Victoria Stagni

Entre réalisme et onirisme, la figure du Soi

Installée à Bordeaux, nous sommes allés à la rencontre de Victoria Stagni pour une immersion totale dans son univers artistique. Passé le seuil de sa porte, le ton était donné ! Il ne nous restait plus qu’à l’écouter avec passion et à vagabonder le long de ces murs ornés de ses plus belles œuvres. Adepte de l’Autoportrait et grande fan du Douanier Rousseau et Frida Kahlo, Victoria Stagni s’est confiée à nous avec chaleur. Retour sur une belle rencontre.

K. Bonjour Victoria, merci de nous recevoir chez vous ! Pour commencer, parlons de votre envie de devenir artiste…

Adolescente et jeune adulte, je dessinais beaucoup mais sans pouvoir imaginer en faire un métier un jour. J’ai pourtant grandi dans un environnement à forte tonalité artistique avec l’exemplarité de mes deux parents architectes.

Il m’a fallu plusieurs années avant de m’autoriser à devenir celle que je voulais réellement être depuis le début : une créatrice et une artiste-peintre !

Le déclic, je l’ai eu en quittant Paris pour venir m’installer à Bordeaux il y a bientôt huit ans. Je suis tombée sur un vieux chevalet oublié à la cave qui m’attendait comme une invitation. Il règne une atmosphère très spéciale à Bordeaux, une atmosphère qui stimule l’imaginaire et vous donne les clés de l’évasion créatrice.

K. Quel a été votre parcours avant de vous installer à Bordeaux ?

Après le bac, j’ai suivi des études d’Histoire à La Sorbonne, puis de communication sans trop me poser de questions. C’est avec un apprentissage de l’Art dramatique au cours Florent que j’ai alors amorcé un premier virage important dans ma vie. Suite à cela, j’ai été comédienne pendant presque 10 ans.

Je pensais avoir trouvé ma voie mais me suis progressivement rendu compte que j’étais insatisfaite, car en manque de liberté créatrice. Sur ce, j’ai quitté Paris pour Bordeaux. Je me suis inscrite au cours de peinture de Pierre Lafage à l’Atelier des Beaux-arts de Bordeaux et ai rapidement commencé un travail personnel car, comme vous pouvez l’imaginer, j’avais un énorme désir de m’exprimer sur la toile.

Victoria Stagni, Charlotte et les lions

K. Y a-t-il des artistes qui vous ont inspirée et vous inspirent encore aujourd’hui ?

J’aime les compositions naïves et oniriques du Douanier Rousseau, la façon dont il peint la nature, les animaux, le merveilleux agencement des couleurs.

Chez Frida Kahlo, ce sont bien sûr ses autoportraits : en particulier ceux en présence d’animaux qui sont d’une grande beauté. J’aime quand elle apparaît dans l’affirmation de son identité mexicaine. Lorsqu’elle vous regarde droit dans les yeux, elle n’est plus cette femme abîmée par le sort mais une femme libre et puissante.

Victoria Stagni, Non comestible

Quant à Klimt, c’est un homme qui sait représenter les femmes. Il célèbre leur beauté et réussit à les rendre désirables tout en préservant leur dignité. Une parfaite représentation de l’éternel féminin selon moi. Et puis, j’adore son utilisation des couleurs et du doré.

Plus proche de nous, j’apprécie également beaucoup certaines œuvres réalistes de David Hockney pour son utilisation des couleurs et le climat un peu étrange qui règne autour de ses galeries de personnages. Je pense également à Banksy dont les œuvres engagées, qui mettent en lumière les fléaux causés par l’homme, me touchent.

K. Pouvez-vous nous expliquer quelles sont vos thématiques phares et pourquoi celles-ci ?

Parmi mes thématiques phares, on retrouve tout d’abord le rêve qui traverse presque toutes mes toiles. Sans doute l’héritage du réalisme magique puisé dans les lectures latino-américaines de mon enfance…

Et puis, il y a l’amour de la nature peuplée d’animaux que je trouve tous fabuleux et fascinants. Je revendique ma propre animalité dans mes autoportraits, la fraternité qui devrait nous unir au reste du règne animal au lieu de nous en détourner à jamais.

Plusieurs toiles sont clairement des plaidoyers contre la pollution et la destruction de l’environnement, et, plus généralement, pour la préservation de la nature. Certaines réalisations peuvent même prendre un tour plus engagé politiquement. Bien sûr, je ne peins presque que des femmes. Le féminisme est au cœur de mon travail. Les peuples premiers sont également une source d’inspiration importante.

