L’Œuvre à la loupe • Autoportrait au gilet d’Egon Schiele


Porté par un talent inné pour le dessin depuis son plus jeune âge, Egon Schiele est un incontournable de la peinture viennoise. Surtout connu pour ses autoportraits teintés de mélancolie et de souffrance, il laisse derrière lui une exceptionnelle collection d’œuvres et une exploration passionnante de la figure humaine dans ce qu’elle a de plus expressif. KAZoART revient sur l’Autoportrait au gilet, debout (1911) d’Egon Schiele et vous révèle tous ses petits secrets…

schiele

Egon Schiele. Autoportrait au gilet, debout, 1911. Gouache, aquarelle et crayon gras sur papier, monté sur carton.

Quelques mots sur Egon Schiele

Le dessin a toujours fait partie de la vie d’Egon Schiele. Dès l’enfance, il s’éveille en dessinant, encouragé par son père, un chef de gare atteint d’une maladie mentale. La perte prématurée de ce dernier en 1905 le plonge dans une détresse intérieure qui ressortira progressivement dans ses travaux.

À tout juste 16 ans, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, un exploit ! Mais l’apprentissage y est trop formel à son goût. Aux côtés de Gustav Klimt, il tend vers une nouvelle forme d’expression en rupture avec le cadre traditionnel de l’Académie. C’est alors que naît le Neukunstgruppe (Groupe pour le Nouvel Art) en vue de renouveler le mode d’expression artistique.

Egon Schiele développe son propre style à travers une écriture tranchée, laissant derrière lui près de 300 peintures et 3 000 œuvres sur papier. Explorer la figure humaine, la révéler dans ses retranchements, son intimité, dévoiler ses faiblesses et la détresse des corps : un moyen pour Schiele de donner vie à ses combats intérieurs.

Focus sur l’œuvre

Aussi brève mais intense qu’a été la carrière de Schiele – puisqu’il est mort à seulement 28 ans de la grippe espagnole – il s’est toujours beaucoup attaché à la retranscription des émotions de ses sujets. Progressivement, il a donné de l’importance à sa propre figure dans des autoportraits criants de détresse et révélant des positions excentriques et angoissées. L’Autoportrait au gilet, debout (1911) est l’une des rares fois où Schiele apparaît en totale contradiction avec ses postures habituelles. Loin de gestuelles extrêmes créant une distance et un malaise chez le spectateur, il se présente ici sous son meilleur jour.

4 détails à la loupe

1# Le dandy séducteur

schiele-detail-4

Dans ses autoportraits, Egon Schiele nous a habitués à le voir nu, torturé et dans des postures pour le moins ambiguës, Cette fois, c’est un nouveau look qu’il arbore : celui du dandy chic et séducteur. Étonnamment bien apprêté, il se représente ici de face et dans une posture bien plus classique. Outre l’habit pimpant, c’est bel et bien l’attitude de l’artiste autrichien qui retient notre attention : les sourcils relevés, le regard à peine plissé et la bouche en avant et resserrée. Vous l’avez bien compris, Egon Schiele nous toise ouvertement ! Un air dédaigneux, il défie quiconque ose le regarder d’un peu trop près.

Impossible d’échapper à ce halo de lumière qui cerne sa tête. En plus d’avoir une attitude renchérie, Egon Schiele s’impose comme un élu de haut rang. Les cheveux ébouriffés, il apparaît tel un génie plein de confiance, sorte de figure du Christ qui prétendrait que l’Art amène la paix, aussi salvateur que le serait Dieu.

2# Un costume travaillé

schiele-detail-2

Cela semble être un grand jour pour Egon Schiele. Cette auto-représentation paraît faire un pied de nez à sa véritable condition. Pour rappel, nous sommes en 1911 et à cette période, le peintre vit avec sa compagne Wally et ne roule pas sur l’or. Pire, ils vivent dans la pauvreté. On devine alors qu’il a lui-même confectionné son costume et sa chemise en découpant du papier et en jouant à l’apprenti couturier.

3# Des mains évocatrices

schiele-detail-1

Les mains d’Egon Schiele, quel sacré mystère ! Le peintre autrichien se représente à de nombreuses reprises avec les doigts écartés. C’est dans cet autoportrait que le fameux geste en V apparaît. Serait-ce un symbole ? un geste de protestation ? Le parallèle entre la posture de ses doigts et l’art de Schiele est tout trouvé. On y voit aussi un écho à la mosaïque byzantine Pantocrator de l’église Chora à Constantinople.

Les mains teintées de vert sont aussi un écho à ce qui ressort régulièrement dans ses œuvres : la mort et la finitude. Comme si, même dans le plus parfait costume, même dans une position de demi-Dieu, la souffrance ne cesse de planer au-dessus de Schiele comme une épée de Damoclès. La position des doigts est toujours suggestive chez l’artiste. On y distingue toute la mécanique de la main à travers des phalanges raides et quasi décharnées. Une représentation pas très naturelle mais qui deviennent l’outil de sa communication. Les doigts de Schiele sont une métaphore de la condition humaine, à l’image d’un cri de détresse en langue des signes.

4# Une célébration de la vie

schiele-detail-3

Finissons cette lecture de l’œuvre de Schiele par un coup d’œil sur le parterre de fleurs tout en bas de la composition. L’Œuvre de Schiele pourtant connue comme jouant avec les vides, qu’elle soit colorée ou non, se heurte ici à une volonté d’exubérance totale. Dans le regard, dans la posture, dans la constitution même : ses figures humaines côtoient généralement le dénuement. Ici, c’est l’abondance, la vitalité, la vie. Il n’y a pas un centimètre de l’œuvre qui soit inoccupé ou dépourvu de couleur. Serait-ce l’art qui lui donne des ailes ? Ce dandy poète rêve sûrement à une autre vie, peut-être pour donner espoir à d’autres mais surtout à lui-même.

En écho sur KAZoART – Florent Cordier

Sur KAZoART, l’artiste Florent Cordier nous dévoile le portrait Femme II dont les couleurs cuivres et le tracé rappellent l’empreinte d’Egon Schiele. La réflexion sur l’humain est ici posée entre le jeu des pleins en arrière-plan et le dénuement au niveau du corps du sujet.

Une femme II

Florent Cordier, Une femme II

Inscrivez-vous à la newsletter KAZoART

Vous souhaitez recevoir régulièrement les nouveaux articles et les actus de KAZoART ? Inscrivez-vous à notre newsletter !

15€ offerts pour toute nouvelle inscription.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>