Dans ce dernier épisode dédié aux Messages Cachés, la Rédaction de KAZoART vous propose de découvrir les secrets bien gardés par les artistes et leur peinture ! Chaque œuvre a une histoire, et parfois, il se peut qu’elle se cache sous la surface de la peinture elle-même. Alors découvrons les raisons qui ont poussé 5 artistes à modifier une partie de leur œuvre, en la recouvrant d’une nouvelle couche de peinture !

Le repentir : ce que les artistes ont voulu nous cacher

Le repentir d’un artiste sur sa toile laisse la plupart du temps des cicatrices, rarement visibles à l’œil nu. Mais découvrir ce qui se cache sous la peinture d’une œuvre peut nous apprendre beaucoup sur les intentions de son créateur !

C’est alors qu’il arrive, lors d’analyses technologiques, que des scientifiques découvrent sous la surface, une couche de peinture antérieure, qui nous offre des indices sur le passé de l’œuvre ! Quant aux restaurateurs, ils peuvent parfois découvrir fortuitement, en retirant sans le vouloir ce qu’ils pensaient être une couche de vernis, une image inattendue !

#1 La Dame à l’Hermine, Léonard de Vinci

En 1900, la découverte d’une lettre permet de donner un nom à cette Dame à l’Hermine. Elle était jusqu’alors non identifiée. Il s’agit de Cecilia Gallerani, la maîtresse de Ludovico Sforza, l’oncle du Duc de Milan !

L’identification de cette femme a permis d’en découvrir davantage sur l’iconographie de l’œuvre mais également sur le commanditaire, Sforza lui-même. Celui-ci a engagé le non moins célèbre Léonard de Vinci pour réaliser le portrait de sa maîtresse.

Léonard de Vinci, sous la surface La Dame à l'Hermine, 1488
Léonard de Vinci, La Dame à l’Hermine, 1488, Musée National de Cracovie

Plus de 100 ans plus tard, en 2004, la technologie nous permet de découvrir un nouvel élément clé de l’œuvre. Cette année-là, l’ingénieur français Pascal Cotte utilise la Méthode LAM (Layer Amplification Method), un appareil photo multispectral qui permet de découvrir ce qui se cache sous la surface de la peinture !

Cette analyse technologique révèle deux images peintes, qui précédaient le portrait final tel que nous le connaissons aujourd’hui. Dans la première version, Cecilia est seule, sans animal de compagnie. Dans la seconde version, l’hermine est ajoutée. Mais elle est plus petite, fine et grise que la bête de l’image définitive !

sous la surface de la dame à l'hermine
Première version de la Dame à l’Hermine
sous la surface de la dame à l'hermine
Seconde version de la La Dame à l’Hermine

Ce qui est intéressant à savoir, c’est que l’un des surnoms de Ludovico Sforza était l’Ermino, ou Hermine Blanche en français ! De plus, nous savons également que peu de temps avant sa liaison avec Cecilia, Sforza avait rejoint l’ordre chevaleresque de l’Hermine. Animal doté d’une grande symbolique, l’hermine préfère mourir que salir sa blanche fourrure !

Ainsi, l’hermine ajoutée est peut-être une volonté du commanditaire. Aurait-il souhaité faire un lien entre son amante et lui-même, par une allusion presque métaphorique ? En effet, l’hermine, animal totem de Sforza, pourrait le représenter sur les genoux de sa maîtresse ! Ceci pourrait signifier l’intensification de leur relation amoureuse, qui se voudrait peut-être plus officielle !

Les Artistes KAZoART inspirés par de Vinci

#2 La Liseuse à la fenêtre, Johannes Vermeer

Une femme seule, qui lit une lettre dans une pièce, face à une fenêtre ouverte… Oui, on vous parle forcément d’une œuvre de Johannes Vermeer, cet artiste hollandais spécialiste des scènes de genre ! Cette toile, La Liseuse à la fenêtre, est d’ailleurs un des premiers tableaux qui marque sa transition de la peinture religieuse à la peinture de genre.

