Peu d’artistes pourraient se targuer d’avoir bouleversé l’Art comme l’a fait Marcel Duchamp. On se souvient de l’impertinence et du génie de cet « anartiste » comme l’avènement d’un genre nouveau. Par sa vision artistique aussi bien complexe que conceptuelle, il a montré comment de simples objets pouvaient avoir leur part de mystère… Retenez l’essentiel de l’inventeur du Ready-Made !

Marcel Duchamp : 3 choses à savoir

1# C’est d’abord un peintre !

Né en 1887, Marcel Duchamp évolue dans une famille d’esprits créatifs. Dans cette fratrie de sept enfants, d’autres comme lui deviendront artistes. Initié par ses frères et sœurs, ce passionné d’échecs brille dans ses études à Rouen avant de rejoindre la capitale en 1904. Son apprentissage de la peinture se poursuit à l’Académie Julian, mais rapidement Marcel Duchamp comprend qu’il n’y a pas sa place. Il échoue même son entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris.

Marcel Duchamp
Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier (1912)

Pendant plusieurs années, il mène une exploration très appuyée autour de différents styles, de l’impressionnisme au cubisme en passant par le fauvisme. Il se cherche longtemps mais va finir par se trouver ! Déjà, en 1912, il expose au Salon des indépendants son Nu descendant un escalier. Le constat est clair : Marcel Duchamp est déjà en train de muter vers un genre déstructuré proche du futurisme. Sa toile divise l’assemblée, même ses amis ne sont pas tous convaincus. Les recherches se poursuivent, en quête de la véritable empreinte Marcel Duchamp.

2# Aussi un touche-à-tout qui redéfinit l’Art

1913 est une année clé pour Duchamp qui voit sa notoriété grimper en flèche. Il passe son temps entre la France et les Etats-Unis, où il obtient une reconnaissance progressive grâce à son exposition à l’Armory Show (salon international d’art moderne à New York). Il s’installe alors outre-Atlantique pour poursuivre son nouveau projet : les ready-made.

Son objectif ? Donner une autre dimension à des objets triviaux du quotidien, auxquels on ne trouve pas une esthétique particulière. Par ce biais, Marcel Duchamp cherche à réinventer l’Art tel que nous le connaissons, questionnant son propre rôle en tant qu’artiste et la valeur accordée à une œuvre d’art. Qu’est-ce qui fait justement d’une œuvre d’art une œuvre d’art ?

Marcel Duchamp
Marcel Duchamp, La Fontaine (1917) / spDuchamp from Toronto, Canada [CC BY 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)]

Les créations de Duchamp ont souvent fait polémique par leur nature même. Le plus gros coup d’éclat de sa carrière reste sans aucun doute La Fontaine, l’urinoir qu’il a érigé au rang d’œuvre d’art en 1917. C’est là que le ready-made trouve son essence et bouleverse radicalement l’Art au 20e siècle. Ces pièces « already-made », déjà toutes faites, sont une aubaine pour l’artiste qui délivre un concept à lui seul. Il permet en outre d’ouvrir la voie de l’avant-garde. Très proche du mouvement surréaliste, Marcel Duchamp s’essaie également au cinéma, aussi bien acteur aux côtés de Man Ray dans Entr’acte (1924), que réalisateur du court-métrage Anemic Cinema (1926).

Il co-organise avec son ami André Breton l’exposition internationale du Surréalisme à Paris en 1938. On doit à Marcel Duchamp cette volonté de renouveler les matériaux utilisés pour créer, mais aussi la question esthétique dans l’Art qui amorcera l’Art conceptuel dans les années 1970.

3# Surtout un adepte des calembours

Marcel Duchamp
Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q. (1930)
Marcel Duchamp
Marcel Duchamp, Prière de toucher (1947)

En prophète des avant-gardes, Marcel Duchamp mise plus sur le fond que la forme. Pourtant, il dévoile à plusieurs reprises un esprit fin, teinté d’ironisme et d’un humour subversif. Parce qu’il aime jouer sur les mots, il crée de nombreuses insinuations sexuelles par des moyens visuels qui reposent aussi sur une dimension linguistique. On pense notamment à la version de la Mona Lisa dans L.H.O.O.Q, à Prière de toucher ou encore Fresh Widow qui découle de « French Window » où la fenêtre française est devenue une Veuve effrontée.

Un jour il a dit

Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût.

Marcel Duchamp

Le saviez-vous ?

Passionné par les mots et fin blagueur, Marcel Duchamp a usé de plusieurs pseudonymes dans sa carrière. Il y a d’abord R.Mutt, signature figurant sur la Fontaine. L’artiste a déclaré que le nom Mutt était une altération de Mott, le nom de la société qui lui a fourni l’urinoir. Pendant un temps, il a fait croire que Mutt était le surnom masculin de l’une de ses amies. Une signature qui a longuement éveillé la curiosité puisque beaucoup ont donné leur propre interprétation du pseudo : R.Mutt pour « Art bâtard », ou décomposé « R M u-t-t » qui donne « Ready Made eut été » ou encore « Art mute » comme la mutation de l’art que Duchamp opérait.

Marcel Duchamp apparaissait également sous un autre pseudo : Rrose Sélavy. Se travestir ou porter un nom féminin, changer d’identité, c’était aussi une façon pour lui de créer un ready-made. Il joue une nouvelle fois sur les mots avec ce nouveau nom, puisque le doublement de la lettre « r » est relatif à « arrose » (arroser la vie) ou une transposition phonétique de Éros, c’est la vie.

Ses plus grandes œuvres

Marcel Duchamp, Les Joueurs d’échecs (1912)
Marcel Duchamp, Roue de bicyclette (3e version, 1951 / originale datant de 1913)
Marcel Duchamp, Fresh widow (1920)

Le dernier projet fou de Duchamp, resté secret pendant des années. Étant donnés : 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage… est une installation élaborée entre 1946 et 1966 à New York. Il s’agit de la dernière grande œuvre de ready-made de l’artiste. Elle n’a été révélée qu’un an après sa mort !

En écho sur KAZoART • Norman Gekko

Sur KAZoART, l’artiste Norman Gekko rend lui aussi hommage à la Joconde après avoir récupéré des objets pour les assembler sur un panneau de bois. Une façon originale de revisiter l’iconographie de l’Histoire de l’Art et faire un pied de nez aux techniques picturales plus classiques.

Norman Gekko, Mona Lisa recycled (technique mixte)