C’est pour ce deuxième épisode de la série sur les Messages Cachés dans les plus grands chefs-d’œuvre que KAZoART enfile à nouveau son plus bel habit de détective ! Cette fois-ci, la rédaction scrute à la loupe 5 œuvres d’art emblématiques pour déchiffrer leurs Symboles dissimulés et bien mystérieux ! 

Les symboles dans l’art : un jeu pour l’artiste

Depuis toujours, les artistes adorent dissimuler quelques symboles insaisissables dans leurs œuvres. Seulement accessibles et interprétables par les commanditaires, les intellectuels de l’époque et les initiés, les artistes savent que ces symboles vont en questionner plus d’un et susciter une vague d’interprétations parfois pompeuses !

De simples objets, fleurs, animaux ou gestes peuvent parfois être des symboles bien précis, qui une fois déchiffrés donnent à l’œuvre un sens tout à fait différent de celui qu’on lui a donné au premier abord ! Vous saurez désormais reconnaître ces symboles si vous les croisez dans d’autres œuvres d’art !

Notre Top 5 des symboles cachés dans les chefs-d’œuvre

#1 Vanité, Philippe de Champaigne

Devenues un genre artistique à part entière au XVIIe siècle, les vanités sont des allégories de la fragilité de la vie humaine. Elles sont également le symbole de l’orgueil et de la futilité des passions et activités humaines. Deux éléments permettent d’illustrer la vanité : la mort d’une part, et la notion de temps qui passe d’autre part. 

Ce type de nature morte apparaît d’abord en Hollande avant de se répandre dans toute l’Europe au XVIIe siècle. C’est notamment le peintre français Philippe de Champaigne (1602-1674) qui a réalisé une des vanités les plus emblématiques, en 1646.

Philippe de Champaigne, Vanité, ou Allégorie de la vie humaine, 1646 symboles
Philippe de Champaigne, Vanité, ou Allégorie de la vie humaine, 1646

Cette vanité se compose de trois objets symboliques, disposés sur une table en pierre. Ainsi, on observe à la gauche de la composition un vase soliflore contenant une fleur coupée, un crâne se situe au centre, puis à la droite se trouve un sablier

La fleur serait ainsi le symbole d’une vie éphémère. De plus, la fleur, qui est ici une tulipe, rappelle également l’engouement historique pour les tulipes à cette époque, aussi appelé « tulipomanie », dont le prix de vente a augmenté considérablement et qui a mené à une crise économique retentissante !

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Le crâne, qui serait celui d’Adam, représente quant à lui la mort. Et enfin, le sablier, vous vous en doutez bien, est le symbole du temps qui passe. Ainsi, la combinaison de ces trois objets fait de cette peinture une allégorie, qui signifie que la vie n’est que vanité, illusion et futilité !

La vanité de Philippe de Champaigne nous rappelle la locution latine Memento mori, « souviens-toi que tu mourras ». Elle nous incite à et ne pas accorder d’importance aux activités futiles telles que la richesse, l’amour charnel et la beauté, car à la fin, il n’en reste rien !

#2 La Chaise de Gauguin, Vincent van Gogh

Lorsque l’artiste Vincent van Gogh s’installe en 1888 à Arles, il passe d’abord quelques mois seul dans sa maison avant de s’en lasser et d’investir quatre chambres dans sa fameuse « maison jaune », au sein de laquelle il souhaite recevoir ses proches.

C’est en octobre que son ami, le peintre Paul Gauguin, le rejoint dans sa lumineuse maison jaune !

Vincent Van Gogh, La Maison Jaune, 1888 symboles
Vincent van Gogh, La Maison Jaune, 1888

Environ un mois plus tard, van Gogh réalise deux portraits : un de son ami Gauguin, et un autoportrait. Mais ces portraits n’ont absolument rien d’habituel :  l’artiste fait le choix de remplacer les modèles, normalement assis sur une chaise, par des objets du quotidien !

