Considéré par les historiens comme le thème le plus important de l’Histoire de l’art occidental, le genre du nu se veut être le miroir d’une société ! La mythologie, la religion ou encore les études anatomiques sont tant de prétextes à la nudité dans l’art, permettant parfois d’illustrer un idéal de beauté. Longtemps controversé, l’art du nu est aujourd’hui largement démocratisé, et n’est plus uniquement réservé aux corps des femmes, mais également à ceux des hommes !

Aujourd’hui, KAZoART revient sur 5 Nus parmi les plus célèbres de l’Histoire de l’art, à travers lesquels les artistes ont expérimenté les formes, les volumes, la lumière, mais également le sensuel, l’érotique et la poésie ! 

#1 La Grande Odalisque, J-A-D Ingres 

Réalisée en 1814 par Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Grande Odalisque est une commande de Caroline Bonaparte, sœur de Napoléon Ier et reine de Naples. 

Peintre néo-classique mais surtout orientaliste, Ingres a ici représenté une odalisque, cette femme qui sert le harem du sultan. Au début du XIXe siècle, l’Orient fait rêver l’Occident. Pourtant, l’artiste ne s’y est jamais rendu ! Il s’inspire alors d’objets et de récits de voyages pour créer ces œuvres d’un grand exotisme pour l’époque !

Tous les objets qui accompagnent cette jeune femme ont une dimension orientale : un chasse-mouche, les bijoux, le turban, les tissus… Mais dans cette œuvre, ce n’est pourtant pas cet exotisme qui attire le regard des spectateurs !

Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Grande Odalisque, 1814, Musée du Louvre, Paris nu
Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Grande Odalisque, 1814, Musée du Louvre, Paris

En effet, lors du Salon de 1819, l’œuvre est très mal accueillie. Le public semble choqué par les déformations anatomiques réalisées par l’artiste. Cette femme à demi-allongée a un dos singulièrement long… De toute évidence, l’artiste semble lui avoir ajouté trois vertèbres supplémentaires ! De plus, nous remarquons la posture particulière de sa jambe gauche, qui ne parraît pas du tout naturelle !

Mais en réalité, ces déformations anatomiques sont une volonté d’Ingres ! Il a en réalité dévoilé sa propre idée de « beauté », plutôt que créer un corps féminin qui se voudrait vraisemblable ! Ainsi, il ne recherche pas à reproduire de manière fidèle l’anatomie de ce corps féminin, mais préfère idéaliser ses courbes !

#2 Ron Mueck, Untitled (Big Man)

Les sculptures de l’artiste australien Ron Mueck en imposent par leur hyperréalisme ! Cet artiste basé en Grande-Bretagne réalise des sculptures monumentales de corps humains. Pour les créer, il utilise principalement du silicone, de la résine polyester et de la peinture à l’huile.

L’œuvre qu’il crée en 2000, connue sous le nom de Big Man, nous subjugue par ses 1 mètres 80 de hauteur et sa précision anatomique presque clinique. Car en effet, Mueck n’a omis aucun détail sur le corps de cet homme. On observe la vraisemblance de la pigmentation de la peau, le détail des ongles, des courbes, etc. 

Ron Mueck, Untitled (Big Man), 2000, Hirshhorn Museum, Washington DC
Ron Mueck, Untitled (Big Man), 2000, Hirshhorn Museum, Washington DC

En ce sens, le corps sculpté de cet homme semble presque être une étude anatomique. Ron Mueck ne célèbre donc pas une beauté idéale, mais plutôt le corps humain véritable, nu, en surpoids, vieux et réaliste. Il met ainsi l’accent sur la présence physique de l’œuvre par ses dimensions.

Les œuvres de Ron Mueck peuvent parfois être choquantes ou dérangeantes par leur taille et leur réalisme, s’approchant parfois d’une certaine morbidité !

L’artiste nous explique :

« Mon œuvre permet de remarquer ce que vous ne voyez pas lorsque tout est simplement normal. »

Les progrès du grand homme : une conversation avec Ron Mueck – Sarah Tanguy

#3 La Maja Desnuda, Francisco de Goya

Dans un contexte où l’inquisition espagnole refuse le nu en art, même mythologique, le peintre espagnol Francisco Goya déroge à la règle !

Francisco de Goya, La Maja Desduna, 1795-1800, Musée du Prado, Madrid
Francisco de Goya, La Maja Desduna, 1795-1800, Musée du Prado, Madrid

Commande privée du chef du gouvernement espagnol Manuel Godoy, La Maja Desnuda est vouée à être une œuvre cachée des yeux de tous… En effet, cette œuvre on ne peut plus provocante pour l’époque, est la première peinture qui illustre les poils pubiens d’une femme réelle, qui ne soit pas une nymphe ou une déesse !

