Cette semaine, la rédaction de KAZoART a décidé de scruter à la loupe une œuvre bien énigmatique : Les Amants de René Magritte ! Cette œuvre on ne peut plus mystérieuse suscite l’intérêt de tous ceux qui l’observent. Il faut remercier son créateur, René Magritte, qui nous a laissé sans un indice qui nous permettrait de déchiffrer cette œuvre surréaliste ! Adepte des rébus et messages cachés, KAZoART se glisse dans la peau du peintre surréaliste pour percer le secret de son œuvre énigmatique !

Exclusif : une première œuvre originale de Magritte vient d’arriver sur KAZoART !

René Magritte en quelques mots

Né en 1898 et décédé en 1967, René Magritte est un peintre surréaliste belge. Enfant, Magritte se passionne pour la bande dessinée et le cinéma. Par malheur, sa mère se suicide alors qu’il n’a encore que 14 ans.

C’est en 1915 que Magritte se tourne vers la peinture : il quitte ses études pour s’installer à Bruxelles, près des Beaux-Arts. Il projette d’y suivre des cours, et peint d’abord dans un style impressionniste. Dès ses débuts, Magritte adopte un tempérament moqueur et anarchiste.

Photoportrait de René Magritte © Bridgeman Images
Photoportrait de René Magritte © Bridgeman Images

Au sein de l’Académie, il découvre et fréquente les mouvements cubistes et futuristes, puis le mouvement dada, au tout début des années 1920. Mais c’est en 1926 que Magritte crée Le Jockey Perdu, tableau considéré comme le tout premier de son Œuvre surréaliste !

C’est à ce moment qu’il adhère au groupe des surréalistes belges qui vient juste de se former. Magritte décide finalement de quitter la Belgique pour Paris. Il y rencontre en 1927 le groupe des surréalistes formés autour d’André Breton, Salvador Dali, Paul Éluard, Joan Miró et Yves Tanguy.

René Magritte, Le Jockey Perdu, 1926 © MoMA
René Magritte, Le Jockey Perdu, 1926 © MoMA

De tous ses proches surréalistes, Magritte est certainement le seul à ne pas adhérer à la psychanalyse et l’écriture automatique prônées par André Breton. Il est davantage intéressé par les symboles, les images énigmatiques et métaphoriques, parfois même humoristiques.

Ces œuvres, fonctionnant souvent comme des rébus, mettent en exergue notre manque de discernement entre la réalité et les images mentales engendrées par notre l’esprit. Ses toiles adoptent souvent deux niveaux de lecture, et se composent de plusieurs images superposées. 

« Les Amants » : 3 détails sous la loupe de KAZoART

#1 Le premier tableau d’une série de quatre

Ce que tout le monde ignore bien souvent, c’est que la peinture Les Amants de Magritte fait en réalité partie d’une série de quatre tableaux réalisés la même année, en 1928. Les trois tableaux portent le même nom, chacun suivi d’un chiffre romain pour les différencier.

René Magritte, Les Amants, 1928, MoMA NY
René Magritte, Les Amants, 1928, MoMA NY

Celle qui nous intéresse aujourd’hui est la première de la série. Elle est aujourd’hui conservée au MoMA de New York, dans la collection Richard S. Zeisler.

L’œuvre Les Amants II de Magritte représente, tout comme la première, un couple aux visages recouverts d’un drap blanc. Cette fois-ci, ils ne s’embrassent pas, mais se tiennent côte à côte. Ils semblent poser comme pour une photographie !

René Magritte, Les Amants II, 1928, National Gallery of Australia, Canberra
René Magritte, Les Amants II, 1928, National Gallery of Australia, Canberra

Les Amants III illustre à nouveau un couple, mais cette fois-ci Magritte nous offre à voir les visages de ces deux personnages. Mais tout de suite, une chose nous perturbe : l’homme représenté aux côtés de la jeune femme n’a pas de corps. Sa tête semble flotter au-dessus de l’épaule de cette femme ! Ce qui est particulièrement troublant… 

René Magritte, Les Amants III, 1928, Collection Privée
René Magritte, Les Amants III, 1928, Collection Privée

Enfin, la dernière de la série, Les Amants IV, met en scène le même couple : mais ici, ce n’est plus sous la forme d’un portrait serré. En effet, la jeune femme est confortablement installée sur un rocher, mais ici encore l’homme n’a toujours pas de corps, mais seulement une tête flottante.