Le portrait de son ami artiste, qu’il intitule La Chaise de Gauguin, met en scène un fauteuil à accoudoirs, sur lequel il a déposé deux livres et une bougie. Chacun de ces objets arborent une symbolique particulière, et se présentent comme une allégorie de Gauguin

Vincent van Gogh, La chaise de Gauguin, 1888 symboles
Vincent van Gogh, La chaise de Gauguin, 1888

Traditionnellement, le fauteuil était réservé au chef de famille, ou du moins à la personne la plus importante du repas. Ainsi, le fait que van Gogh ait choisi ce fauteuil pour Gauguin démontre l’estime qu’il a pour lui.

Les livres ne portent pas de titre, mais leur couverture jaune nous indique qu’il s’agit de romans, couleur typique à cette époque. Ces ouvrages font ainsi référence à la culture générale de Gauguin ! Enfin, la bougie allumée serait le symbole de l’ambition et de la créativité !

Samuel Luke Fildes, The Empty Chair, 1870 symboles
Samuel Luke Fildes, The Empty Chair, 1870

Van Gogh se serait inspiré de la lithographie de Luke Fildes, réalisée en l’honneur de la mort de Charles Dickens. Cette œuvre illustre le bureau de Dickens, désormais vide. Cette référence de la part de Van Gogh, très admiratif de Charles Dickens, pour ce portrait allégorique de Gauguin, marque le respect qu’il lui porte

#3 La Chaise de Vincent, Vincent van Gogh

N’êtes-vous pas curieux de découvrir de quelle façon Vincent van Gogh s’est lui-même représenté dans son autoportrait atypique, le pendant du portrait de Gauguin ?

La rédaction de KAZoART n’a pas résisté ! La Chaise de Vincent, réalisée la même année, contraste totalement avec celle de Gauguin. Van Gogh se représente avec une chaise simple, rustique, en paille, posée sur un sol en pierre, contrairement à la chaise de Gauguin qui était posée sur un tapis. De plus, la chaise de l’artiste est éclairée par la lumière du jour, tandis que celle de Gauguin était éclairée à la bougie, dans une scène nocturne. Un univers tout à fait opposé !

Vincent van Gogh, La Chaise de Vincent, 1888 symboles
Vincent van Gogh, La Chaise de Vincent, 1888

Sur la chaise de van Gogh se trouve une pipe décorée et une pochette de tabac. Le décor est simple, rural, voire pauvre. À l’arrière-plan, une boite à oignons est posée au sol : l’artiste y a posé sa signature, en toute simplicité. La chaise et la pièce dans laquelle elle se trouve sont sans prétentions, ce décor traditionnel peut symboliser la nature sévère et rustique de van Gogh.

Ainsi, ces deux portraits présentent deux caractères opposés, deux visions antinomiques. D’un côté nous avons le portrait symbolique d’un intellectuel et lettré, qui a une posture aisée et respectable. De l’autre, un portrait symbolisant un homme campagnard, simple voire sinistre.

Le saviez-vous ?

Les deux toiles ont été peintes juste avant que Vincent van Gogh se coupe l’oreille avec son rasoir, devant son miroir, le soir du 23 décembre de cette année 1888 ! 

#4 Cotopaxi, Frederic Edwin Church

Cotopaxi est une toile réalisée en 1862 par l’artiste américain Frédéric Edwin Church (1826-1900), unique élève de l’artiste Tomas Cole (1801- 1848), considéré comme le pionnier de la peinture de paysages en Amérique. Cette œuvre représente le volcan Cotopaxi situé en Équateur, que l’artiste avait déjà illustré en 1855. Le paysage est grandiose, réalisé avec beaucoup de minutie.

Frederic Edwin Church, Cotopaxi, 1962 symboles
Frederic Edwin Church, Cotopaxi, 1862

Afin de comprendre la symbolique que l’artiste a voulu donner à cette œuvre, il est indispensable de la replacer dans son contexte de création. En effet, la Guerre de Sécession (1861-1865) ébranle la prospérité qui s’était installée au milieu du XIXe siècle. Ce conflit fratricide est vécu comme un grand traumatisme. Les artistes américains n’y ont pas échappé, ce qui a eu un fort impact sur leur production artistique. 

