Considérée comme une des artistes majeures du XXe siècle, Louise Bourgeois et son œuvre autobiographique ont beaucoup ému la sphère artistique. Aujourd’hui, KAZoART revient sur cette femme artiste qui a fait de sa vie intime sa principale source d’inspiration. Venez donc découvrir son œuvre cathartique aux facettes multiples !

L’ascension de la carrière artistique de Louise Bourgeois

Née à Paris en 1911, Louise Bourgeois grandit dans une famille de restaurateurs de tapisseries anciennes. Dès son enfance, elle aide ses parents dans ce travail minutieux.

Après son baccalauréat, Louise entreprend des études de mathématiques à la Sorbonne. Dans les années 1930, elle s’inscrit finalement à l’École des Beaux-Arts de Paris, avant de suivre des cours à l’École du Louvre.

De plus en plus investie dans l’art, la jeune Louise se rend dans les Salons et ateliers des artistes parisiens en vogue. Elle y rencontre notamment Fernand Léger et André Lhote.

Louise Bourgeois dans son atelier de New-York, 1946 / Source : NOMA (New Orleans Museum of Art)
Louise Bourgeois dans son atelier de New-York, 1946 / Source : NOMA (New Orleans Museum of Art)

À l’âge de 27 ans, elle se marie avec Robert Goldwater, historien de l’art américain. Ils s’installent ensemble à New York l’année suivant leur mariage.

C’est à New York que Louise débute sa carrière d’artiste plasticienne. Elle essaye notamment de se faire une place dans le cercle des surréalistes. Dans la ville de la grosse pomme, elle se lie d’amitié avec Yves Tanguy, Joan Miro et également Marcel Duchamp

3 choses à savoir sur Louise Bourgeois 

#1 Elle est engagée en faveur de la cause féminine

Dès le début de sa carrière artistique à New York, Louise Bourgeois illustre des sujets intimes, tels que la maternité, la féminité et l’autoportrait.

C’est à cette période que l’artiste française plasticienne crée la série des « Femmes Maisons ». Ces œuvres mêlent le corps de la femme à l’architecture.

Louise Bourgeois, série Ensemble de Femmes maisons, 1945-1947 ©The Easton Foundation
Louise Bourgeois, série Ensemble de Femmes maisons, 1945-1947 ©The Easton Foundation 

Ainsi, ses œuvres qui questionnent la place de la femme dans la société et dans la sphère domestique, sont par essence engagées dans la cause féminine.

De plus, l’artiste participe à plusieurs reprises à des expositions militantes organisées par le Mouvement de Libération des Femmes. Ce mouvement revendique la liberté des femmes à disposer de leurs corps. Dans cette démarche, Louise met ses œuvres au service de la cause féminine. 

Louise Bourgeois, Femme maison, 1994 ©Christopher Burke
Louise Bourgeois, Femme maison, 1994 ©Christopher Burke

Bien qu’artistiquement engagée en faveur de la femme, Louise Bourgeois n’a pourtant jamais prétendu être féministe, considérant qu’elle n’avait pas besoin de le revendiquer. 

L’artiste nous explique

« Je suis une femme, je n’ai donc pas besoin d’être féministe »

Entretiens avec Jacqueline Caux, 2003

#2 L’araignée comme figure maternelle

À la fin des années 1990, Louise Bourgeois se tourne vers la figure de l’araignée, à laquelle elle attribue une symbolique très forte. 

Elle crée en 1999 une sculpture monumentale, qui se présente comme une gigantesque araignée, et qu’elle nomme « Maman ». Cette araignée est l’œuvre la plus connue de l’artiste !

Réalisées en bronze ou acier inoxydable, les araignées disposées un peu partout dans le monde mesurent environ 10 mètres de haut et autant de large. Sous son corps, l’araignée porte un sac contenant 26 œufs en marbre blanc.

Louise Bourgeois, Maman, 1999, Tate Moderne, Londres
Louise Bourgeois, Maman, 1999, Tate Moderne, Londres

Cette araignée fait référence au respect que Louise Bourgeois éprouve vis-à-vis de sa mère, qu’elle a perdue vers l’âge de 20 ans. De plus, elle illustre métaphoriquement l’histoire de sa propre mère

En effet, de la même façon que l’araignée tisse sa toile, la mère de Louise tissait des tapisseries. Bien que l’araignée puisse nous inspirer dégoût et terreur, celle de Louise symbolise la figure maternelle et adopte une connotation tout à fait positive, rassurante et protectrice.

L’artiste nous explique

« L’araignée est une ode à ma mère. Elle était ma meilleure amie. Comme une araignée, ma mère était tisserande. […] Comme des araignées, ma mère était très intelligente. Les araignées sont des présences amicales qui se nourrissent de moustiques […]. Les araignées sont donc utiles et protectrices, tout comme ma mère. ».

Louise Bourgeois / Source : Communiqué de presse, Tate Museum

#3 Son art comme exutoire de ses traumatismes

L’œuvre de Louise Bourgeois est cathartique. Elle lui permet d’exorciser les traumatismes de son enfance et son mal-être psychologique. Ainsi, elle considère son art comme thérapeutique

Enfant, elle découvre que son père trompe sa mère avec leur gouvernante. Louise éprouve alors une haine viscérale envers son père qui était très dur et malveillant. 

Son Œuvre autobiographique est le reflet de son mal-être. Son père devient ainsi une source d’inspiration. Dans ses œuvres, Louise Bourgeois désacralise la figure paternelle.

Louise Bourgeois, La Destruction du Père, 1974 ©Stephane de Sakutin
Louise Bourgeois, La Destruction du Père, 1974 ©Stephane de Sakutin

La sculpture intitulée « Destruction du père », que Louise réalise en 1974, semble de ce fait être une de ses œuvres cathartiques.

Cette œuvre met en scène dans une pièce obscure des formes organiques, telles que des morceaux de corps humain disposés sur une table. On pourrait y reconnaitre des formes phalliques, des seins, des bouts de cerveau : Louise a-t’elle enfin pu se venger et « assassiner » son père ?

À la mort de son père, l’artiste entame une thérapie psychanalytique qui durera plus de 30 ans. Son but est de comprendre et surmonter ce traumatisme.

Louise Bourgeois est alors une artiste engagée, qui pratique un art autobiographique et thérapeutique, qui se veut à la fois accessible et intime. L’artiste a beaucoup inspiré les femmes artistes contemporaines. Elle les a aidé à affirmer leur style et leur pratique artistique de façon assumée !

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