René Magritte, Les Amants IV, 1928, Collection Privée
René Magritte, Les Amants IV, 1928, Collection Privée

Une série bien énigmatique, qui rajoute encore plus de mystère à la toile Les Amants qui questionne déjà beaucoup la sphère artistique à elle seule !

#2 Un cadrage cinématographique

Dans sa toile Les Amants, René Magritte met en scène un couple enlacé, qui s’embrasse au travers d’un drap blanc recouvrant leur tête. Le genre des personnages est seulement distinguable grâce à leurs vêtements. La femme porte une robe rouge, et l’homme qu’elle embrasse, un costume noir.

Dans cette œuvre, Magritte fait le choix de nous donner très peu d’informations sur le lieu où se trouve ce couple. Ce manque d’informations est notamment dû au cadrage cinématographique en gros plan sur les têtes des deux personnages.

René Magritte, Les Amants, 1928, MoMA NY

Ce cadrage cinématographique est certainement influencé par la passion que Magritte voue au cinéma depuis sa plus tendre enfance ! En effet, le couple prend toute la place de la toile, et se situe au premier plan, comme pour une scène d’amour qu’on pourrait voir dans un film romantique !

Finalement, seuls les quelques éléments d’architecture nous permettent d’émettre des hypothèses sur le lieu : peut-être le porche d’une maison, et au loin un ciel menaçant voire orageux ? Quoi qu’il en soit, le décor épuré ainsi que le cadrage permettent à Magritte de concentrer le regard du spectateur sur ce couple mystérieux !

#3 Le drap, symbole d’un amour aveugle, discret ou inconscient ?

René Magritte utilise souvent la métaphore dans son art, il détourne des objets, joue avec les mots, comme avec des rébus. Ici, l’élément incontournable de l’œuvre, qui sans lui la toile n’aurait aucun sens, c’est ce drap blanc qui recouvre les visages des deux personnages. 

Ces draps blancs donnent tout son sens à l’œuvre de Magritte : c’est l’élément le plus important, car sans lui l’œuvre afficherait un caractère plus banal et évident. Ce sont ces draps qui arrêtent notre regard sur l’œuvre, et nous questionnent.

Beaucoup de critiques d’art ont fait le parallèle avec le voile retrouvé sur le visage de sa mère à la suite de son suicide par noyade.  Mais il est important de mettre de côté cette fascination pour la psychanalyse, à tort indissociable du surréalisme, à laquelle il n’adhérait pas du tout.

René Magritte, Les Amants, 1928, MoMA NY (détail)
René Magritte, Les Amants, 1928, MoMA NY (détail)

Il serait alors peut-être plus fécond d’interpréter son œuvre comme un rébus, comme on peut souvent le faire avec ses autres œuvres emblématiques. Ainsi, ce drap blanc qui prive les deux amants de la vue et d’un peau à peau sensuel pourrait évoquer tant un amour aveugle, que discret, mais également un désir totalement inconscient et insensé.

Magritte nous laisse peut-être entendre au travers de son œuvre qu’il faut savoir tomber amoureux les yeux fermés et s’aimer sans se voir. Le drap peut également faire référence à l’objet de désir que sont les amants l’un pour l’autre.

Ces deux visages recouverts par un drap peuvent ainsi susciter de nombreuses interprétations. Selon Magritte, l’explication de son œuvre détruirait ce mystère auquel le spectateur s’attache, et qui donne à l’œuvre toute son importance. L’artiste surréaliste cultive volontairement ce goût du mystère, et nous laisse choisir le sens qui nous parle le plus ! 

Le mot de l’artiste…

« Ça ne signifie rien car le mystère ne signifie rien… l’art c’est l’art et chacun en a sa propre interprétation »

René Magritte

Les Artistes KAZoART influencés par Magritte