Au cours de cette guerre, des photographes ont capturé d’horribles scènes militaires. Évidemment ces clichés sont très choquants pour le peuple américain. Les artistes peintres, qui vivaient de leur art, ne pouvaient certainement pas embrasser la même approche que celle des photographes. C’est pourquoi ils ont choisi de représenter cette guerre au travers de paysages

Frederic Edwin Church, Cotopaxi, 1862 (détail) symboles
Frederic Edwin Church, Cotopaxi, 1862 (détail)

Dans son œuvre, Frédéric Edwin Church évoque de manière symbolique le tumulte de la guerre. En effet, ce volcan en éruption incarne les problèmes qui couvaient dans la société. De plus, l’imprévisibilité du volcan est représentative de cette guerre et de l’avenir incertain du pays. 

Frederic Edwin Church, Cotopaxi, 1855
Frederic Edwin Church, Cotopaxi, 1855

Cette toile contraste avec les œuvres antérieures de Frédéric Edwin Church qui illustraient la Conquête de l’Ouest, interprétée comme une bénédiction donnée par Dieu. Dans son œuvre Cotopaxi, l’artiste nous offre à voir une symbolique tout à fait différente, que nous ne pourrions pas comprendre sans connaître le contexte historique et politique de la création de l’œuvre !

#5 In Italian, Jean-Michel Basquiat

Peintre d’avant-garde américain parti beaucoup trop tôt, Jean-Michel Basquiat (1960-1988) adopte un style radical, énergique et violent. Le jeune artiste à l’origine du mouvement underground est très fier de ses origines haïtiennes et portoricaines. Basquiat est marqué par son passé, son époque et son milieu social. 

L’Œuvre de Basquiat se présente comme une collection de multiples symboles. En effet, l’artiste semble adorer remplir ses œuvres d’allégories complexes et de mots symboliques épars. Il sème ainsi dans ses toiles des indices nous permettant de cerner sa personnalité et ses engagements. On ne peut alors s’empêcher de vouloir les décrypter…

Jean-Michel Basquiat, In Italian, 1983
Jean-Michel Basquiat, In Italian, 1983

Une de ses œuvres les plus représentatives de cette accumulation de symboles est In Italian, réalisée en 1983. Les dates parsemées un peu partout sur la toile sont les premiers éléments à prendre en compte dans la lecture de son œuvre. En effet, ce ne sont pas de simples dates, mais bien des symboles de moments historiques qui ont marqué Basquiat. 

Par exemple, la date de 1951, qui se trouve en haut à gauche de l’œuvre puis à nouveau en haut au centre, fait référence au décès du fondateur de la première branche de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), Harry Tyson Moore, dans un attentat à la bombe par le Ku Klux Klan.

In Italian, 1983 (détail)
In Italian, 1983 (détail)
In Italian, 1983 (détail)
In Italian, 1983 (détail)

Basquiat souffre énormément de la discrimination. Ainsi, il se sert de ses œuvres pour exprimer son ressenti, mais également pour que personne n’oublie ces moments historiques qui ont fait souffrir sa communauté. 

In Italian, 1983 (détail)
In Italian, 1983 (détail)

Deux autres dates symboliques sont placées par l’artiste dans l’œuvre. Il s’agit de « 1594-1752 », qui font référence à des événements importants de l’esclavagisme. La première, 1594, marque la première expédition négrière française. La seconde, 1752, fait référence à l’achat par George Washington d’une part d’un domaine, le Mont Vernon, qui comprend 118 esclaves.

 In Italian, 1983 (détail)
In Italian, 1983 (détail)

Basquiat donne beaucoup d’importance au sens des mots. Mais l’élément le plus symbolique de son œuvre est certainement ce personnage au visage multicolore. Il serait le symbole du racisme que l’artiste endure depuis son enfance. En effet, au-dessus de la tête de ce personnage « de couleurs », Basquiat a écrit « crown of thorns ». Ceci signifie « couronne d’épines », le symbole de la souffrance au quotidien, en tant que martyr !

Les Symboles et les Artistes KAZoART