Je terminerai avec la peur. Il y a souvent des éléments troublants car inquiétants, une menace qui plane dans mes tableaux. Ce sentiment vient alors brouiller une première lecture plus joyeuse inspirée par l’éclat des couleurs.

Inconsciemment, la peur est toujours présente chez moi. J’ai reçu un sentiment profond d’insécurité en héritage : du jour au lendemain, j’ai dû fuir mon pays à l’âge de 4 ans sans explication et chargée de l’angoisse de mes parents face à une mort imminente possible. La dictature militaire argentine a cette influence sur mes œuvres.

« Je revendique ma propre animalité dans mes autoportraits, la fraternité qui devrait nous unir au reste du règne animal au lieu de nous en détourner à jamais. »

Le règne des casoars

Peinture à l’huile (80 x 80 cm)

Ballet lunaire

Peinture à l’huile (100 x 81 cm)

L’avis de KAZoART : Les toiles de Victoria Stagni sont chargées en symboles. Toutes ont leur propre histoire, si personnelle et collective à la fois. Se représenter soi n’est pas un exercice facile, à la fois techniquement et émotionnellement. Plus encore, les couleurs respirent la beauté du monde, aussi riche et éclectique soit-il.

K. Il y a, dans la majorité de vos toiles, votre présence. Pourquoi ? A quelle occasion peignez-vous d’autres personnes ?

L’autoportrait a d’abord cela de pratique que vous n’avez à rendre de compte à personne ! Sur la toile, votre image n’appartient qu’à vous et vous pouvez jouer avec comme bon vous semble. Et bien sûr, c’est pour moi le meilleur moyen de parler de mes émotions et de faire passer mes idées sur la toile.

Victoria Stagni, La girafe

J’ai réalisé plusieurs portraits de femmes, des personnes plus ou moins proches, mais, dans tous les cas, j’ai eu le sentiment d’être un peu dépossédée de cette liberté totale si jouissive. Je me suis d’ailleurs inquiétée de la façon dont elles recevraient mes créations. Par ailleurs, j’ai représenté mes deux filles à plusieurs reprises mais là encore, j’ai une responsabilité vis-à-vis du modèle.

Dernièrement, seules les modèles de jeunes femmes des antipodes que j’ai utilisées pour la série « Sanctuaires » ne m’ont pas posé ce genre de préoccupation, du fait de leur anonymat.

Victoria Stagni, Sanctuaires

K. Parmi tous vos autoportraits, y en a-t-il un qui vous représente plus que les autres ?

Je ne sais pas si un seul autoportrait me représente mieux qu’un autre… Ils sont comme autant de facettes de ma personnalité, d’instantanés de mes sentiments face à la réalité qui nous environne. Vous remarquerez sans doute que je choisis de me représenter souvent nue. Rien d’érotique ici.

Victoria Stagni, Iryna

J’ai parlé du rêve et de la peur qui habitent souvent mes toiles : ma nudité se situe à la jonction de ces deux thèmes. Dans nos rêves, lorsqu’on se voit nu, c’est un moment de grande angoisse. On se sent extrêmement vulnérable dans un contexte, un environnement insolite sans qu’on ne puisse rien y faire. C’est peut-être là que je me reconnais le plus. Donc, il y aurait peut-être Les Augures ou, dans un autre registre Bornéo.

K. Où aura-t-on le plaisir de vous retrouver prochainement ?

Mon travail, après avoir été sélectionné, est actuellement en cours de diffusion dans de grands hôtels aux États-Unis et en Australie, tels que : le magnifique hôtel William Vale à Brooklyn ; le Park Central et le Pullman SF, à San Francisco ; le Hyatt Regency à Chicago et le 57 Hôtel à Sydney. Dans ce dernier hôtel, je suis diffusée en exclusivité, car j’ai été sélectionnée comme l’artiste du mois.

En France, je vais exposer mon travail à l’agence Christie’s Real Estate, au cœur de Bordeaux, de septembre à novembre prochain. Je vais également participer à deux expositions collectives :

La première aura lieu à l’espace culturel du Marché de Lerme du 5 au 18 octobre avec PUCEART sur le thème de l’eau. La seconde se déroulera lors des journées de l’Amérique latine et des Caraïbes : j’exposerai avec le collectif MACLA du 20 au 26 octobre à l’espace culturel de la Halle des Chartrons.

En fin d’année, je dois également exposer plusieurs toiles à Paris, à proximité de Beaubourg. Et j’ai déjà deux expositions programmées dans des châteaux bordelais en 2021.

La galerie de Victoria Stagni

La montagne magique

Peinture à l’huile (73 x 100 cm)

Animal kingdom

Peinture à l’huile (60 x 92 cm)

Amalia

Peinture à l’huile (54 x 65 cm)

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