntés aux chinois. Vous vous en doutez bien, il n’en comprend pas un mot ! Ces caractères kanji ne constituent ici que des éléments décoratifs, qui renforcent le côté exotique de son œuvre. 

Vincent Van Gogh, Pruniers en fleurs d'après Hiroshige, 1887
Vincent Van Gogh, Pruniers en fleurs d’après Hiroshige, 1887
Utagawa Hiroshige, Pruneraie à Kaméido, 1857
Utagawa Hiroshige, Pruneraie à Kaméido, 1857

Van Gogh idéalise complètement le Japon. Il s’approprie leur art et fait coïncider ses rares connaissances sur le pays avec ses propres aspirations artistiques, tout comme l’ont fait avant lui les Impressionnistes !

Dans une lettre à son frère, Van Gogh nous explique

« Si on étudie l’art japonais, alors on voit un homme incontestablement sage et philosophe et intelligent, qui passe son temps à quoi ? à étudier la distance de la terre à la lune ? non, à étudier la politique de Bismarck ? non, il étudie un seul brin d’herbe. […] Voyons, cela n’est-ce pas presque une vraie religion, ce que nous enseignent ces Japonais si simples et qui vivent dans la nature comme si eux-mêmes étaient des fleurs ? »

Vincent Van Gogh, lettre à son père Théo, 1887

Les Artistes KAZoART inspirés par le Japon