Magnifique par sa symbolique et sa réalisation, La Victoire de Samothrace demeure aujourd’hui l’une des sculptures les plus populaires et appréciées. Exposée au Louvre depuis 1864, la déesse messagère de la Victoire laisse derrière elle de nombreux mystères et n’a pas fini de nous éblouir. Retour sur l’histoire d’un Chef-d’œuvre sans auteur !

La découverte de La Victoire de Samothrace

La Victoire de Samothrace telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a pas été découverte en l’état. En effet, si la déesse apparaît perchée sur la proue d’un navire, elle a été découverte incomplète en 1863. L’origine de cette trouvaille revient à Charles Champoiseau, un archéologue amateur.

Diplomate cultivé et féru d’histoire, il mène au 19e siècle des recherches dans tout l’Orient Méditerranéen. C’est en explorant le sanctuaire des « Grands Dieux » dans l’île grecque Samothrace au nord de la Mer Égée qu’il fait l’heureuse découverte.

La Victoire de Samothrace
La Victoire de Samothrace, exposée au Musée du Louvre / ©Tangopaso [Public domain]

L’explorateur met la main sur plusieurs fragments de la statue qu’il envoie à Paris pour une analyse et une restauration plus avancées. Ces éléments permettent de donner une seconde vie à la déesse personnifiant la Victoire. Cette dernière est aussi appelée Niké et on ignore encore qui est à l’origine de cette prouesse sculpturale.

Or l’histoire de cette étonnante trouvaille ne s’arrête pas là. Lors de ses fouilles, Charles Champoiseau tombe sur d’autres fragments qui ne l’interpellent pas pour autant. Sur le moment, il ne se questionne pas sur ces blocs de marbre grisâtres et les laisse sur le site de Samothrace. Mais des pièces de monnaie grecques (entre 301 et 292 av. J.-C.) retrouvées donnent une idée de ce à quoi pouvait ressembler la statue.

La Victoire de Samothrace

Tétradrachme de Démétrios Poliorcète. (293-292 av. J.-C.). Face : Victoire à l’avant d’un navire ; revers : Poséidon. / cgb.fr [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)]

D’autres expéditions en 1875 viennent compléter la découverte, notamment une mission menée par l’archéologue allemand Alexander Conze. Après plusieurs recherches, les fragments délaissés par Champoiseau constituent la pièce manquante de la statue : une immense proue de navire. Elle permet à la déesse d’atteindre 5m12 de haut ! L’ensemble des éléments ont été découverts et sculptés séparément avant d’être expédiés et assemblés à Paris.

Zoom sur la déesse de la Victoire

La Victoire de Samothrace représente une femme ailée, drapée d’un tissu fin et d’un chiton qui descend jusqu’aux pieds. Son étoffe est resserrée à la taille par une ceinture. Cette robe fluide démontre toute la virtuosité et la légèreté de cette déesse qui brille aussi par l’absence de tête et de bras.

C’est vue de 3/4 que la Victoire de Samothrace se révèle vraiment. Faite de marbre de Paros, elle présente des lignes sinueuses. La jambe en avant, les ailes déployées. Elle est couverte d’un manteau dont les plis sont accentués par l’énergie du mouvement.

La Victoire de Samothrace : une statue pleine de mystères…

Les fouilles se poursuivent dans les années 1950-60. En effet, bon nombre d’archéologues suggèrent qu’il reste encore des fragments sur le lieu de découverte de la statue. Cette opération s’avère fructueuse puisque l’on retrouve la paume d’une main en marbre et d’autres blocs appartenant à la base.

Aujourd’hui, l’espoir de retrouver d’autres parties de la Victoire est quasi nul. À supposer que l’auteur anonyme n’ait jamais sculpté les bras ou la tête, cela contribue à préserver l’interrogation et le mystère qui règne autour.

Plus encore, la main droite de la déesse Niké suscite bien des questions. La forme de ses deux doigts repliés suggère qu’elle tenait au creux de sa paume une trompette, une cordelette ou une couronne.

Toutefois, cette hypothèse est balayée en 1950 après une étude plus approfondie de la position de ses doigts tendus. En réalité, la Victoire ne tiendrait rien et exercerait un simple geste de salut. D’autre part, elle ne marche pas mais s’apprête à atterrir, ses pieds (absents mais suggérés) frôlent tout juste la proue du navire.

La Victoire de Samothrace, Yann Caradec, source : flickr.com / (CC BY-SA 2.0)

Cette déesse incarne la volupté, la puissance et paradoxalement la légèreté. Aussi aérienne que meneuse, elle fait indiscutablement, comme d’autres sculptures emblématiques, l’objet d’un culte. Également allégorie d’une victoire militaire, elle célèbre le triomphe d’un roi grec inconnu.

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Le saviez-vous ?

Dans la culture contemporaine, la déesse Niké a une influence toute particulière. Représentative du mouvement, de l’envol et de la vitesse, elle a significativement inspiré Nike, la célèbre marque américaine d’équipement sportif à la virgule.

Le fameux « swoosh », ou cette virgule posée à l’envers inventée par la graphiste Carolyn Davidson, fait référence à l’aile de la Victoire de Samothrace. Symbole de succès à la guerre, elle évoque plus largement la réussite dans tous les projets que chacun souhaite entreprendre.