Mais cette toile, qui pourrait sembler d’une simplicité absolue, a dissimulé pendant des siècles un secret étonnant ! En effet, une analyse aux rayons X réalisée en 1979 divulgue la présence d’un tableau dans le tableau, sur le mur du fond de la pièce. Celui-ci illustre un Cupidon qui piétine deux masques de théâtre. Ce geste symbolise le triomphe de l’amour loyal sur l’adultère et l’hypocrisie !

Johannes Vermeer, La Liseuse à la fenêtre, 1657-1659, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde sous la surface de
Johannes Vermeer, La Liseuse à la fenêtre, 1657-1659, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde

Cette image dissimulée sous la surface de la peinture, dans une superposition, nous offre alors une nouvelle possibilité d’interprétation ! Cet angelot donne un sens à cette lettre, qui se veut certainement être une lettre d’amour, lue sous le sceau de cupidon, garant de l’amour fidèle et sincère.

En 2017, un projet de restauration nous en révèle davantage. Les scientifiques découvrent que la couche de peinture couvrant le Cupidon avait été déposée plusieurs décennies après la réalisation de l’œuvre, et donc après la mort de l’artiste ! Ce repeint n’était donc pas un choix de Vermeer !

Johannes Vermeer, La Liseuse à la fenêtre, 1657-1659, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde (après restauration)
Johannes Vermeer, La Liseuse à la fenêtre, 1657-1659, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde (après restauration)

L’année suivante, les historiens du Rijksmuseum d’Amsterdam décident finalement de retirer la couche de peinture afin de retrouver l’œuvre originale imaginée par l’artiste. Cette intervention réalisée au scalpel sous microscope s’est tout juste achevée l’année dernière, en 2021 ! 

L’œuvre restaurée a été pour la toute première fois présentée lors de l’exposition « Johannes Vermeer. On Reflection » à la Gemäldegalerie Alte Meister à Dresde. Elle s’est déroulée de septembre 2021 à janvier 2022. 

#3 La Repasseuse, Pablo Picasso

Entre 1901 et 1904, Pablo Picasso expérimente le bleu, dans toutes ses nuances. Cette expérimentation de la couleur par l’artiste est due à un triste événement. En effet, en 1901, un de ses amis se suicide d’un coup de pistolet, dans un café parisien.

S’ensuit alors une sombre période, rythmée de tristesse, de solitude et de désespérance. Le bleu, symbole de mélancolie, est ainsi devenue l’unique couleur de ses toiles, durant les trois années qui ont suivi ce malheur.

En 1904, Picasso achève La Repasseuse. Dans ce tableau bleu, une femme repasse un drap. Amaigrie et marquée par la fatigue, son visage est dénué de joie. Elle semble subir difficilement sa tâche ménagère. 

Pablo Picasso, La Repasseuse, 1804 ©Guggenheim Museum
Pablo Picasso, La Repasseuse, 1804 ©Guggenheim Museum

À cette période de sa vie, Picasso connait également des difficultés financières. Cette pénible pauvreté, il l’illustre dans cette toile ! De plus, comme il avait peu de moyens, l’artiste réutilisait ses toiles déjà peintes pour en créer de nouvelles ! Pas de gaspillage chez Picasso !

Cette manie de repeindre par-dessus ses anciennes peintures nous a été confirmée par une analyse aux rayons X de La Repasseuse, en 1989. Cette analyse nous révèle la silhouette d’un homme se tenant debout ! 

Pablo Picasso, La Repasseuse, 1804 ©Guggenheim Museum
Pablo Picasso, La Repasseuse, 1804 ©Guggenheim Museum
Pablo Picasso, La Repasseuse, 1804 ©Guggenheim Museum
Pablo Picasso, La Repasseuse, 1804 ©Guggenheim Museum

Au début des années 2000, le scientifique de la National Gallery of Art de Washington John Delany, permet grâce à des caméras hyper spectrales d’obtenir des informations supplémentaires sur cet homme ! Représenté de trois-quarts, l’homme est moustachu, et se tient devant un objet qui semble être un chevalet !

De plus, lors de la restauration de l’œuvre en 2012, Julien Barten, la restauratrice du Guggenheim Museum, découvre des touches de rose sur la robe de la femme. Ce rose pourrait ainsi nous indiquer le passage de l’artiste de sa période bleue à sa période rose, qui a débuté en 1904 !

