L’Œuvre à la loupe • La Danse de Matisse


La Danse, ce thème si cher à Matisse, est devenu une image emblématique de son Œuvre. Et pourtant, elle n’a pas toujours reçu les éloges qu’on lui attribue aujourd’hui. Dans cet article KAZoART vous décrypte les dessous d’une oeuvre truffée de références et qui, remise dans son contexte, retrouve toute son essence…

la danse

Russie, Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage, La Danse d’Henri Matisse / Flickr, Marie Thérèse Hébert & Jean Robert Thibault, Attribution-ShareAlike 2.0 Generic (CC BY-SA 2.0)

Henri Matisse n’était pas destiné à devenir peintre. Né en 1869 dans le nord de la France, il suit des études de droit à Paris. Sa destinée connaît un tournant en 1889, lorsque sa mère lui apporte une palette de peinture sur son lit d’hôpital. Encore en convalescence après une appendicite, il se met à peindre. Et jusqu’à son dernier souffle, il ne cessera de peindre, toujours en quête d’harmonie, de vérité, il ira même jusqu’à écrire « si je vivais plus longtemps, je pourrais peindre »…

Matisse réalise son tableau « La Danse » à une période de maturité artistique et atteint l’apogée de son mode de représentation. Ses compositions s’épurent de plus en plus et les couleurs vibrent ensemble. Il s’agit là d’une commande du célèbre collectionneur russe Sergueï Chtchoukine mise à l’honneur l’hiver dernier à la Fondation Louis Vuitton à Paris, qui lui demande également de réaliser « La Musique ». Deux compositions qui se répondent pour décorer sa demeure à Moscou. Le but étant de symboliser l’action, la passion, et la contemplation.

#1 Une nudité qui dérange

Lorsque Sergueï Chtchoukine commande l’oeuvre à Matisse, il lui demande de peindre des danseurs vêtus. Or le peintre les représente nus et ce choix fait scandale quand il expose une ébauche de son travail au Salon d’Automne. Certains vont jusqu’à accuser le peintre d’être atteint de maladie mentale. Cet incident remet en question le précieux mécénat qu’apportait Chtchoukine à Matisse. Fort heureusement, ils finissent par trouver un accord et aucun organe génital ne sera explicitement représenté.

#2 Matisse et la danse

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Henri Matisse. Le Bonheur de vivre, 1905–1906. BF719. 2014 Succession H. Matisse / Artists Rights Society (ARS), New York. Photo © The Barnes Foundation

La Danse réalisée en 1910 est en réalité un zoom du tableau de « La Joie de Vivre » peinte en 1905. Matisse aurait eut l’idée en voyant des paysans exécuter la danse de la sardane sur une plage du sud de la France. Dans les deux tableaux, des personnages se meuvent à l’unisson dans un mouvement circulaire. Toutefois dans sa nouvelle composition, Matisse place cinq personnages dans sa ronde contre six danseurs auparavant. Les corps des personnages sont réduits à l’essentiel, ils sont presque androgynes et la couleur de leurs peaux est uniformisée, en ocre.

Vingt ans plus tard, le mécène Albert C. Barnes commande à Matisse une autre version de La Danse. C’est à cette occasion que l’artiste représente son immense panneau mural en papiers découpés.

#3 Une danse rythmée dans un cadre réduit

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La toile est immense : elle mesure 290 sur 391 cm. Or, ce cadre est encore trop étroit pour la taille des personnages. Pour qu’ils s’insèrent intégralement dans le cadrage, Matisse impose une cambrure aux danseurs. Ainsi, le regard du spectateur est attiré par leur mouvement circulaire : les personnages du haut sont cambrés et les corps du bas sont en extension. Les courbes dominent, rythment et s’adaptent au format du tableau.

 #4 Une référence à Michel-Ange ?

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Création De L’homme, doigt De Dieu par Michel-Ange, plafond de la chapelle Sixtine à Rome, 1510 / CC0 Creative Commons, janeb13, Pixabay

Si vous regardez les deux mains des personnages de gauche de La Danse de Matisse, vous remarquez que ce sont les seuls doigts qui ne se touchent pas. Ces deux danseurs semblent être les plus éloignés l’un de l’autre dans la ronde. Des historiens de l’art y voient une référence aux mains de Dieu et d’Adam peintes sur le plafond de la chapelle Sixtine par Michel-Ange. En 1510, le célèbre peintre italien réalisait les deux personnages dans une position similaire. Comme dans le tableau de Matisse, Adam et Dieu exercent un effort pour se retrouver mais leurs mains ne se touchent pas encore, ou viennent de se séparer. Mystère…

En écho sur KAZoART – Laura Vallée Remond

Sur KAZoART, l’artiste Laura Vallée Remond cite la célèbre oeuvre de Matisse dans son collage « Portrait de Charlotte ».

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Portrait de Charlotte ©Laura Vallée Remond, 60€ / artiste KAZoART

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