Une œuvre d’art destinée à disparaître, se décomposer, ou s’auto-détruire ? Exactement, on vous parle bien de l’Art Éphémère, cet pratique qui questionne la temporalité, la destruction et la pérennité de l’art ! Aujourd’hui, KAZoART revient sur cette forme d’art tout à fait inédite, apparue au début du XXe siècle en occident en vous proposant son Top 5 des œuvres d’art éphémères incontournables !

L’art éphémère, c’est quoi ?

Le caractère « éphémère » attribué à une œuvre d’art est une notion qui apparait au début du XXe siècle. En effet, jusque-là, le principe de pérennité est indissociable de l’œuvre d’art, que l’on souhaite conserver du mieux que l’on peut, au fil des siècles.

Cette expression d’art « éphémère » désigne alors une œuvre qui, par sa nature, est vouée à disparaître, à se détruire, se détériorer ou se décomposer. Cette constante est la volonté même de l’artiste, qui anticipe la disparition de sa création : un réel paradoxe dans l’histoire de l’art !

Il est donc indispensable pour l’artiste qui souhaite conserver une trace de son œuvre éphémère de faire intervenir un autre médium. La photographie ou la vidéo permettent ainsi de conserver une image de l’œuvre, pendant et après sa réalisation.

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Le spectateur adopte également un rôle essentiel dans la conservation mémorielle des œuvres d’art éphémères. En effet, le public devient acteur de l’œuvre grâce à son témoignage. Il permettra ainsi de la conserver dans la mémoire collective, de génération en génération.

KAZoART vous invite aujourd’hui à découvrir 5 œuvres éphémères, au travers de 5 pratiques artistiques : le Land-art, le Street-art, la Performance, l’auto-destruction d’œuvre d’art, et enfin l’installation. Toutes ces pratiques artistiques partagent la même caractéristique : celle de créer un art éphémère !

Notre top 5 des œuvres d’art éphémères

#1 Le Land art

Le Land art utilise des médiums naturels, tels que le bois, les pierres, la végétation, le sable… Tous ces matériaux sont ainsi naturellement voués à se dégrader. Les éléments de la nature elle-même et l’érosion contribuent généralement à leur disparition.

Les œuvres de Land art sont la plupart du temps mises en place par les artistes en extérieur. Ainsi, la nature devient œuvre d’art, et l’œuvre prend place dans notre environnement naturel. Les artistes ont la volonté de sortir des institutions artistiques, telles que les musées et galeries.

Robert Smithson, Spirale Jetty, avril 1970, Grand Lac Salé, Utah œuvres d'art éphémères
Robert Smithson, Spirale Jetty, avril 1970, Grand Lac Salé, Utah

L’œuvre de Land art la plus emblématique est celle réalisée en 1970 par l’artiste américain Robert Smithson. Cet artiste est considéré comme le fondateur de cet art naturel. Son œuvre, Spirale Jetty, se présente comme une digue en pierre de basalte de 457m de long. Ces rochers forment une spirale au milieu de l’eau, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

L’œuvre se situe au nord de l’Utah, sur le Grand Lac Salé, aux États-Unis. Lors de sa construction, le niveau d’eau du lac était particulièrement bas. Au bout de quelques années, le niveau de l’eau est remonté à la normale et a finalement submergé l’œuvre pendant plus de trente ans.

Robert Smithson, Spirale Jetty, avril 1970, Grand Lac Salé, Utah œuvres d'art éphémères
Robert Smithson, Spirale Jetty, avril 1970, Grand Lac Salé, Utah

Depuis, la spirale a été à nouveau hors de l’eau, à cause de grandes sècheresses. Puis à nouveau engloutie. L’œuvre a évolué avec la nature, et a été recouverte par le sel du lac, ce qui a blanchi la pierre.

L’usage de la photographie a donc été indispensable pour conserver l’image de cette œuvre qui s’est retrouvée engloutie durant plusieurs décennies !

