En 1931, Salvador Dalí signe son plus grand chef-d’œuvre : La Persistance de la Mémoire. Véritable touche-à-tout, il est sans nul l’un des artistes les plus polyvalents et prolifiques du 20e siècle ! Figure majeure du Surréalisme aux côtés de Miró et d’André Breton, il plonge le spectateur dans un monde onirique propice à la réflexion… Coup d’œil sur cette toile aussi appelée Les Montres molles !

Quelques mots sur Salvador Dalí

Après avoir étudié les Beaux-Arts à Madrid, Dalí est introduit par Miró au mouvement surréaliste mené par André Breton. Il en devient rapidement une figure de proue et y rencontre Gala, celle qui deviendra sa muse et le grand amour de sa vie. Réputé pour sa personnalité haute en couleur et sa virtuosité technique, il laisse derrière lui une collection d’œuvres aussi riche qu’éclectique.

Très influencé par la psychanalyse, Dalí donne à son Œuvre une forme graphique originale où mort et érotisme se confondent parfois. Adepte de l’autoportrait, il intègre régulièrement sa propre caricature avec un goût prononcé pour les images en trompe-l’œil. On connaît ce génie espagnol pour son énergie créatrice sans faille. Tantôt peintre et plasticien, tantôt scénariste et sculpteur, il provoque et joue la carte de l’extravagance. Il n’a qu’une seule limite : son imagination !

Quelques mots sur La Persistance de la Mémoire

La Persistance de la Mémoire, aussi populairement appelé Les Montres molles, est tout simplement un monde onirique et quelque peu étranger. L’œil du spectateur considère d’abord la toile dans son ensemble (qui ne mesure que 24x33cm !) et cette vaste scène déserte, avant de s’attarder plus franchement sur les détails au premier plan.

Dans cette scène surréaliste, Dalí imagine que des montres métalliques fondent et s’amolissent. Une façon de souligner la bataille perdue d’avance contre le temps ? Fasciné par la Théorie générale de la relativité d’Albert Einstein, publiée en 1920, il évoque à sa manière cette quête impossible contre la finitude.

4 détails à la Loupe

1# Des montres qui dégoulinent

Salvador Dalí, La Persistance de la mémoire (1931)
Salvador Dalí, La Persistance de la mémoire (1931)

Pris d’une migraine un soir d’été, Dalí laisse à contrecœur sa compagne Gala se rendre au cinéma avec des amis. Après avoir fini de dîner, il remarque curieusement que le camembert commence à couler sur le bord de l’assiette. L’idée des montres molles est née. En l’espace de quelques heures, il achève sa toile.

Lorsque je fus seul, je restai un moment accoudé à la table, réfléchissant aux problèmes posés par le « super mou » de ce fromage coulant. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner, selon mon habitude un dernier coup d’œil à mon travail. (…) Il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas. J’allais éteindre la lumière et sortir, lorsque je « vis » littéralement la solution : deux montres molles dont l’une pendrait lamentablement à la branche de l’olivier.

Salvador Dalí

Nous sommes ici confrontés à un arrêt sur image où les secondes ne défilent plus. Le temps est devenu élastique, comme ces montres à gousset. Les quatre montres présentent toutes des spécificités selon l’endroit où elles sont placées ou la façon dont elles sont présentées. Les montres recouvertes d’insectes semblent référer à la mort et à cette décomposition qui attire mouche et fourmis. D’ailleurs, Dalí détestait les fourmis ! Elles sont régulièrement un symbole de putréfaction dans ses œuvres.

2# Entre le rêve et la mort

Salvador Dalí, La Persistance de la mémoire (1931)

L’olivier, seul élément végétal de la composition, est lui aussi en fin de vie. Le tronc est dévitalisé avec une unique branche soutenant une montre molle. Et si finalement, il était question d’immortalité ? Avec ses terres catalanes en toile de fond, Dalí pourrait tout simplement se représenter par-delà la mort. Le temps n’aurait alors plus aucune emprise, ni sur son être, ni sur son Art et son héritage.

De la naissance à la mort, les souvenirs finissent par s’altérer, s’évaporer. Le temps s’est arrêté, la vie aussi ? L’univers de Dalí est truffé de références et de symboles en tous genres. L’atmosphère onirique dans laquelle il nous plonge nous questionne sur l’indomptable.

3# Mais qui gît au beau milieu ?

Salvador Dalí, La Persistance de la mémoire (1931)

Sur une petite crête de rochers, il y a cette créature amorphe et étrange, sujet principal de ce premier plan. Une montre semble s’enrouler autour de cette espèce difficilement reconnaissable… mais pas nouvelle chez Dalí ! On le sait, l’artiste est un adepte de l’autoportrait. Ce qui s’apparente à une caricature de lui-même est présente dans deux œuvres antérieures : le Grand Masturbateur et L’Énigme du Désir, en 1929. Les longs cils de cette forme humanoïde révèlent que l’œil hors-norme est clos. S’agit-il d’un état de contemplation, de sommeil ou de mort ?

4# Un horizon un peu trop paisible

Salvador Dalí, La Persistance de la mémoire (1931)

À l’arrière plan, Dalí représente la côte rocheuse près de sa maison de Port Lligat au nord de Barcelone. Cette œuvre intrigue par les divers sentiments qu’elle provoque. La réflexion complexe sur la temporalité, la vie et la mort, se confronte à la quiétude et la beauté d’un paysage catalan chaleureux. La plage, le soleil, les falaises, sont autant d’éléments réalistes qui contrebalancent avec ce paysage intérieur et atemporel convoqué par les montres molles.