Francisco de Goya, La Maja Vestida, 1800-1803, Musée du Prado, Madrid nu
Francisco de Goya, La Maja Vestida, 1800-1803, Musée du Prado, Madrid

Cette Maja, représentée en grandeur nature sur une toile d’1 mètre 90, a ainsi été dissimulée dans les appartements privés du chef du gouvernement. Pour se faire, la toile était masquée grâce à un mécanisme coulissant, derrière une réplique de l’œuvre, mais cette fois-ci représentant une Maja Vestida (habillée), allongée dans la même pose ! 

Aujourd’hui, les deux œuvres sont exposées en bonne place au sein du Musée du Prado à Madrid !

#4 Le Faune Barberini

Cette statue grecque antique de l’époque Hellénistique (fin IIIe siècle av. J.-C.) en marbre, illustre un satyre endormi. Étendu sur un rocher, le satyre est représenté dans une position très complexe à réaliser pour le sculpteur. 

Le Faune Barberini, marbre, artiste inconnu, Glyptothèque de Munich
Le Faune Barberini, marbre, artiste inconnu, Glyptothèque de Munich 

Les attributs iconographiques du satyre sont à peine visibles. Il faut tourner autour, l’observer attentivement pour apercevoir ses oreilles pointues et sa queue. Mais l’attribut spécifique des satyres dans les représentations grecques, est leur phallus en érection. Cet attribut est unique dans l’iconographie mythologique grecque. En effet, les dieux, demi-dieux, héros et sportifs sont systématiquement représentés avec des sexes de taille modeste (voire petite) et jamais en érection.

Faune Barberini (détail) nu
Faune Barberini (détail)

Mais comme vous avez pu le réaliser concernant notre satyre, l’artiste n’a pas choisi de lui offrir cet attribut. Il est pourtant son principal, celui par lequel on le reconnait. Cet attribut sert à le définir comme un personnage lubrique voire libidineux, qui s’adonne à des pratiques sexuelles moquées.

De plus, ce personnage est représenté dans une situation totalement inconfortable et non adaptée au sommeil. Son corps, en déséquilibre sur un rocher est en tension et semble finalement animé. Ceci contraste alors avec la première impression de sommeil. 

nu
Faune Barberini (détail)

L’artiste s’est alors minutieusement attardé sur sa musculature. Finalement, le seul membre de son corps qui n’est pas en action ou en tension est son sexe. Mais pour quelles raisons l’artiste a-t-il choisi de lui retirer cet attribut pourtant si caractéristique, engendrant ainsi un quiproquo iconographique ?

La position déjà très provocante l’aurait-elle poussé à désaccentuer cet aspect lubrique ? Le sculpteur s’est-t-il servi de l’iconographie du satyre pour la représentation d’un nu ? Ou alors pour placer l’humain au même niveau de déchéance et de lubricité que ce satyre ?

#5 Nu descendant un escalier n°2, Marcel Duchamp

En 1913, Marcel Duchamp fait scandale lors de l’exposition de son œuvre Nu descendant un escalier N°2 au cours de l’Armory Show de New York. Mais cette œuvre marque pourtant le début de l’art moderne aux États-Unis ! Elle illustre la transition stylistique de l’artiste, vers le Cubisme !

Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier N°2, 1912, Philadelphia Museum of Art
Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier N°2, 1912, Philadelphia Museum of Art 

Pour cette œuvre, Duchamp a mené de grandes et longues recherches, afin d’illustrer à la perfection la décomposition d’un corps en mouvement. Pour ce, il utilise l’étude photographique réalisée en 1887 par le photographe anglais Eadweard Muybridge !

Dans cette toile, le nu ne pose pas. Il est représenté dans une décomposition de mouvements, descendant un escalier en colimaçon. Cette toile marque alors une rupture avec les canons esthétiques du nu classique.

Eadweard Muybridge, Femme descendant un escalier, étude photographique, 1887
Eadweard Muybridge, Femme descendant un escalier, étude photographique, 1887

Au départ l’œuvre devait être exposée au Salon des Indépendants en 1912, mais le comité de placement n’a pas aimé la toile. Ils ne considéraient pas cette œuvre comme Cubiste, car selon eux, le dynamisme de l’œuvre s’éloigne du cubisme qui lui est plutôt figé

Finalement, l’œuvre est vendue 324 dollars, ce qui semble dérisoire quand on sait à quel point Duchamp a été avant-gardiste et a marqué l’Histoire de l’art !

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