Le Land artiste Sam Dougados chez KAZoART

#2 Le Street art

Le street-art, rassemblant plusieurs pratiques telles que le graffiti, le pochoir ou le sticker, est un art issu de la rue. Les street-artistes investissent l’espace urbain et s’expriment sur les murs des villes ou encore sur le mobilier urbain. 

La vitesse fait partie intégrante du street-art. En effet, cet art est en réalité à la limite de la légalité, sauf lorsqu’il s’agit de commandes publiques. Les artistes doivent alors performer en toute vitesse afin d’éviter de se faire arrêter par les forces de l’ordre. L’État estime ces pratiques comme du vandalisme de l’espace public et privé !

Ainsi, les œuvres de street-art sont vouées à être retirées rapidement, par la mairie si l’œuvre est réalisée sur une surface publique, ou par le propriétaire du support concerné.

Pochoir de C215, commande de la ville de Reims © Twitter ville de Reims
Pochoir de C215, commande de la ville de Reims © Twitter ville de Reims
Pochoir de C215, commande de la ville de Reims © Twitter ville de Reims

En 2016, l’artiste Christian Guémy, connu sous le pseudonyme C215 voit une de ses œuvres, réalisées au pochoir sur les murs de Reims, effacée par la brigade anti-tag de la ville. L’artiste avait réalisé trois œuvres colorées, et une en noir et blanc. Cette dernière a été effacée par la brigade dix jours après sa création.

Pochoir de C215 effacé par le service anti-tag de la ville de Reims © Twitter ville de Reims
Pochoir de C215 effacé par le service anti-tag de la ville de Reims © Twitter ville de Reims

Les œuvres de C215 étaient pourtant une commande de la mairie, qui annonçait une rétrospective que la ville organisait en son honneur ! Les services de la mairie se sont finalement excusés et cette grossière erreur a été corrigée par l’artiste quelques jours après. C215 est ainsi revenu réaliser son œuvre au pochoir au même endroit !

#3 La Performance

Considérée comme un art éphémère, la performance laisse peu de marques derrière son passage. Cet art principalement comportemental confronte l’artiste à son public.

La performance est réalisée dans un lieu stratégique, qu’il soit urbain ou institutionnel. Elle permet à l’artiste de remettre en question la nature de l’œuvre d’art traditionnelle. La performance lui permet également de questionner sa place en tant qu’artiste.

Le temps, l’espace et la présence de l’artiste confronté à un public sont des éléments essentiels à la performance. L’objectif de l’artiste est alors de susciter une réaction du public, dans la relation qu’il entretient avec celui-ci.

Marina Abramovíc, The Artist is Present, 2010 © MoMA

Lorsqu’on parle performance, il est impossible de ne pas mentionner la célèbre Marina Abramovíc ! Cette artiste d’origine serbe née à Belgrade en 1946 est une performeuse dans l’art corporel

Du 14 mars au 31 mai 2010, au cours d’une rétrospective au MoMA, Marina Abramovíc réalise la plus longue performance de sa carrière, qui aura duré 3 mois ! Son œuvre, The Artist is Present, met en scène deux chaises en bois qui se font face, une pour l’artiste et une pour qui voudra bien s’asseoir en face d’elle !

Au cours de cette performance, le public se relaie pour un échange visuel silencieux avec l’artiste. Certains spectateurs s’installent sur la chaise pour quelques minutes, quand d’autres y restent des heures !

Marina Abramovíc et Ulay, The Artist is Present, 2010 © MoMA
Marina Abramovíc et Ulay, The Artist is Present, 2010 © MoMA

Au cours de cette œuvre performative éphémère, Marina Abramovíc est restée assise 736 heures ! Un véritable défi physique et émotionnel, surtout lorsque son amour de jeunesse, l’artiste Ulay, s’assoit à son tour en face d’elle, ce qui remplit de larmes les yeux de la performeuse !

#4 L’auto-destruction

L’autodestruction d’œuvre d’art est une pratique artistique conceptuelle. Véritable performance « surprise », cette intervention radicale permet à l’artiste de questionner l’art, son avenir et sa marchandisation.

