L’Œuvre à la loupe • Paysage Catalan (Le chasseur) de Miró


Direction la Catalogne avec Joan Miró et sa célèbre toile Paysage Catalan (Le chasseur). Peintre et sculpteur bouleversé par le dadaïsme, il n’a jamais délaissé ses origines, cette terre catalane sur laquelle il revenait plusieurs fois par an. Dans cette « Œuvre à la loupe », KAZoART passe au crible tous les détails de ce chef-d’œuvre de 1924 ! Et vous n’avez peut-être pas tout vu…

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Joan Miró, Paysage catalan (Le Chasseur) / huile sur toile, juillet 1923–1924

Quelques mots sur Miró

C’est en 1893 que Joan Miró voit le jour à Barcelone. Fils d’un bijoutier et d’une mère elle-même fille d’ébéniste, il se tourne très vite vers la peinture. Après des études aux Beaux-Arts de La Llotja, il se rend à Paris en 1919 où il rencontre les plus grands artistes de l’époque. Influencé par le fauvisme et le cubisme, c’est bien le surréalisme qu’il affectionnera puisqu’il intègre par la suite le groupe d’André Breton.

Avant de partir en France, il travaille comme commis dans un magasin où il contracte le typhus. Pour préserver sa santé, il est mis en quarantaine dans une ferme de famille. Cette période est symbolique puisque c’est durant ces quelques années qu’il prend conscience de son attachement aux terres catalanes. Il y retournera d’ailleurs tout au long de sa vie et son Œuvre s’est longuement inspirée de ses racines.

En 1937, alors que Picasso dénonce la guerre civile dans son chef-d’œuvre Guernica, Miró est contraint de quitter l’Espagne pour revenir en France. Lui aussi peint en ayant en tête les atrocités de la guerre d’Espagne. Après le conflit, l’artiste retourne au pays et continue de créer. Peintre mais aussi sculpteur, Miró a fait de la Catalogne le lieu par excellence de son art.

Quelques mots sur l’œuvre

La toile Paysage Catalan (Le chasseur) de Miró, peinte en 1924, est l’une de ses œuvres les plus connues. Une peinture peuplée de personnages en tous genres, de symboles, de formes géométriques et d’une abstraction dans les traits qui le hissent au rang de chef-d’œuvre de la peinture catalane. Une belle dichotomie s’instaure entre la composition rythmée des motifs géométriques et la spontanéité de la ligne vivante.

5 détails à la loupe

1# Un drôle de chasseur

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Détail de l’œuvre Paysage Catalan (Le chasseur) de Miró

Personnage clé de l’œuvre, le chasseur se tient à gauche de la composition. Il est réduit à quelques attributs représentées par des formes géométriques pour le moins caractéristiques de la peinture de Miró. Son corps prend la forme d’un bâton et sa tête celle d’un triangle. Son cœur semble flotter dans les airs. Muni de sa pipe, il arbore un fusil qui fume encore. Et pour cause, il vient tout juste de tirer un lapin ! Une façon très minimaliste de représenter un corps humain, peut-être lui-même ?

2# Le mot qui prête à confusion

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Détail de l’œuvre Paysage Catalan (Le chasseur) de Miró

Un mystère laissé par Miró ? Des réponses s’élèvent déjà et permettent de comprendre ce que signifie vraiment ce mot « Sard ». Une abréviation de « Sardana » pour certains, autrement dit un écho à la danse nationale catalane. Les historiens de l’art voient également dans ce mot fragmenté une référence à la poésie dadaïste et surréaliste, qui use régulièrement de lettres et de mots tronqués. Seulement Miró lui-même a décrit son tableau et a donné sa version : il s’agit en fait du mot « sardine » découpé ! Le mot fait alors écho à cette proie qui papillonne au premier plan. Beaucoup moins poétique, d’un coup… !

3# Une proie déjà repérée

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Détail de l’œuvre Paysage Catalan (Le chasseur) de Miró

Le doute plane quant à la véritable identité de cet animal au premier plan. On pourrait penser à un lapin, avec ses grandes oreilles et sa moustache, ou à un poisson avec son corps longiligne et la forme de sa queue. Miró donne précédemment la réponse et semble nous préparer au spectacle qui va suivre. Le chasseur rôde non loin, le gibier encore frais, on peut facilement supposer que la sardine finira bientôt dans son assiette elle aussi ! En attendant, la future proie se régale avec cette mouche…

4# Ces symboles qui font sens

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Détail de l’œuvre Paysage Catalan (Le chasseur) de Miró

Difficile de trouver un élément chez Miró qui ne fasse pas sens ! Les drapeaux français et catalan en haut à gauche rendent hommage à ses racines d’une part (la Catalogne) et son pays de cœur d’autre part (la France). Il y a aussi ce symbole en forme d’avion par lequel Miró fait allusion au vol Toulouse-Rabat qu’il apercevait dans le ciel une fois par semaine, et dont on détecte en filigrane la roue et l’hélice.

À droite : les vagues, les mouettes et le drapeau espagnol. On repère aussi le caroubier, représenté par la ligne droite achevée par une feuille, et cet arbre en bas à gauche qui met en exergue une végétation dense et sauvage. Impossible aussi de passer à côté de cette figure noire qui s’apparente à une araignée, ses tentacules laissent supposer un soleil, mais certains y voient une métaphore du sexe féminin… Et puis, juste au-dessus de « Sard », une saynète prend forme avec un petit grill qui attend le lapin, prêt à être dégusté à en juger par les flammes et le poivron. Les délices du retour de chasse !

5# Un hommage aux terres catalanes

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Palette chromatique de l’œuvre Paysage catalan (Le chasseur) de Miró

La palette de couleurs utilisées par Miró donne le ton ! On y discerne à travers elle toute la chaleur de la Catalogne, l’aridité des terres, sa belle végétation, ses caroubiers, la profondeur de ses ciels et la beauté de ses nuits. Le peintre nous plonge dans la ruralité, la campagne catalane et ses paysans qui n’ont jamais cessé d’être une source d’inspiration pour lui. Une toile baignée entre le jaune et l’ocre que sépare une ligne sinueuse. Un geste libre qui dénote avec la brutalité des formes géométriques qui ponctuent la toile. Le décorum de la ferme revient d’ailleurs dans d’autres toiles telles que La ferme (1922) et Terre labourée (1923). Miró fait ainsi honneur à ses terres qu’il affectionne particulièrement, revendiquant leur esprit, il les dépeint avec passion et surtout authenticité.

En écho sur KAZoART – Jacques Decobecq

Sur KAZoART, l’artiste Jacques Decobecq nous présente une toile solaire où les formes, supposées aléatoires, dévoilent un véritable travail de réflexion où les symboles parlent parfois d’eux-mêmes.

Le miroir jaune

Jacques Decobecq, Le miroir jaune (technique mixte sur carton)

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