#4 Les Ménines, Diego Velásquez

En 1622, Velásquez se rend à Madrid. Durant ce séjour, il réalise des portraits de personnalités de la cour royale. Face à son succès, l’artiste devient le peintre officiel du Roi !

En 1651 l’Infante Marguerite nait du mariage de Philippe IV et Marianne d’Autriche. Cinq ans plus tard, le roi commande à Velásquez un chef-d’œuvre aujourd’hui mondialement connu : Les Ménines. Cette œuvre a notamment suscité une grande attraction de la part des historiens de l’art pour sa complexité !

Diego Velásquez, Les Ménines, 1656, Musée du Prado, Madrid
Diego Velásquez, Les Ménines, 1656, Musée du Prado, Madrid

Lors de la restauration du tableau, les scientifiques découvrent une version antérieure dans laquelle ne figurait ni le peintre ni le chevalet ! À leur place, un jeune homme tourné vers l’Infante, lui tendant un bâton de commandement, marquant ainsi son statut d’héritière

Cette première représentation était en réalité destinée à être une œuvre publique. Mais, en 1657 nait Philippe Prosper, qui sera l’héritier mâle et prendra le pouvoir à la place de l’Infante… Suite à ce changement, l’artiste est contraint de modifier l’œuvre, son sens, l’ordre de la scène mais également sa destination. L’œuvre originellement publique devient privée, destinée à un espace intime familial.

 Les Ménines, détail
Les Ménines, détail
 Les Ménines, détail
Les Ménines, détail

Pour cela, l’artiste intègre à l’œuvre son autoportrait en train de peindre sur un chevalet le portrait dynastique du roi et de la reine. Car en effet, le miroir situé sur le mur du fond reflète le couple royal, qui de ce fait se situe à notre place, en tant que spectateur. Ce miroir crée ainsi une sorte de mise en abîme !

L’insertion de Velásquez dans la scène familiale dynastique modifie ainsi le sens de l’œuvre. L’artiste propose une nouvelle composition, qui n’est plus tournée vers l’Infante mais bien sur l’acte de réalisation d’un portrait dynastique, flattant ainsi l’égo du monarque !

#5 Madame X, John Singer Sargent

L’œuvre Madame X est un portrait de la jeune expatriée de Louisiane, Virginie Gautreau. Réalisée en 1884 par John Singer Sargent, cette toile a été victime d’un scandale retentissant, lors de son exposition au Salon des artistes français de 1884 à Paris. 

En réalité, l’œuvre que nous connaissons aujourd’hui n’est pas tout à fait la version exposée lors de ce Salon. La première version du portrait présentait en effet quelques différences significatives. Premièrement, la peau très blanche de la jeune femme a été comparée par le public à celle d’un cadavre et sa tête de profil à une posture hautaine

John Singer Sargent, Madame X, 1884, MET, NY
John Singer Sargent, Madame X, 1884, MET, NY

Mais l’élément qui a certainement le plus choqué le public est la bretelle droite de sa robe. Celle-ci n’était pas dans la position que l’on connait, mais elle était tombée sur l’épaule de la jeune femme. Cette bretelle tombée a été jugée comme scandaleuse, déplacée et vulgaire !

John Singer Sargent, Madame X, 1884, MET, NY (originale avant modification de l'artiste)
John Singer Sargent, Madame X, 1884, MET, NY (originale avant modification de l’artiste)

C’est alors que Sargent décide de remettre en place la bretelle, dans l’espoir de calmer l’agitation du public. Mais c’est déjà trop tard… L’artiste voit alors ses commandes devenir de moins en moins nombreuses. Il va même jusqu’à avouer à son ami poète et écrivain anglais Edmund Gosse qu’il envisage arrêter la peinture pour la musique. Il décide tout compte fait de s’installer à Londres et de continuer sa carrière de portraitiste !

Finalement, Sargent expose fièrement sa toile dans son atelier londonien, avant de la vendre au Metropolitan Museum of Art de New York en 1916, quelques mois seulement après le décès de Madame Gautreau !

Les œuvres énigmatiques sur KAZoART