L’Œuvre à la loupe • Skull de Basquiat


Pionnier de la culture underground, Basquiat fonde un genre nouveau : une riche fusion entre les mots, les images et les collages. Grand ami d’Andy Warhol, il imprime une sensibilité toute particulière, laquelle fait souvent écho à son enfance et à sa place dans la société. Son œuvre Skull est l’exemple parfait d’un souvenir retranscrit en peinture, poignant de complexité et dont le mystère n’a pas été entièrement percé. Focus sur une des toiles les plus mythiques du non moins mythique Basquiat, actuellement à l’honneur à la Fondation Louis Vuitton à Paris.

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Untitled, 1981 – Jean-Michel Basquiat © Broad Collection, Los Angeles, USA

Quelques mots sur Jean-Michel Basquiat

Le monde s’arrache Basquiat depuis des années déjà. Il n’avait même pas 20 ans que les galeries new-yorkaises le considéraient déjà comme un vrai prodige. Pionnier de la période « underground », il a particulièrement bousculé le post-expressionnisme dans les années 80.

Peintre américain né à New-York en 1960, Jean-Michel Basquiat est un enfant pour le moins précoce. D’origines porto-ricaine et haïtienne, il démontre très tôt un goût pour la lecture, les mots et même pour l’anatomie. Il a seulement 7 ans quand une voiture le renverse dans la rue alors qu’il est en train de jouer. De graves blessures le conduisent à l’hôpital et sa mère, était-ce pour lui changer les idées ou le consoler, lui apporte un exemplaire d’un manuel médical très reconnu, le Gray’s Anatomy. Un grand classique qui plonge le jeune Basquiat à se passionner pour le corps humain, ce qui ponctuera par la suite une grande partie de son Œuvre.

Aussi brève fut son existence, cet artiste a toujours manifesté l’audace et l’intelligence à travers son originalité. Un savant mélange entre les graffitis, l’écriture et l’iconographie toujours sur fond d’engagement. Disparu à seulement 27 ans, Jean-Michel Basquiat laisse derrière lui plus de 800 tableaux, 1500 dessins et une empreinte reconnaissable entre mille.

3 Détails à la loupe

1# À la fois dedans et dehors

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Détail de Untitled, 1981 – Jean-Michel Basquiat © Broad Collection, Los Angeles, USA

Renommée Skull, cette œuvre de 1981 s’intitule à l’origine Untitled comme beaucoup des peintures et dessins de Basquiat. Force est de constater que sous l’apparence simpliste d’un crâne humain se cache une véritable complexité liée à la nature même de notre condition. Une recherche picturale placée sous le signe de la dichotomie interne/externe.

Basquiat multiplie les techniques dans cette toile. La peinture acrylique d’abord à laquelle il a ajouté du crayon pour un rendu tout à fait détonnant. Impossible de rester insensible face à ce crâne qui parait partiellement en décomposition ! Là est la magie de l’œuvre, on croirait à une autopsie rondement traduite par une mâchoire dépourvue de peau et un squelette visible. Mais contrairement à une simple figure squelettique, Basquiat a rajouté les yeux, les oreilles, le nez et même des poils et cheveux. Une perception externe de la tête en définitive.

2# Basquiat lui-même ?

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Détail de Untitled, 1981 – Jean-Michel Basquiat © Broad Collection, Los Angeles, USA

Comme pour beaucoup de ses œuvres, Basquiat se met en scène dans des autoportraits qui, au premier abord, peuvent paraître manquer de réalisme. À juste titre, la patte de l’artiste est davantage dans l’esquisse que dans la véritable figuration. Ce crâne est recouvert de peau noire sur la partie droite, nous ramenant évidemment à l’artiste lui-même. Est-ce pour lui une façon de se projeter dans l’après ? de faire une analyse sur sa propre anatomie ? Il peint cette toile à seulement 20 ans, au lancement même de ce qu’allait être une carrière éclair et pourtant pleine de promesses. S’il s’agit bien d’un autoportrait, que révèle-t-il de l’artiste sur sa perception de la société ? évoque-t-il le sujet de la race, lutte qu’il manifestait à travers ses toiles, questionnant évidemment la place de la communauté noire dans le milieu du divertissement américain.

3# Ode à la vie ou à la mort ?

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Détail de Untitled, 1981 – Jean-Michel Basquiat © Broad Collection, Los Angeles, USA

Autre ambivalence intéressante, le rapport entre la vibration des couleurs assez positives qui encadrent le crâne et la profonde noirceur disséminée sur un visage à demi construit. Le regard parle pour lui-même, révélant une tristesse, tout du moins teintée par un sentiment d’abattement. Le coin de la bouche est replié, les yeux sont bulbeux et engoncés, les dents crispées. Quelle émotion Basquiat cherchait-il à retranscrire ici ? Une chose est sûre, il était obsédé par l’idée qu’il ne vivrait pas bien longtemps. Avec cette toile, il révèle une physiologie interne mêlée à un psychisme bien conscient. Les organes sensoriels sont présents, un crâne décomposé pleinement disposé à vivre ? Une réflexion régulièrement portée par l’artiste dans l’ensemble de ses toiles.

L’incohérence maîtrisée

Demeure encore le mystère de ces inscriptions au-dessus du crâne et en bas à droite du tableau. Quel message à travers une telle représentation ? Pris séparément, les éléments de cette toile portent en eux la cohérence : les sens sont retranscrits d’une part et un autoportrait est supposé d’autre part. À cela s’ajoute l’étude complexe d’un crâne que l’on devine mort, sans forcément pouvoir l’affirmer. Ce visage pratiquement décharné est captivant, passionnant à analyser même s’il porte en lui des questions auxquelles l’artiste n’a jamais vraiment répondues. Peu importe finalement si incohérence il y a, puisqu’elle reste maîtrisée de bout en bout chez Basquiat.

Pour les fans de Basquiat ou toutes celles et ceux qui aimeraient découvrir ses œuvres grandeur nature, une rétrospective est organisée à la Fondation Louis Vuitton à Paris !

En écho sur KAZoART – Le zoultar

Basquiat inspire beaucoup de nos artistes ! Bel exemple avec Le zoultar qui immortalise à son tour un squelette façon Gray’s Anatomy. La couronne, l’anatomie, le rapport à la mort : autant de thématiques récurrentes chez Basquiat auxquelles l’artiste a voulu rendre hommage dans ce portrait saturé.

Gray's anatomy

Le zoultar, Gray’s Anatomy

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