Le concept artistique d’autodestruction de l’œuvre est systématiquement programmé par l’artiste, au moment qu’il estime le plus fécond. Cela peut être à la fin de la réalisation de l’œuvre en public, lors de l’achat de celle-ci, lors d’une présentation de l’œuvre en vente aux enchères, ou encore au moment de l’installation de l’œuvre au sein d’un musée. 

Banksy, Love is in de Bin (La Fille au Ballon), 2018, Sotheby’s
Banksy, Love is in de Bin (La Fille au Ballon), 2018, Sotheby’s 

L’artiste qui a fait le plus gros retentissement médiatique lors de l’autodestruction de son œuvre est le street-artiste Banksy !

C’est le 5 octobre 2018 que l’œuvre de Banksy, originellement intitulée « Girl with Balloon », s’est autodétruite après sa vente à plus d’un million d’euros chez Sotheby’s à Londres !

La peinture a été partiellement déchiquetée en lamelles par une broyeuse dissimulée dans son cadre, sous les yeux du public !

Banksy, Love is in de Bin (La Fille au Ballon), 2018, Sotheby’s © Tristan Fewings
Banksy, Love is in de Bin (La Fille au Ballon), 2018, Sotheby’s © Tristan Fewings

Le public choqué a immortalisé cet instant avec des vidéos devenues virales ! Cette démarche artistique engagée a permis à l’artiste Banksy de dénoncer les excès du marché de l’art et de son économie.

Le mot de l’artiste

« Tout acte de création est d’abord un acte de destruction. » 

Citation de Pablo Picasso reprise par Banksy 

Cette œuvre autodétruite, finalement entrée dans la catégorie des œuvres d’art éphémères, est un attentat artistique entré dans l’Histoire de l’art, qui questionne la pérennité de l’art et de son marché !

#5 L’installation

L’installation artistique adopte généralement un caractère éphémère. Créée pour être mise en place in situ, l’installation, aussi appelée « art public », permet à l’artiste de modifier la perception d’un espace au cours d’une période temporaire.

Cette œuvre tridimensionnelle souvent placée dans l’espace public, prend en compte la participation du spectateur. Celui-ci se trouve alors en immersion, dans son environnement quotidien temporairement modifié par l’œuvre installée. Ainsi, la distance entre le public et l’œuvre est bien souvent abolie.

Christo et Jeanne-Claude, L'Arc de Triomphe, Wrapped, septembre 2021 © Bruno de Hogues
Christo et Jeanne-Claude, L’Arc de Triomphe, Wrapped, septembre 2021 © Bruno de Hogues

L’installation artistique incontournable est sans aucun doute l’œuvre des artistes Christo et Jeanne-Claude, L’Arc de Triomphe, Wrapped. Cette œuvre d’art éphémère a été installée en 2021 durant deux semaines. L’œuvre qui a empaqueté l’Art de Triomphe se compose de 25 000 mètres carrés de tissu recyclable, de couleur argent bleuté, et de 3 000 mètres de cordes rouge.

Les deux artistes suggèrent au travers de leur installation l’idée de fugacité, la notion d’éphémère. Ils souhaitent surtout permettre au spectateur d’arrêter son regard sur un monument qui fait partie de leur quotidien.

Christo, L'Arc de Triomphe Wrapped, 2017 © André Grossmann
Christo, L’Arc de Triomphe Wrapped, 2017 © André Grossmann

Le décès de l’artiste Christo en 2020 n’a pas empêché l’installation de cette œuvre d’art éphémère iconique !

Vous l’avez compris, toutes ces œuvres d’art éphémères dépendent du public et d’un autre médium pour trouver leur place dans l’Histoire de l’art. Le témoignage du spectateur, qui a vu ou participé à la réalisation de l’œuvre, mais également la photographie et la vidéo sont dont indissociables des œuvres d’art éphémères, afin que celles-ci perdurent dans notre mémoire, de génération en génération !

Quand notre environnement inspire les artistes KAZoART