Surnommée « La Vague » dans la culture populaire, La Grande Vague de Kanagawa signée Hokusai est sans aucun doute l’estampe japonaise la plus célèbre de l’Histoire de l’Art. Coup de projecteur sur une œuvre énigmatique, portée par le mouvement mais révélatrice d’un bel équilibre… KAZoART vous révèle tous ses secrets !

Quelques mots sur l’artiste

Peintre, graveur, dessinateur et écrivain japonais né en 1760, Katsushika Hokusai est incontestablement l’artiste japonais le plus reconnu aujourd’hui. Il voit le jour à Edo (ancien nom de Tokyo) et développe son art à l’époque où la production d’estampes japonaises bat son plein.

À l’origine du mouvement japoniste, il a inspiré quelques grands noms de la peinture européenne à l’instar de Van Gogh, Monet, Klimt ou encore Gauguin. En plus d’avoir offert à l’Occident une porte ouverte sur l’art japonais, Hokusai est l’inventeur du mot « manga » traduisible par « dessin libre ».

Quelques mots sur l’œuvre

Lorsque l’on pense à Hokusai, notre esprit fait aussitôt le rapprochement avec La Vague, en réalité intitulée La Grande Vague de Kanagawa (1831). L’artiste japonais signe là son œuvre la plus célèbre et s’est d’ailleurs illustré comme un incroyable producteur d’estampes. Il incarne l’art ukiyo-e où la représentation d’un monde « flottant », le traitement des sujets légers, la représentation de la nature et de ses éléments entre autres.

À cette époque, on délaisse progressivement la représentation de la vie des puissants pour se concentrer sur la naturalité. Hokusai a 70 ans lorsqu’il réalise cette estampe, d’ailleurs issue de la série des « Trente-six vues du mont Fuji ». Rentrons dans le vif du sujet avec 4 détails à la loupe !

• La vague

Si imprévisible et impressionnante qu’elle a donné son nom à l’œuvre, la vague ici représentée a de quoi donner le vertige. Or ce n’est pas une mais bien deux vagues qui occupent plus de la moitié de l’estampe. Au premier plan, ces monstres de la mer mesurent 15 mètres de haut. Ils attirent évidemment le regard du spectateur, comme aspiré au creux de la vague. Colorées en bleu et blanc, ces vagues sont sur le point de capturer leur proie.

Sous l’écume aux doigts étonnamment crochus, le bleu de Prusse s’apprête à tout engloutir. Et ce ne sont pas ces trois barques de pêcheurs qui l’en empêcheront… Même si l’œuvre est en deux dimensions, le travail de perspective est précis. Inspiré par les peintres venus d’Europe, Hokusai donne profondeur à son estampe et va même jusqu’à reléguer le mythique Mont Fuji au second plan.

• Le Mont Fuji

Pour les Japonais, le Mont Fuji est un endroit sacré. Un lieu symbolique de retraite bouddhiste, de repos de l’esprit et de pèlerinage. C’est donc peu commun que le volcan iconique ne soit pas la figure principale d’une œuvre. Situé à l’arrière-plan, le Mont Fuji est donc réduit sous l’effet de la perspective, s’apprêtant même à être englouti sous les vagues submersibles.

Le contraste est saisissant entre cette montagne impassible, éternelle, et cette tempête qui la surplombe en vraie terreur. Même du haut de ses 3776 mètres, le point culminant du Japon est ici bien minuscule et impuissant au fond de la composition.

• Les bateaux de pêcheurs

Perdus dans les vagues déchaînées, trois barques remplies de pêcheurs s’illustrent comme prises au piège du raffut marin. Il s’agit probablement d’oshiokuri-bune, ces bateaux de transport rapide destinés à approvisionner la baie d’Edo en marchandises.

Emportés dans le courant, ces pêcheurs n’ont aucune échappatoire. Ils se laissent chahutés par la dynamique du monstre des mers. Pourtant, aucun signe ne suggère qu’ils vont chavirer et se noyer. Un doux équilibre se lit paradoxalement à l’intensité de la scène.

• Le bleu de Prusse

Il occupe 20% de l’estampe, ce bleu n’est pas n’importe lequel, il envahit la composition au rythme de la vague de Kanagawa. Ce pigment bleu est importé de Hollande, réputé bon marché, il offre à l’artiste japonais une tonalité nouvelle.

Porté par le succès, le peintre accroît le nombre d’exemplaires de La Vague à 46 et a même servi d’illustration de couverture à la partition de La Mer de Dubussy ! L’artiste laisse derrière lui près de 30 000 dessins, preuve de son incompressible productivité à mettre en lumière ses terres nippones.

En écho sur KAZoART • Patricia Blondel

Sur KAZoART, l’artiste Patricia Blondel nous immerge au creux d’une vague insurmontable, pour un spectacle saisissant ! Ce n’est pas le Mont Fuji à l’horizon mais une course de voiles prêtes à être englouties par mère Nature…

Patricia Blondel, Passion océan