C’est l’œuvre la plus connue de David Hockney. A Bigger Splash nous embarque dans une Californie de rêve et revient sur l’une des plus grandes obsessions du dandy britannique : les piscines. Dans cette Œuvre à la loupe, immersion au cœur d’une toile éclaboussante et surtout très énigmatique !

David Hockney en quelques mots

Né en 1937 à Bradford au Royaume-Uni, David Hockney est sans conteste l’un des artistes contemporains les plus appréciés de sa génération. Depuis 60 ans, ce portraitiste et paysagiste britannique nous inonde de ses créations aquatiques et végétales. Il doit son succès retentissant à son inventivité, son œil hors-pair et un vrai tempérament de rebelle.

Portrait de David Hockney devant L'arrivée du printemps à Woldgate (2011)
Portrait de David Hockney devant L’arrivée du printemps à Woldgate (2011)

Focus sur A Bigger Splash

Peinte en 1967, A Bigger Splash est la 3e toile d’une série sur le thème des piscines, après The Little Splash et The Splash. Très inspiré par la photographie et les images, c’est dans une revue de construction de piscines que David Hockney a une révélation. Les piscines deviendront sa marque de fabrique.

David Hockney, A Bigger Splash (acrylique sur toile, 1967)
David Hockney, A Bigger Splash (acrylique sur toile, 1967)

L’incroyable succès de ce tableau de 2,42 x 2,43m révèle l’esprit très géométrique et obsessionnel de l’artiste. D’ailleurs, s’il peut paraître superflu, le cadre blanc fait partie intégrante de l’œuvre exposée à le Tate Modern de Londres. Il rappelle les années 60, la tendance Pop-Art et bien évidemment l’une des autres passions de l’artiste : la photographie et particulièrement les polaroids. Une dimension moderniste et minimaliste.

Bienvenue dans la Californie rêvée de David Hockney ! Nous sommes au début de l’été 1967. Ce que l’on peut dire, c’est qu’il fait très chaud. Le soleil est à son zénith à en juger par le positionnement des ombres portées. Rien de mieux qu’une petite baignade…

Sur KAZoART : Nos artistes s'inspirent de David Hockney

A Bigger Splash : 4 détails à la loupe

1# Mais qui vient de plonger ?

C’est la question majeure que pose A Bigger Splash. Aucune silhouette n’apparaît dans cette toile. On distingue seulement la présence d’un individu pris sur le vif. Il rompt l’accalmie prégnante dans une scène aussi silencieuse qu’une ruelle de chez Edward Hopper.

David Hockney, A Bigger Splash (acrylique sur toile, 1967)

Or pour David Hockney, la chose la plus importante n’est pas tant de savoir qui a plongé, mais de présenter une technique de peinture nouvelle et des effets tout à fait novateurs.

Jusque-là, la peinture à l’huile est encore privilégiée. Seulement l’artiste britannique voit en la peinture acrylique une nouvelle opportunité de peindre et d’inventer un monde : son monde.

Pour réaliser ce tableau, il a appliqué sa peinture au rouleau après avoir préalablement dessiné les lignes directrices sur la toile. Par la suite, tous les détails ont été soigneusement peints avec différents pinceaux et en couches plus épaisses.

2# L’image d’une Californie rêvée

Le ciel bleu et sans aucun nuage, le calme plat, les palmiers : voici un portrait rêvée d’une Californie chaude et fortunée.

David Hockney réunit les symboles pour promouvoir cette région des États-Unis très prisée. S’il n’y a personne – hormis ce mystérieux nageur – nous pouvons nous attarder sur un détail intrigant : la chaise pliante.

Passionné par la photographie et par extension le cinéma, David Hockney aurait-il intégré une référence au septième art ? Cette villa pourrait être celle d’un producteur de cinéma. Par sa présence, cet objet très typé « Hollywood » rappelle que le show-business n’est jamais très loin…

3# Un échiquier minimaliste

Aussi minimaliste soit-elle, la composition de A Bigger Splash a été méticuleusement pensée. Cette géométrie dans les formes nous rapproche presque d’une toile de Mondrian, sans pour autant tomber dans l’abstraction totale.

David Hockney, A Bigger Splash (acrylique sur toile, 1967)

À la lecture de ce tableau, nous sommes réveillés par la spontanéité de la scène. Le plongeon ne dure que quelques secondes et pourtant David Hockney déclare :

J’ai adoré l’idée de peindre quelque chose qui ne durait que 2 secondes. Il m’a fallu 2 semaines pour peindre cet événement de 2 secondes !

La dynamique des éclaboussures rompt considérablement avec le quadrillage implicitement formé par l’artiste. Dans la continuité de cette diagonale star de la toile, on retrouve également cette chaise pliante dont les pieds se croisent.

4# Une ville fantôme : vraiment ?

Contrairement aux autres œuvres de David Hockney, il n’y a personne en vue dans A Bigger Splash. Dans ses autres scènes de piscine, il y a toujours un personnage central qui habite la toile. C’est peut-être ce qui participe au caractère si emblématique de cette peinture.

Les silhouettes des maisons voisines se reflètent dans les baies vitrées, on y voit aussi quelques palmiers qui s’élèvent à quelques dizaines de mètres. La bordure d’herbe est bien entretenue, comme probablement le reste du jardin de la propriété. C’est à nouveau le signe d’une présence qui n’est jamais explicitement dévoilée.

Personne, à part le spectateur, n’est finalement témoin de ce plongeon. En ce sens, David Hockney nous accorde un statut privilégié. Serait-ce peut-être aussi une façon de nous inviter dans le plus grand des secrets ?